14.11.2009
UNE CATHEDRALE D'ETOILES-Note 164
Ces derniers jours, à l'occasion du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin comme pour la célébration de la fête du 11 novembre à Paris, nous avons pu entendre des arrangements plus ou moins réussis d'un passage de la neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven , l'Ode à la Joie (poème de Schiller) du quatrième mouvement.
Depuis sa création en 1824, peu d'œuvres d'art ont suscité autant d'enthousiasme populaire et, malheureusement, autant de récupérations politiques de toutes sortes que cette neuvième symphonie qui en vint à être confisquée par l'Union Européenne pour devenir son hymne officiel.
Tout cela est bien réducteur pour une musique et un poème qui ne furent pas créés afin d'illustrer les idées et la gloire d'une nation ou d'un ensemble de nations, mais pour célébrer l'idéal humain de la fraternité universelle.
Aussi, je suis tenté de dire à ces profanateurs, après Nietzsche et Gustav Mahler : « Mon Beethoven n'est pas votre Beethoven ».
Vous qui êtes, selon le vieux sourd de Vienne, "mes frères humains", arrachez-vous pendant quelques instants à l'humaine turpitude et immergez-vous dans la sublimité de cette œuvre, surhumaine mais tellement proche de nous.
Ouvrez votre cœur à cette musique, laissez la s'écouler en vous et, pour reprendre les paroles de Nietzsche, vous vous sentirez « planer au dessus de la terre dans une cathédrale d'étoiles, avec le rêve de l'immortalité au cœur... ».
Neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven, quatrième mouvement :
Partie 1 http://www.youtube.com/watch?v=5ruaFfSZ9g4
Partie 2 http://www.youtube.com/watch?v=lsFvnL7e1cE
Partie 3 http://www.youtube.com/watch?v=cXeZz_SokDA
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10.11.2009
LAST NEWS ABOUT FARIBA-Note 163
Dear all Fariba's friends
We met Fraiba yesterday, (they changed the day of visiting from monday to sunday), through the glass divider.
She was so depressed, sad, angry, anxious ...She said that the man who is responsible for her file has told her last week : "Your file is complete and we have sent it to the prosecutor's office" (DADSARA), but when we go to DADSARA they say : we got nothing, her file is not here.
Till now her lawyer couldn't meet Fariba however she has an official permission from the prosecutor's office.
Nowadays, she is in a cell with a woman who is smuggler. She takes 8-9 tablets for her depression and anxiety .
She is realy tired...
Best Wishes
17:05 Publié dans Informations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.11.2009
JOURNAL-Note 162
Dimanche 8 novembre:
Je trouve une émulation à continuer ce journal dans ma lecture de base du moment, le "Journal" d'Edmond et Jules de Goncourt. J'en ai trouvé une édition ancienne chez un libraire de la Galerie Borthier, non loin de la Grand Place de Bruxelles, où je me rends régulièrement pour fouiner et dégoter quelques trésors.

Mon livre de base est celui que je lis tous les jours.
Pourquoi "de base"? C'est que je lis toujours plusieurs livres de front. Par exemple, actuellement:
-"Le courage de la vérité" de Michel Foucault.
-"Toutes ces choses que l'on ne s'est pas dites" de Marc Levy.
-"Oeuvres poétiques" de Clément Marot.
-"Langue Morte" de Jean Michel Delacomptée (Il s'agit de la vie de Bossuet).
Je viens de terminer les "Conversations sur la langue française" de Pierre Encrevé et Michel Braudeau.
Quand je suis fatigué et que je n'ai pas envie de trop réfléchir, alors je m'oblige à me rafraîchir un peu dans mon livre de base, car il m'est inconcevable de passer une journée sans lire.
Le "Journal" des Goncourt est d'ailleurs facile à lire et très distrayant. C'est un fatras de notes éparses, de portraits biens crayonnés, de descriptions de la vie parisienne et de réflexions sur la vie littéraire et sur le métier d'écrivain, d'anecdotes en tous genres, salées parfois, pittoresques souvent, fades quelques fois. On y fréquente Balzac, Baudelaire (au café Riche), Théophile Gautier, Gavarni et une foultitude de personnages hauts en couleurs de la seconde moitié du XIXème siècle, dont les noms plus ou moins illustres sont gravés dans nos mémoires et, pour certains, recouverts de la poussière que le temps dépose en chacun de nous.
