26.02.2012

SAGESSE-Note 180

La sagesse vient avec l'age, dit-on.

En ce qui me concerne, l'age est arrivé  tout seul.

Quand je me retourne et que je scrute l'horizon, je vois au loin cette aimable sagesse, tout essouflée, qui court sans pouvoir me rattrapper et il me désole de n'être pas capable de rallentir le pas.

N'ayant plus la jeunesse pour compagne, je me retrouve seul à courir comme un dératé pour fuir, non pas la sagesse que je trouve belle et séduisante, mais cette vieille canaille édentée, toute ridée et méchante, qui se cache derrière elle et qui se nomme la vieillesse.

Je me console dans cette maxime de La Rochefoucauld:

"Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples."

Vu les mauvais exemples que je prodigue encore à foison, je me dis que je ne suis pas encore un vieillard, mais cependant moi aussi je commence à m'essoufler...

Allons, un peu de courage, la sagesse, j'arrive à la borne où je vais m'asseoir pour t'attendre, et nous finirons le chemin ensemble, au bras l'un de l'autre.

Quel beau couple nous ferons!

 

20.02.2012

LA BEAUCE-Note 182

Hier, je suis allé en Beauce avec Jamal, un égyptien, et Amine, un collaborateur soudanais.

L'égyptien nous avait chargés de trouver pour son pays plusieurs moissonneuses-batteuses d'occasion. Les ayant localisées dans une firme spécialisée à Terminiers, nous avons fait un aller-retour d'un jour dans cette petite ville d'Eure et Loire.

Quel bonheur de me retrouver dans le Grenier de la France!

Cette société avait organisé trois journées portes-ouvertes à l'attention des agriculteurs de toute la région.

DSC00908.JPGCe fut une immersion complète dans la paysannerie beauceronne, parmi ces solides fermiers au visage rougi par le grand air, les cheveux taillés à la faucille,  parlant fort et buvant dru car il y avait dans un grand hangar un buffet où l'on distribuait des saucisses grillées et des frittes, le tout arrosé de vin rouge. En ces gaillards bon vivants, je retrouvais avec émotion, mes ancêtres mayennais.

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Je fus impressionné à la vue de ces machines exposées dans un champ, des centaines de monstres mécaniques,  pour certains aussi grands qu'une maison, moi qui dans ma jeunesse vécut les moissons faites à la faucheuse tirée par des boeufs, et les batteries à la batteuse installée dans la cour de la ferme, le gamin que j'étais juché sur le gerbier avec une fourche, alimentant la machine de gerbes bien lourdes pour mes bras maigrelets de petit parisien.

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Ce plat pays, à la glaise imprégnée de notre Histoire, me raconte de multiples récits et dès que j'y pénêtre un nom me vient à l'esprit et au coeur, un nom lié pour toujours à la Beauce, ce nom est celui de Charles Péguy.

Chaque fois que je traverse ces espaces infinis, chargés de l'odeur chaude des blés mûrs , et que j'appercois les deux flèches inégales de la cathédrale de Chartres, me reviennent en mémoire ces vers sublimes de son long poème "Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres":

"Etoile de la mer voici la lourde nappe

Et la profonde houle et l'océan des blés

Et la mouvante écume et nos greniers comblés,

Voici votre regard sur cette immense chape


Et voici votre voix sur cette lourde plaine

Et nos amis absents et nos coeurs dépeuplés

Voici le long de nous nos poings désassemblés

Et notre lassitude et notre force pleine."


Adolescent, je fis le célèbre pélérinage d'étudiants, de Paris à Notre Dame de Chartres, à pied, avec mes godillots trops grands emplis de talc pour adoucir la douleur  cuisante des ampoules et qui à chaque pas envoyaient vers le ciel de petits nuages blancs, comme des prières chargées de souffrance, pélérinage que fit Péguy en son temps et qu'il décrivit longuement dans la suite de son poème:

"Etoile du matin, inaccessible reine,

Voici que nous marchons vers votre illustre cour,

Et voici le plateau de notre pauvre amour,

Et voici l'océan de notre immense peine.


Vous nous voyez marcher sur cette route droite,

Tout poudreux, tout crottés,la pluie entre les dents,

Sur ce large éventail ouvert à tous les vents,

La route nationale est notre porte étroite.


Nous allons devant nous, les mains le long des poches,

Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,

D'un pas toujours égal, sans hâte ni recours,

Des champs les plus présents vers les champs les plus proches."


Comme j'envie Péguy d'avoir écrit ces vers!

Comme j'aime le sol de cette belle terre, celle qui m'a tout appris de mon si beau pays et qui m'a fécondé le coeur comme l'esprit en la belle saison d'enfance.

Que j'aime y revenir pour encore m'y nourrir de tout ce que recèle ce Grenier de la France au beau nom de "La Beauce".


 

08.02.2012

PENURIE DE GEANTS-Note 181

Ma pauvre France,

"Mère des arts, des armes et des lois"!

Ainsi te décrivait jadis Du Bellay.

