« 2007-11 | Page d'accueil
| 2008-01 »
25.12.2007
UNE RENCONTRE A POTSDAM-Note 88 (Suite n° 4)
Antoine s'appropria aussitôt cette main qu'il ne lâcha plus jusqu'à ce que les deux jeunes gens se fussent assis à une terrasse de la Luisenplatz, bien décidés à fêter leur rencontre par un bon repas au clair de lune.
Ils avaient cheminé, jusque là, respectueux du silence de la nuit , à l'écoute de ces vibrations intimes qui naissent dans le secret des coeurs, avec la troublante intuition que leur vie glisse vers des profondeurs inconnues, à peine entrevues.
Une fois à table, ils parlèrent, parlèrent, comme libérés, enivrés par la musique dont les effluves les enveloppaient encore, par l'Eiswein, aussi, ce bon vin blanc de glace, légèrement acide, et par cet étrange sentiment diffus de joie et d'espérances que procure la rencontre d'un être avec lequel on se sent en accord parfait.
Ce fut Françoise qui, la première, usa tout naturellement du tutoiement.
-Ton attitude à l'église m'a surprise, Antoine... est-ce que je me trompe si j'en déduis que tu ne crois pas en Dieu? ou, peut-être, es-tu agnostique? ou tout simplement indifférent? non concerné par la religion?
-Pourquoi ces questions? t'ai-je choquée? es-tu croyante? aurais-je, en déplaçant les chaises, heurté les convenances de ta foi?
Françoise ne répondit pas; elle était occupée à chasser des escadrilles de moustiques qui, attirés par la lumière des lampes suspendues aux branches des tilleuls, descendaient en piqué sur la peau blanche et délicate de la jeune femme.
-Veux-tu que nous changions de table, Françoise?
-Non, c'est inutile, cette "luftwaffe" est partout...
Elle se protégea tant bien que mal d'un châle de soirée en dentelle noire, ce qui la rendit encore plus belle et séduisante aux yeux de son compagnon qui ne put se refréner de le lui faire remarquer:
-Que tu es jolie, Françoise!... Mais tu n'as pas répondu à ma question. Es-tu croyante et t'ai-je importunée par ma conduite?
-Non, je te rassure, je suis athée, foncièrement athée, formée depuis mon enfance par un père franc-maçon, et je reste absolument indéformable, ça, tu peux en être sûr. Toi aussi, je suppose?
(à suivre)
16:35 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
16.12.2007
L'EFFET PAPILLON-Note 94
Voici, aujourd'hui, plus de six mois que la Belgique est sans gouvernement.
Le problème semble insoluble car les revendications des politiciens flamands demeurent inacceptables pour leurs homologues francophones.
Quelles sont ces revendications?
Lorsque je lis ou que j'écoute les médias de France, je me rends compte à quel point il est difficile, pour les journalistes de l'Hexagone, de s'y retrouver dans l'imbroglio de la politique belge. Rassurez-vous, les belges eux-mêmes ont du mal à y voir clair tant sont devenues complexes, au fil des ans, les institutions de leur nation. J'ai évoqué une des raisons de cette complexité dans ma note précédente (Note 93).
Comment comprendre les exigences flamandes et leur refus par les francophones si on ne connaît pas de quel bouillon de culture politique elles émergent?
C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de publier une série de notes qui décriront les institution belges, sommairement pour rester clair, à l'usage de tous ceux qui ne sont pas indifférents à ce qui se passe chez leur voisin, comme à l'usage de la plupart des belges eux-mêmes.
Certains penseront que cela n'est d'aucun intérêt.
A ceux qui pensent ainsi, je leur rappelle que, en vertu de "l'effet papillon", si l'on en croit la "Théorie du chaos", le moindre battement d'aile de ces politiciens légers et éphémères, qui s'agitent en Belgique, aura des répercussions dans les autres nations de l'Union Européenne. Les effets de l'agitation frénétique du papillon Sarkozy sur le restant de la planète en sont une preuve indiscutable...
La prochaine publication vous exposera les différentes langues officielles parlées par ce peuple hétéroclite que César, dans la Guerre des Gaules, désigna comme étant le plus brave de tous les gaulois...