Selon Nietzsche, "sans musique la vie serait une erreur". Je suis pleinement d'accord, comme souvent, avec le philosophe. Tiens, entre parenthèse, repensant à cette phrase, cet après-midi, et écoutant des lieder composés par Nietzsche lui-même, je me suis dit que j'aurais aimé rencontrer Lou Andréas Salomé (simple parenthèse).
Les oeuvres que j'ai écoutées aujourd'hui ont toutes un rapport avec mon copain Friedrich:
-ses "lieder",
-le 4ème mouvement de la "troisième symphonie" de Gustav Mahler,
-des extraits de "Lohengrin" de Richard Wagner,
-"Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss.
A la fin de l'après-midi, j'ai regardé à la télévision la retransmission du concert commémoratif de la chute du Mur de Berlin, donné à Leipzig dans l'Église Saint Nicolas, un des hauts lieux de la révolution. Ce concert comprenait l'ouverture d'Egmond de Beethoven, la romance n°1 pour violon et orchestre, du même Beethoven, un motet de J.S. Bach et l'allegro de la deuxième symphonie de Brahms. L'orchestre du Gewandhaus était dirigé par Kurt Masur qui fut, il y a vingt ans, à sa manière, l'un des héros de cette révolution. Du nanan que ce concert, dans un lieu mythique!
Cette journée va se terminer avec "Le hussard sur le toit", et j'aurais le sentiment précieux de ne pas avoir perdu mon temps.
18:21 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.11.2009
JOURNAL-Note 161
Vendredi 6 novembre 2009:
Gageure que de tenir un journal.
D'ailleurs cela n'intéresse personne et c'est bien normal; n'écrire que pour moi, pour éviter de perdre la mémoire.
Cette semaine a été riche en découvertes:
-"Concerto n°1" de Chostakovitch pour violoncelle et orchestre, époustouflant de facilité et d'inventions. Je suis toujours étonné par la faconde musicale de ce compositeur.
-"Gloria" de Francis Poulenc, pour choeur et orchestre, pièce brillante, pleine de relief, chatoyante de couleurs et d'humour, qui provoqua quelques remous lors de sa parution , et à propos de laquelle le compositeur lui-même déclara : « J’ai pensé, simplement, en l’écrivant à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue, et aussi à ces graves bénédictins que j’ai vus un jour jouer au football ».
-"Le Courage de la Vérité" (Gallimard, Éditions du Seuil, 2009), ouvrage reproduisant le dernier cours de Michel Foucault au Collège de France. Dans ce cours foisonnant, le grand philosophe aborde et développe, entre autre, la notion grecque de "parrêsia", mot que l'on pourrait traduire par "franc-parler", et que l'on trouve une quarantaine de fois dans la Bible, et quelques siècles auparavant chez les philosophes grecques tels que Platon. Le "parrêsiaste" est celui qui n'a pas peur d'exprimer ses convictions, par amour de la vérité, quelques soient les conséquences de sa franchise audacieuses. Et je pense à ces "parrêsiastes" modernes que sont les journalistes iraniens dont l'audace, le franc-parler, l'attachement à la liberté d'expression ont eu pour conséquence de les faire jeter en prison par un régime qui ne supporte pas que l'on dévoile la vérité le concernant.
Michel Foucault donna ce dernier cours de février à mars 1984. Il mourut en juin de la même année, d'une grave maladie, à l'hôpital de la Salpêtrière. Il avait terminé son cours en déclarant: " J'avais des choses à vous dire sur le cadre général de ces analyses, mais enfin, il est trop tard. Alors, merci!".
Je crois que je pourrais dire également de semblables paroles; ce sera ma dernière tirade, juste avant que le rideau se ferme définitivement: "j'avais encore beaucoup de livres à lire, beaucoup de musique à écouter, beaucoup de paysages, de cultures et d'ethnies à découvrir et beaucoup de choses à vous dire encore. Il est maintenant trop tard, alors, merci!".