Quand j'observe tes politiciens, je me redis les vers de ce géant de notre culture, Victor Hugo:

"Quand ton nom doit survivre aux âges,
Que t'importe, avec ses outrages,
A toi, géant, un peuple nain ?
Tout doit un tribut au génie.
Eux, ils n'ont que la calomnie;
Le serpent n'a que son venin".

Ma pauvre France, en ton sein je ne vois plus de géant, rocher contre lequel viendrait se briser la houle de bave de tes politiciens. Ces nains histériques en sont réduits à s'entredéchirer sans dignité.

Je ne vois plus de géant, nulle part dans l'hexagone...






22.01.2012

Dimanche 22 janvier 2012

Journée de repos toute consacrée à l'étude, à l'écriture et à la musique car pour moi le repos c'est rester chez moi à vaquer à diverses occupations, sans plans bien définis, à me plonger dans certaines de mes passions.

Je suis quand même sorti de chez moi, ce matin, pour aller à une réunion d'étude de la Bible dont le texte de base était tiré de Luc 5:10, "A partir de maintenant, ce sont des gens que tu prendras vivants".

Aujourd'hui encore, je me suis délecté de la musique sublime de Franz Schubert, spécialement ses impromptus, étudiant l'origine populaire de certaines de ses mélodies, y retrouvant la trace de nombreux ländler entendus et notés par le compositeur au cours de ses promenades dans la campagne viennoise. Je me suis rappelé une soirée champêtre avec ma famille à Grinzing, le Montmartre viennois, arrosée dans le jardin d'une auberge du petit vin blanc du village et dégustant à pleines dents un porcelet roti, au son d'une musique qui n'avait rien d'une marche funèbre... Pourtant, une heure auparavant, j'avais trainé ma famille à Heiligenstadt pour voir la maison où Ludwig Van Beethoven avait écrit son célèbre Testament d'Heiligenstadt, un pélérinage rêvé depuis ma jeunesse. Là, à Grinzing, la musique était plutôt "à boire", ce que nous avons fait comme le fit ce noceur de Schubert lors de ses célèbres schubertiades avec ses copains de franche-lippée. Les lippées furent abondantes pour mes grailleurs de mômes, et nous avons bu, bu, mangé, mangé, et chanté comme de véritables viennois... J'ai dû faire confiance à la voiture pour retrouver le chemin et redescendre sur Vienne sans encombre...

OBJECTIVITÉ-Note 179

Dans quelle mesure peut-on croire tout ce que j'écris à mon sujet?

Voici une base de réflexion qui vous permettra de pouvoir en juger sans risquer de vous tromper. Il s"agit d'un extrait de la préface que Jean-Jacques Rousseau écrivit pour ses Confessions, intitulée "Préambule du Manuscrit de Neuchâtel":

"Nul ne peut écrire la vie d'un homme que lui-même. Sa manière d'être intérieure, sa véritable vie n'est connue que de lui ; mais en l'écrivant il la déguise ; sous le nom de sa vie, il fait son apologie ; il se montre comme il veut être vu, mais point du tout comme il est. Les plus sincères sont vrais tout au plus dans ce qu'ils disent, mais ils mentent par leurs réticences, et ce qu'ils taisent change tellement ce qu'ils feignent d'avouer, qu'en ne disant qu'une partie de la vérité ils ne disent rien. Je mets Montaigne à la tête de ces faux sincères qui veulent tromper en disant vrai. Il se montre avec des défauts, mais il ne s'en donne que d'aimables ; il n'y a point d'hommes qui n'en aient d'odieux. Montaigne se peint ressemblant mais de profil. Qui sait si quelque balafre à la joue ou un œil crevé du côté qu'il nous a caché, n'eût pas totalement changé sa physionomie. "

J'adhère totalement à ce diagnostique, bien conscient que je ne dévoile pas toutes les "balafres" de ma personnalité.

A vous d'imaginer la face cachée de mon visage.

08.01.2012

Dimanche 8 janvier 2011

"Hommes savants dans l'art de feindre,

Qui me prêtez des traits si doux,

Vous aurez beau vouloir me peindre,

Vous ne peindrez jamais que vous."

Ces quelques vers sont de Jean-Jacques Rousseau.

Pourquoi commençai-je la relation de cette journée, à l'aube de l'an neuf, par ce petit poème qui peut sembler insignifiant? Uniquement parce que je le trouve beau, bien écrit, bien rythmé, que j'en aime la subtilité et que cela me semble suffisant pour vous le faire connaître et m'en servir ainsi de préambule à cette année 2012 qui marquera le 300ème anniversaire de la naissance du grand écrivain.

Je viens de commencer la lecture de ses "Confessions" et je compte bien rassembler ici les quelques joyaux que que j'aurai le plaisir d'y trouver.

2011 fut l'année Franz Liszt et j'en ai profité pour approfondir certaines oeuvres de ce génie du XIXème siècle telles que "Les Années de Pélérinage".

