20.10.2006
A LUNDI PROCHAIN-Note 70
Ce vendredi matin, à la "désannonce" du journal parlé d'une radio bruxelloise, j'ai entendu ce dialogue entre l'animateur et la présentatrice:
-Merci, Sylvaine, bon week end et à lundi!
-Non, pas à lundi, Christophe, mais à lundi prochain!
-Ah bon... alors, à lundi prochain!
Je me suis demandé pourquoi cette jeune femme avait repris son collègue de cette manière, pourquoi avait-elle trouvé nécessaire d'ajouter l'adjectif "prochain" au mot lundi. La salutation de Christophe m'avait semblé d'une clarté irréprochable.
Je trouvai la réponse à ma question en me rappelant une aventure que j'ai vécue au début de mon établissement à Bruxelles.
Lors d'une soirée, ce devait être un mercredi, un couple d'amis me lança cette invitation:
-Venez, toi et ta famille, manger à la maison, samedi prochain.
-Avec plaisir, à quelle heure?
-Vers dix huit heures trente.
Le samedi suivant, à l'heure dite, nous étions devant leur porte, le bec enfariné, et je déclinai mon identité au parlophone (interphone, en France).
Nous nous étions mis sur notre trente un et avions dépensé nos quelques sous pour leur offrir les pralines (crottes de chocolat, en France) et le bouquet d'usage.
Ils nous accueillirent avec un regard étonné et, devant leur manque d'enthousiasme, je leur demandai:
-Ne nous aviez-vous pas invités chez vous ce soir?
-Euh... non, c'était pour le samedi de la semaine prochaine...
-Mais vous m'avez dit samedi prochain.
-Et bien oui, samedi de la semaine prochaine. Entrez, mais nous n'avons rien prévu.
-Non! Non! Excusez-nous. Nous reviendrons la semaine prochaine.
Nous repartîmes déconfits, ayant découvert, à nos dépens, cet usage ,inhabituel pour un français, de l'adjectif "prochain", à Bruxelles, et peut-être dans le restant de la Belgique francophone, en ce qui concerne la chronologie.
En douce France, cher pays de mon enfance, mes amis auraient dit "samedi en huit". Quant à la Sylvaine de ce matin, elle aurait répondu:
-Non, pas à lundi, Christophe, mais à lundi en huit.
J'en fis la remarque à une amie bruxelloise, suggérant avec tact que cette manière de parler n'était pas du bon français. Je reçu un feu nourri de protestations véhémentes.
Quelque peu froissé dans mon orgueil de franchouillard indécrottable, je me plongeai dans les dictionnaires à ma disposition, le Littré, le Robert, le Trésor de la Langue Française et le Grand Dictionnaire Larousse des Lettres. Je vais vous éviter le résultat de mes doctes découvertes qui, toutes, me donnent raison; en résumé, l'adjectif "prochain" désigne ce qui est "le premier à se présenter, dans le temps".
D'ailleurs mes amis belges, vous n'êtes pas très cohérents dans l'emploi de ce terme.
Quand, en Avril, vous demandez à votre patron une augmentation pour "le mois prochain", vous avez le mois de Mai à l'esprit, et non pas Juin.
Et quand, parlant d'une connaissance, on vous annonce sa mort prochaine, il s'agit bien, à Bruxelles comme à Paris, de la première et unique mort à se présenter, dans la vie de ce pauvre homme.
Alors, vous, mes concitoyens qui vivez à Bruxelles, quand vous serez invités à une réception, pour éviter toute déconvenue, prenez bien soin d'en faires préciser la date exacte. Et si vous, les Don Juan, vous fixez un rendez-vous, à la jolie fille de vos rêves, en lui disant: "samedi prochain, à dix huit heures, Place Stéphanie", vous risquez de déguster, tout seul, le lapin que la pauvre demoiselle, étonnée de votre peu d'empressement à la revoir, ne vous aura pas posé.
Quant à moi, je vous donne rendez-vous à... lundi prochain!
23:30 Publié dans Chronique du langage | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note




Commentaires
Tu as tout à fait raison Pierre, moi aussi, étant flamande, j'ai eu bien des difficultés à comprendre les rendez-vous, à savoir si on m'attendais p.ex ce vendredi, ou celui d'après! Heureusement que j'avais Robert, en bon Bruxellois, pour m'éclaicrer sur la dite date, et d'éviter une méprise.