20:05 Publié dans Chroniques de Bruxelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
QUESTION AUX LECTEURS SUD-COREENS
Depuis que j'ai remis un compteur sur ce blog, je constate, avec surprise, l'augmentation constante du nombre de visiteurs issus de la Corée du Sud. Cela m'interpelle, aussi j'aimerai savoir, chers amis coréen, dont je connais le pays et la culture, ce qui peut vous intéresser dans ce que j'écris; croyez bien que je ne manquerai pas d'en tenir compte dans l'avenir. Veuillez donc avoir la gentillesse de mettre vos commentaires ou de m'écrire à mon adresse: pbruneaube@gmail.com et de m'indiquer pourquoi vous êtes aussi nombreux à visiter ce blog.
Je vous en remercie à l'avance.
Avec toute mon amitié!
13:59 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.12.2007
FAILLITE DU "CHEVRECHOUTISME"-Note 93
Les peuples ont les gouvernements qu'ils méritent.
Quant à la Belgique, il semble qu'elle ne mérite même pas de gouvernement, car, depuis plus de six mois que les élections législatives sont terminées, les politiciens de ce pays n'arrivent pas à se mettre d'accord pour en constituer un nouveau, malgré les efforts louables et désespérés de Sa Majesté le Roi.
Dans la note 91, je vous ai expliqué, français, mes compatriotes, que le problème belge n'est pas une lutte entre Flamands et Wallons, comme cela fût le cas dans les siècles passés, mais, depuis la régionalisation de l'état et la naissance de la Région Bruxelles-Capitale, en 1989, il s'agit plus exactement d'une lutte entre néerlandophones et francophones. En effet, on estime que les bruxellois qui ne sont ni flamands ni wallons et qui ne veulent pas être assimilés à ces deux entités, sont à environ 90% francophones.
Le problème belge, suite à cette lutte séculaire, s'est complexifié à un tel point , d'élections en élections, que la crise actuelle semble inextricable.
Comment ce pays en est-il arrivé là?
En pratiquant une politique basée sur le principe du compromis; cette méthode a été utilisée avec une telle virtuosité qu'est née cette expression: "le compromis à la belge" et que ce peuple se vante de sa "culture du compromis".
Mais voilà, de compromis en compromis, il arrive un moment où le compromis n'est plus possible.
A force de mettre de l'eau dans son vin, il n'y a plus de vin.
A force de se partager les pétales de la marguerite, il n'y a plus de marguerite.
A force de ménager la chèvre et le chou-les belges ont inventé le qualificatif "chèvrechoutiste"- la chèvre meurt de vieillesse devant un chou pourri.
Comme soeur Anne, le bon peuple, du haut de la tour de son mépris pour la gent politicarde, a vu sortir de la brume, pédalant en danseuse sur son destrier favori, un sauveur, Guy Verhofstadt, le premier ministre sortant, joker tiré du jeu par ce pauvre roi Albert II.
Cet homme providentiel sauvera-t-il son pays de cette crise?
C'est à souhaiter, car, sinon, nous assisterons à la faillite historique du "chèvrechoutisme".
22:55 Publié dans Chroniques de Bruxelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09.12.2007
UNE LECON D'INJURES-Note 92
Monsieur Tatez (prononcez le "z") fut un professeur de lettres qui marqua ma jeunesse, non seulement par son érudition, mais aussi par la passion de la littérature qu'il sut nous communiquer, à nous, ses élèves, potaches indisciplinés dont je n'étais pas le moindre.
Un jour, il nous étonna en nous donnant une leçon d'injures.
"N'utilisez pas les injures que tout le monde connaît, telles que "imbécile", "idiot", "connard", etc... En assénant, à l'objet de votre courroux, de tels mots qu'il comprend, il vous répondra par des mots plus forts auxquels vous réagirez, à votre tour, par des grossièretés encore plus percutantes, cette escalade vous laissant insatisfait de ne pas avoir eu, peut-être, le dernier mot. Il est beaucoup plus efficace d'utiliser un terme qu'il ne connaît pas, ce qui l'amènera à se demander, perplexe, ce que vous avez bien voulu dire, lui laissant le goût amer de l'infériorité; son ignorance lui coupera toute envie d'employer un autre mot qui risquerait d'être inférieur à votre injure qu'il n'a pas comprise.