18:40 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.11.2009
CONFERENCE DE PRESSE-Note 160
Une conférence de presse, organisée par le Comité de soutien aux journalistes iraniens, s'est tenue ce mercredi 4 novembre à Bruxelles.
Nous y avons appris que Fariba, épuisée, a dû arrêter sa grève de la faim.
Voici le communiqué envoyé aux principaux médias:
Conférence de presse
Par les journalistes Belges
Le «Comité de Soutien» à Fariba Pajooh, et à tous les journalistes iraniens injustement emprisonnés, vous invite à cette Conférence de Presse qui aura le lieu:
| Mercredi, 4 novembre 2009 - 11 heures 90 av. d'Auderghem - 1040 Bruxelles |
Liberez
Fariba Pajooh
Elle est intelligente, dynamique, courageuse, elle n'a pas trente ans...
Depuis 3 mois elle est en prison!
Journaliste et blogueuse, elle a travaillé pour des journaux réformistes (Etemaad é Melli notamment) qui ne paraissent plus, elle a raconté sur Internet sa joie de vivre dans une société où il n'y en a plus, elle était rieuse, patriote et optimiste...
Depuis près d'une semaine elle fait la grève de la faim!
Fariba Pajooh a été arrêtée le 22 août 2009 par des hommes en civil qui se sont présentés au domicile de ses parents à Teheran. «Ne vous inquiétez pas, ont ils dit à sa maman, nous avons quelques questions à lui poser, elle reviendra vite». Elle n'est toujours pas rentrée chez elle...
Nous avons choisi Fariba Pajooh, comme symbole, comme porte-drapeau, pour réclamer haut et fort la libération de tous les journalistes injustement emprisonnés en Iran.
Comme 25 de ses collègues, Fariba Pajooh paie sa liberté d'esprit, son amour de la vérité, son combat pour une patrie moderne et démocratique. Après un mois en isolement total, elle a partagé la cellule d'une autre journaliste féminine, Hengameh Shahidi, qui vient d’être libérée. Fariba ne sait pas de quoi elle est accusée, elle ne peut pas avoir de contacts avec ses avocats. Seuls de brefs instants de communication sont autorisés sporadiquement avec sa famille à qui elle confie, dans un sourire triste, qu'on la presse d'avouer (avouer quoi? Pressée comment?)
Nous réclamons pour elle, pour Bahman Ahmadi Amouyee, pour Ahmad Zaidabadi et pour la vingtaine d'autres dont les noms sont moins connus, la liberté immédiate et totale.
Par la solidarité et pour protéger le métier, nous, certains journalistes belges, francophones et néerlandophones, avons crée un comité de soutien aux journalistes Iraniens qui sont en prison pour une seule raison, parce qu'ils sont journalistes et pratiquent leur boulot indépendamment.
Nous témoignons notre solidarité avec ces confrères et consœurs brimés, nous exigeons de nos dirigeants qu'ils fassent pression sur le gouvernement iranien pour qu'il les rende à leurs familles et à leur profession, qui est aussi la nôtre.
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31.10.2009
LA MORT DE BRUNEHILDE-Note 159
Voici, en concert, une des scènes les plus sublimes de l'opéra romantique qui, dans le Crépuscule de dieux, clôt cette épopée fabuleuse, au terme des quatre jours que dure ce drame unique dans l'histoire de la musique.
Jessye Norman tient magistralement le role de Brünehilde. Laissez-vous prendre par la magie des harmonies de celui que Nietszche appelait le "grand enchanteur", Richard Wagner.
1ère partie: http://www.youtube.com/watch?v=swTTWurVnKc
2ème partie: http://www.youtube.com/watch?v=48ShCmL7Ew0
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30.10.2009
FARIBA EST EN GREVE DE LA FAIM-Note 158
All dear Fariba's friends
As you may know, Hengameh Shahidi is another journalist who has passed last 4 months in Evin prison. She was cell mate with Fariba for around 35 days. They both have begun hunger strike about four days ago, and for this reason they seperated them. Now, Hengameh is in public section and we dont know Fariba is alone or not?!
Anyhow, last night Hengameh called me and asked deeply from her heart : YOU ARE ALSO MY MOTHER, PLEASE SHARE ME IN ANY ACTIVITIES THAT YOU DO FOR FARIBA!