Ecrit par : Erna | 26.10.2006
PS. J'ai le même problème quant on m'indique une adresse, avec la rue qui "monte" ou qui "descend". Par rapport à quoi, comment on peu savoir, doit on mesurer le niveau de la chaussée?
Ecrit par : Erna | 26.10.2006
C'est vrai! Etant Bruxellois moi meme, je trouve que cette expression ... "Prochain" n'est pas toujours tres tres claire.
En fait, effectivement quand on parle en Mars du mois prochain il s'agit bien du mois d'Avril. Mais pour les jours de la semaine, c'est different...
Je vous explique: Mise en situation:
On est lundi, je donne rendez vous au cinema a mon ami Mardi prochain, qui n'est donc pas le mardi qui est le jour juste apres, mais le mardi de la semaine prochaine. je lui dis donc pour etre clair: Pas ce mardi ci, demain, mais mardi prochain, le mardi d'apres.
Si vous preferez, au lieu de dire "A mardi de la semaine prochaine" On dira "A mardi prochain", ce qui fait plus court.
Le "prochain" sous entend en fait "de la semaine prochaine". et a Bruxelles, tout le monde ou presque comprendra ;)
Pour revenir aux mois de l'annee, si on dis en Juin, "le mois prochain" ca sera bien le mois de juillet qui est le mois suivant, car ici on ne sous entend pas le mois de juillet de l'annee prochaine...
J'espere avoir ete plus ou moin clair dans mon explication.
Alexis
Ecrit par : Alexis VJ | 12.12.2006
Oui, Alexis, vous avez été très clair. Merci de votre commentaire.
En France, quand le jour envisagé est dans la proximité immédiate du jour où l'on s'exprime, on précisera "demain" ou "après demain", pour éviter la confusion qui est toujours possible.
Je précise que je ne déprécie nullement les particularités du français de Belgique (voir ma note sur la drache).
Au plaisir de vous lire!
Ecrit par : Pierre Bruneau | 12.12.2006
Pour ma part wallonne travaillant pour une organisation suisse qui m'offre la chance de travailler dans divers pays, notemment d'Afrique francophone, j'ajouterais que la Belgique est un pays cocasse, au français poétique parfois, à défaut d'être toujours "correct". Quoique à ce jeu, l'on pourrait questionner nos cousins français quant à l'originalité de l' utilisation du soixante-dix au lieu de septante...
Ceci dit, le français est une langue, qui, si elle veut vivre doit être vivante et vécue comme tel. Certes l'on pourrait protéger nos amis français d'un mal entendu relativement facile à éviter...
Sur ce, savez vous comment l'on dit "Oui, bien sûr!" à Bruxelles?
....................
Réponse: (avec l'accent bruxellois prononcé mais difficile à traduire ici): "Non, peut-être?"
Vive la langue française rendue riche et vivante grâce à tous ses amoureux de cette belle langue, d'Amérique du Nord, d'Afrique et d'ailleurs!
Hélène
Ecrit par : Helene | 19.01.2007
Merci, j'ai bien ri.
J'ai toutefois une question :
En France, si on est un jeudi, et que l'on veut se revoir le jeudi qui suit le prochain (dans 15 jours) doit on quand-meme dire jeudi en huit ?
Ecrit par : jean rene sceba | 08.03.2007
Bonne question à laquelle je n'avais pas réfléchi, Jean René. Personnellement il me vient le réflexe de dire, dans ce cas précis, jeudi en huit Toutefois, si une confusion est possible, il est toujours prudent de préciser, soit la date exacte soit la semaine dont il s'agit. Dans un rendez-vous amoureux cela s'impose... avec le contrôleur des contributions, il peut être interessant de provoquer l'erreur...
Ecrit par : Pierre Bruneau | 08.03.2007
une semaine c'est 7 jours et non huit
L'on devrait dire : " à mardi en sept " et non " à mardi en huit "
Ecrit par : Gayet Pierre | 12.06.2007
une semaine c'est 7 jours et non huit
L'on devrait dire : " à mardi en sept " et non " à mardi en huit "
Ecrit par : Gayet Pierre | 12.06.2007
Je crois que lorsqu'on dit "mardi en huit", cela signifie de mardi au mardi suivant, on compte les deux mardis. Je suppose que l'expression est vue comme celle: " de toi à moi". Les deux personnes sont impliquées.
Ecrit par : Lisette Coutu | 06.10.2007
Très beau récit !
Ecrit par : Tristan | 10.03.2009
Je ne comprends toujours rien a cette notion la. Mardi prochain, mois prochain etc...
Ecrit par : Sylvanie | 10.11.2009
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