Plus de cinquante ans après, je me souviens encore de la manière dont il illustra son propos.
-Si vous lui dites, par exemple: espèce de "romboèdre", vous le désarmerez complètement; il y a peu de chance, en effet, qu'il connaisse la signification de ce terme de géométrie qui désigne un parallélépipède dont les arêtes sont courbes.
J'ai suivi, à l'époque, son conseil et, croyez moi, sa thèse s'est vérifiée.
C'est hier soir que j'ai repensé à ce souvenir de jeunesse.
J'étais assis dans mon fauteuil attitré, au salon, et, désoeuvré, je pris derrière moi, par dessus mon épaule, un livre, sur un rayon de ma bibliothèque, qui se révéla être le Pantagruel de mon vieux pote François.
Je me délectai à relire cette ancienne langue française si truculente, recherchant, dans un glossaire, les termes inconnus. Je découvris, par exemple, la signification de l'expression: " tas de gros talvassiers tous croustelevez", que je transcris ici dans l'orthographe de Rabelais, pour lui conserver tout son charme et sa poésie.
Selon les dictionnaires consultés (Dictionnaire de P.J. Leroux, de 1786 et le Glossaire de la langue romane par J.B.B. Roquefort, de 1808) le mot "talvassier"signifie: drôle, vaurien, hâbleur, fanfaron. Je vous fais grace de l'éthymologie qu'il vous sera loisible de découvrir par vous-même.
Quant à "croustelevez" cela veut dire: vérolé, ou couvert de croûtes, dans un langage tellement plus imagé.
Et je me dis qu'il est dommage que notre langue moderne ait oublié ces mots si savoureux des époques passées. Je me suis promis d'en réhabiliter quelques uns, au fil de mes lectures et de mes écrits.
Alors, si je puis me permettre un conseil, la prochaine fois que vous voudrez injurier quelqu'un et avoir le dernier mot, utilisez "romboèdre", ou, si vous êtes rébarbatif à la géométrie, lancez lui: "talvassier!" ou "croustelevez!"...
Votre interlocuteur n'y comprendra goûte et en restera coi.
Essayez et vous verrez, votre victoire sera rapide et sans appel.
00:25 Publié dans Chronique du langage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02.12.2007
PROBLEME BELGE-Note 91
| Ces dernières semaines, les médias français se sont intéressés à la Belgique pour diverses raisons dont la difficulté de ce pays à se doter d'un gouvernement fédéral n'est pas la moindre. En tant que français résidant depuis des décennies au sein de cette nation (?) qui m'a adopté et que j'aime, je suis heureux que ma brillante patrie découvre enfin son existence autrement que par le sport ou les fameuses histoires belges... Ce qui me désole, c'est le manque de rigueur intellectuelle des journalistes français qui, dans la presse écrite comme dans l'audiovisuel, relatent les problèmes de leurs voisins du nord sans éviter d'émailler leurs commentaires d'inexactitudes étonnantes. J'en veux pour preuve ces deux exemples: -L'excellent numéro spécial de Libération du 28 novembre dernier écrit en première page: "Cent-soixante dix-jours après les élections qui ont marqué la coupure entre Wallons et Flamands, l'existence du pays est en question". -Le non moins sérieux journal Le Monde, dans son édition électronique de ce 1er décembre, déclare ceci, citant Reuters: "Déjà difficile à gérer en temps normal en raison des tensions linguistiques entre Flamands et Wallons, la Belgique semble désormais ingouvernable depuis que le fameux "compromis à la belge" a volé en éclats". Eh bien non! mes chers compatriotes, le problème belge ne se limite pas à une zizanie entre Flamands et Wallons; il s'agit d'une crise entre néerlandophones (Flamands) et francophones (Bruxellois et Wallons), tant il est vrai que la Belgique politique comprend, depuis 1989, trois régions: la Région Flamande, la Région Bruxelles-Capitale et la Région Wallonne. Les bruxellois ne sont pas des wallons et ne se sentent nullement wallons. Ce n'est qu'un détail? Je comprends que pour les habitants de l'Hexagone, mes frères, ce n'est qu'un détail, mais n'oublions pas que le Diable se cache dans les détails. Dans ce contexte, il s'agit du démon de l'ignorance... |
18:35 Publié dans Chroniques de Bruxelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