Sincerely Yours
Farideh(Fariba's Mother)
P.S. Among 25 journalists are still in jail, Fariba & Hengameh are only 2 women...
18:47 Publié dans Informations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.10.2009
UNE LETTRE DE SA MAMAN A fARIBA-Note 157
My dearest Fariba, I do not know what you are doing at this moment. Perhaps you are talking to your cell mate Hengameh Shahidi, or maybe you are trying to analyze a book. I don’t know if you are sleeping or two months into your arrest you are still in the middle of different administrative procedures to complete your file!
Anyhow, I am not intending to write to you about our sorrows. I do not want to tell you about the pain of separation or the pain we feel when we see your pale face. I do not want to talk about the pain and agony you have been subjected to during this time; a pain that you always try to hide from us. This time I want to tell you about our Mondays, in other words, I would like to call this letter the Monday Chronicles.
The first month of your detention, during which you were held in solitary confinement with no prison visits, finally came to an end. Since then, every Monday either Amir or I, go the visitation hall of Evin. We bring with us all the ID documents of the family and arrive there between 8.30 and 9 am. After getting a blue card from the soldier who stands at the entrance, we write our names and yours on the card and rush to the small window where we get a number. Often there are a few people ahead of us, which means the families whose loved ones are held in Ward 209 have taken their numbers before us. We start speaking to these newly found and dear friends, with whom we share our pain. We exchange information and news while we wait for the small window to open. It might open at nine or maybe even after 10am. Perhaps the blame is on us for having arrived earlier than necessary. We always do, as we all wait the entire week for those brief minutes when we can see our loved ones.
They take our ID documents and ask us the name of the prisoner we have come to visit, although sometimes they find the name on the blue card. Those moments are always the longest because we don’t know what they will say next. Even if we were allowed to have a visit the previous week, it does not mean that we will get one that day. Finally the waiting ends and we can visit. If there is a sign at the back of the blue card, it means the visit will be through the glass divider; otherwise you are among the luckiest and can have a face to face visit.
For some, like Bahman Ahmadi Amoui , visits are always through the glass divider. But the hardest of all is that every week two or three families are told that there are no visits for their prisoners.
At that moment all the ears and eyes turn toward that little window to see who did not get a visit. Who was the unlucky one this week? Was it Saeed Laylaz, Masoud Bastani, Mohammad Ghouchani, Allahyari, Naimipour or….?
At 1 or 1.30 pm all the families who got a visit that day leave the hall. Their eyes are tired and distressed. There is one question in everyone’s mind: Do they have to come back next Monday or will their Monday Chronicles end?
I have changed my return ticket from Mashad to be back on Sunday morning. I will be there this Monday like all other Mondays. It will be the start of your third month of detention and I am impatiently waiting to see you, my dearest Fariba.
We have put all our hopes in the God almighty.
With all my love and from the Shrine of the 8th Imam, I say Salam to you.
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28.10.2009
LAST NEWS ABOUT FARIBA PAJOOH-Note 156
Saturday, October 24th, 2009
The detention order for journalist, Fariba Pajooh, has been renewed. Earlier this week her prison visits were also canceled.
HRA - The Prisoners’ Rights Unit of HRA reports that, last Monday, prison officials, who were acting under orders, did not let Faiba’s family visit her in prison. The family could only briefly talk to her for minutes over the phone.
In addition, her lawyer, Mina Jaffari, has been notified by the investigator from the 2nd District of the Revolutionary Court that her client’s detention order has been renewed. The news has led to worries that Fariba Pajooh may be transferred back to solitary confinement.
Mina Jaffari, the defense lawyer, told a HRANA reporter that the Tehran prosecutor has ordered all her client’s visits to be canceled. The restriction is all encompassing; neither Jaffari herself nor Fariba’s family are allowed visits.
The lawyer added, “Fariba is still under pressure, and her emotional state is worrisome. Unfortunately, I have never been able to see her and could only get her news through her family.”
Mina Jaffari also talked about the latest development in the case of Isa Saharkhiz, her other client, and said, “Mr. Saharkhiz is still in jail and his detention order has also been renewed, but I have not been given any more information on the file.”