2012 sera aussi l'année Claude Debussy (150ème anniversaire de sa naissance). J'adore ce compositeur qui, pour moi, est l'incarnation de la terre où j'ai grandi et dont je me suis nourri, l'Ile de France.

Cette année, comme toute ma vie le fut jusqu'à présent, sera placée sous le signe de la lecture.

 Je viens de terminer "Freedom", le livre déprimant de Jonathan Franzen; pourquoi déprimant? parce qu'il dépeint si bien cette société américaine si quelconque, si vulgaire et si vide d'idéal et de culture qui, malheureusement est en train de déteindre sur la vieille Europe, qu'il n'en reste au lecteur sensible que le goût amer de la désolation.

 J'ai repris, en parallèle aux "Confessions", la lecture des "Mémoires" du duc de Saint Simon ainsi que la" Recherche du Temps Perdu" de Marcel Proust.

 Attendez-vous donc à ce que je vous ennuie avec tout cela au cours de cette année.

27.11.2011

POURQUOI CE BLOG-Note 178

"Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé ça et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils."

Ce sont ces fruits vermeils, souvenirs, poèmes, réflexions, notes, que j'ai désiré mettre dans ce blog.
Il est grand-temps, car depuis quelques années déjà j'éprouve le besoin de m'asseoir au bord du chemin, de regarder le ciel, d'aller à contre-sillons et de redécouvrir toutes les mottes oubliées, les nombreuses pierres écartées d'un revers de soulier, de piétiner la glèbe desséchée et d'atteindre la lisière d'où je suis parti.

"Voila que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux."

J'y mets également des fleurs nouvelles: nouvelles poésies, nouveaux portraits ou récit, nouvelles réflexions, nouveaux billets d'humeur ou de bonheur, etc...

"Et qui sait si ces fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?"

Je le crois! Ce sera un moyen de lutter contre le temps qui coule inexorablement et de combattre l'Ennemi qui se trouve en chacun de nous.

"O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie!"

Voici donc l'objet de ces propos qui ont la forme de séquences courtes, de souvenirs, de portraits, de récits succincts, cherchant à éviter l'ennui engendré par l'autobiographie d'un être de l'ombre.

Ces fruits anciens et ces fleurs nouvelles permettent à ceux que j'aime de mieux me connaître, et à ceux qui ne me connaissent pas encore à en venir, peut-être, à m'aimer un peu...

(Le poème cité est de Baudelaire: L'Ennemi, dans Les Fleurs du Mal)

LE SABLIER-Note 177

Je compare souvent ma vie à un sablier dont les grains s'écoulent inexorablement vers l'ampoule inférieure.
Jacques Attali, grand collectionneur de sabliers, use de la même métaphore avec talent:
"Je vois la vie comme un sablier dont l'ampoule supérieure est opaque, on ne sait pas si le grain qui est en train de tomber est le dernier."
Quant à moi, lentement, s'impose à mon esprit la désagréable certitude qu'il ne me reste que peu de grains dans l'ampoule opaque. Je n'ai pas l'obsession du dernier grain, mais, comme je l'ai fait à chaque instant de ma vie, je profite pleinement de chaque grain qui s'écoule comme s'il était le dernier.

01.11.2011

MA VIE-Note 176

Roland Barthes conclût son discours inaugural au Collège de France par ces paroles:
"Sapienta : nul pouvoir, un peu de sagesse, un peu de savoir et le plus de saveur possible"
Si je devais résumer toute ma vie jusqu'à ce jour, je crois que je ne pourrais trouver meilleure formule.
Savoir...saveur...
Saveur surtout...

22.07.2011

MEGARA

Vendredi 22 juillet 2011:

Encore sous le charme de mon dernier voyage au pays de Salambo, je repense à ma promenade solitaire parmi les ruines puniques de Carthage.
Il me plait donc de relire et publier ce poème qui me fut inspiré par la première phrase du célèbre roman de Flaubert qu'un de mes professeur disait être la lus belle de la langue française:
"C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar."

Je foule enfin ton sol, Mégara la fertile,

Et je comprends pourquoi

Hamilcar a choisi cette plaine tranquille

Pour poser son carquois.

 

Les jardins que je vois ne sont pas différents,

Du moins je l'imagine,

De ceux de ce grand roi dont parle le roman

A la phrase sublime.

 

Je plonge tout à coup à l'époque romaine,

Entouré dans Mégare

Des bataillons glorieux animés par la haine

De l'empire barbare.

 

Au coté de leur chef, le petit Hannibal,

Du vainqueur digne fils,

S'impatiente déjà, comme un jeune cheval

De bondir dans la lice.

 

Mais voici que surgit le rêve le plus beau,

Dans ces jardins magiques,

Car je vois devant moi la belle Salambô,

Cette beauté punique.

 

Et c'est  à Mégara, au dessus de Carthage,

Que s'accomplit enfin

Ce rêve de jeunesse, aux confins de mon âge,

Au pays maghrébin.

(Hammamet, le 11 juin 2009)