Fariba Pajooh was arrested by Intelligence Ministry agents on August 22nd, 2009, the first day of Ramadan, at her parents’ house. She spent the first month of her detention in solitary confinement. Fariba has been verbally abused by prison guards and is under intense psychological pressure to confess. After one month of solitary confinement, she was moved to a cell that she shared with another detained journalist, Hengameh Shahidi.
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24.10.2009
LA SCIENCE DES ANES-Note 155
"L'orthographe est la science des ânes"
Cette boutade, que d'aucuns attribuent à François Mitterrand, me fait penser à Paul Valéry pour qui l'orthographe française était "la plus imbécile du monde"; pour cet Académicien français et professeur au Collège de France, cette "criminelle orthographe" était "une des fabrications les plus cocasses du monde", "un recueil impérieux ou impératif d'une quantité d'erreurs artificiellement fixées par des décisions inexplicables"...
Que l'on ne se méprenne pas, je ne partage pas ces avis quelque soit la notoriété de leurs auteurs, car je suis indéfectiblement attaché à l'orthographe de ma langue, même si je suis en perpétuelle dispute avec elle; cet amour aveugle m'amène à toujours lui donner raison, non seulement pour avoir la paix, mais aussi par ce respect sans lequel il n'y a pas d'amour véritable.
Je pense cependant, en mon for intérieur, que cette jolie femme capricieuse - pléonasme? je vous laisse la responsabilité de cette appréciation- n'a pas toujours raison et n'obéit pas toujours à la pure logique.
J'en veux pour seules preuves les règles d'accord du participe passé, pour ne citer que celles-là.
Qui d'entre-nous, qui se mêle d'écrire, n'a pas à portée de main le "Bescherelle" de la conjugaison et ne le consulte pas pour vérifier, dans le doute souvent, l'accord d'un participe passé, notamment avec l'auxiliaire avoir?
Une seule règle et bien des cas particuliers.
Nous la connaissons tous cette fameuse règle:
"Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir ne s'accorde jamais avec le sujet du verbe.
Lorsqu'il est précédé par un complément d'objet direct, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec ce complément".
Nous jonglons avec cette règle comme des virtuoses, mais nous sommes-nous déjà posé la question de son origine? Par quel raisonnement structuré et logique les grammairiens du passé en sont-ils arrivés à nous imposer cette règle qui a fini par s'intégrer dans notre patrimoine génético-linguistique?
Elle nous vient de ce poète espiègle et génial que fut Clément Marot.
Marot avait une vive admiration pour la langue italienne. Il se réfère à cette langue pour proposer aux lettrés de son entourage cette règle que l'on trouve dans une de ses épigrammes:
"Enfans, oyez une leçon:
Nostre langue ha ceste façon,
Que le terme qui va devant,
Voulentiers regist le suivant (...)
Il faut dire en termes parfaictz,
Dieu en ce monde nous ha faictz:
Faut dire en paroles parfaictes,
Dieu en ce monde les ha faictes.
Et ne faut point dire en effect,
Dieu en ce monde les ha faict:
Ne nous ha faict pareillement,
Mais nous ha faictz tout rondement."
Je vous encourage à relire cette Épigramme XCIX que Marot adressa à ses disciples, sans nulle prétention de légiférer pour tout un peuple.
Cela fait cependant quatre siècles que, par je ne sais quelle alchimie, nous sommes assujettis à ces quelques remarques amusantes de notre charmant poète.
Je ne suis pas loin d'admettre que Paul Valéry n'avait pas complètement tort.
Je vous recommande, à ce sujet, la lecture d'un livre très bien documenté, érudit même tout en restant plaisant, "Conversations sur la langue française" de Pierre Encrevé et Michel Braudeau (Gallimard). Ces conversations passionnantes, au cours de promenades dans différents parc ou jardins de Paris, nous en apprennent beaucoup sur les différentes langues françaises en usage à notre époque et a le mérite, tout en défendant une certaine idée de l'orthographe, de la désacraliser.
Il est possible que des fautes d'orthographe aient échappé à ma vigilance et se soient embusquées dans ce texte. Je serai reconnaissant aux ânes qui les auront remarquées (notez l'accord) de me les signaler...
23:30 Publié dans Chronique de la langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



