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27.01.2008

UNE RENCONTRE A POTSDAM (Note 88-suite n° 9)

A peine étaient-ils sortis du restaurant, que le double bip, si caractéristique de l'arrivée d'un message sur un portable, résonna dans la poche d'Antoine.

-Excuse moi, Françoise! 

Il lut son message, esquissant une moue de désagrément:

-Ça y est, le travail me rattrape. Mon chef me demande d'être à la rédaction demain, le plus tôt possible, pour une mission au Pakistan... Je prendrai le premier avion pour Paris, demain matin.

-C'est cela le métier de grand-reporter...

-Oui, et c'est cela qui me passionne, mais qui, maintenant, me désole; j'aurais tellement aimé écouter tes conférences et faire plus ample connaissance avec toi... L'idée de te quitter si vite ne me plaît pas du tout, Françoise...

-C'est peut-être mieux comme cela...

Antoine accueillit cette remarque, très féminine, avec une pointe de déception. Il réalisa que, dans son inconscient, il avait déjà commencé à élaborer une projet de relation avec cette jeune femme vers laquelle il se sentait très attiré, non seulement par sa beauté racée, mais aussi par sa personnalité franche qu'il percevait foisonnante de richesses. Pour que Serge se fasse remplacer par elle, à Berlin, ce devait être quelqu'un d'exceptionnel... D'un autre coté, l'aventure douloureuse qu'il avait vécue, quelques années auparavant, avec Alice, son premier grand amour, l'avait rendu prudent, méfiant même, non seulement vis à vis de l'autre sexe, mais également vis à vis de son coeur d'amadou. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il avait demandé au journal de lui faire parcourir le monde, pour s'enivrer dans le tourbillon du travail et oublier ce premier grand chagrin; il ne se permettait que des aventures éphémères, au gré des circonstances. Elle a raison, pensa-t-il, c'est peut-être mieux comme cela.

Ils se mirent en route.

Il n'osa pas lui reprendre la main.

-Je voudrais te revoir, à Paris, Françoise...

Elle esquiva l'invitation et enchaîna:

-Vas tu me laisser sur ma faim quant à tes rapports avec Nietzsche?

Le fracas du tramway qui les dépassait lui donna le temps de reprendre ses esprits.

-Nietzsche?... ah oui!... ce message m'a désarçonné... Et mon roman que je ne pourrai pas continuer, faute de faire les enquêtes nécessaires dans l'ancienne zone de Berlin-Est... Enfin, j'ai pu visiter le musée consacré au Mur, à Check Point Charlie... J'ai aussi collecté beaucoup de documents et de photos... Je vais devoir annuler mes rendez-vous, obtenus à grand peine avec certains de ces passagers clandestins qui ont défrayé la chronique en risquant leur vie, poussés par leur soif intense de liberté...

-Ah! C'est donc là le sujet de ton roman?

-Oui, c'est l'histoire d'une famille juive de Berlin-Est qui a décidé de retrouver un grand-père, de retour des Etats-Unis, en Allemagne de l'Ouest... avec d'innombrables péripéties, parfois rocambolesques, mais toutes basées sur des faits vécus par ces personnes que j'allais rencontrer. J'ai eu beaucoup de peine à obtenir ces entretiens; les juifs ne sont pas volontiers diserts sur ces évènements encore récents...

-Tu t'intéresse donc aux juifs?

Antoine hésita quelques seconde, avant de répondre:

-Oui, la moitié de ma famille, en Equateur, est d'origine juive.

-Antoine...je t'ai trompé... mon prénom n'est pas Françoise... Je m'appelle Esther, Esther Zimmermann.

-Esther... J'adore ce prénom, celui de la jolie reine juive de Perse dont le nom hébreu était Hadassa, ce qui signifie myrte... Cela te va très bien, Esther, car le myrte était le symbole de Vénus... Mais pourquoi cette dissimulation de ta véritable identité? As-tu voulu imiter la reine Esther?... ou serais-tu de ceux qui renient leur judaïté?

-Renier ma judaïté? Non! Jamais de la vie! Je l'ai cachée, pour la première fois, avec toi... J'ignore pourquoi...Cela m'intrigue... En réalité, je crains peut-être de considérer la raison qui s'impose à mon esprit... N'en parlons plus, je t'en prie... Selon toi, Nietzsche était-il antisémite? Je suis certaine que ta réponse ne manquera pas de me surprendre...

(à suivre)

 

19.01.2008

UNE RENCONTRE A POTSDAM -Note 88 (suite n° 8)

-Françoise, je crains de t'ennuyer avec ces considérations un peu trop sérieuses pour une soirée de détente, au clair de lune, au fond de cette belle région romantique à souhait... l'air est tiède et cette nourriture sans prétention est délicieuse... quant à ce "vin de glace", il a envahi mon esprit.. tout nous invite à la légèreté... tu ne trouves pas?

-Tu oublies les moustiques... Mais je t'en prie, tu m'intéresses et je veux t'écouter manier le paradoxe, car tu m'as l'air assez doué pour cela... Comment donc un croyant peut-t-il être en accord, dans le domaine de la foi, avec l'auteur de "l'Antéchrist"? Avec celui qui a déclaré "Dieu est mort"?

La serveuse leur déposa deux tasses de ce café allemand typique, au goût fort agréable mais au jus d'un brun si clair que l'on pourrait y distinguer la silhouette du Bundestag, ondulant au fond de la tasse.

Antoine s'enflamma:

-En effet, je suis d'accord avec Nietzsche, quand il dit que "Dieu est mort"... Il faut se rappeler que le père du philosophe était pasteur; même si ce père est décédé quand son fils avait cinq ans, le jeune Friedrich fut immergé toute sa jeunesse dans un bain luthérien; il fit même des études de théologie à l'Université de Bonn. Le dieu auquel il se réfère est donc le dieu du protestantisme, celui de la chrétienté, le dieu des théologiens, issu, après des siècles d'apostasie, du christianisme primitif, mais qui n'a plus rien à voir avec le Dieu d'Abraham , de Moîse et du Christ. C'est ce dieu là qui est mort, et non celui auquel je crois, le Dieu authentique de la Bible, qui, pour moi, est toujours vivant.

-C'est une manière ingénieuse de voir les choses..., mais ce n'est peut-être pas celle de Nietzsche...

-Si tu lis ce que Nietzsche en a écrit, dans "Le Gai Savoir", tu verras que c'est aussi sa manière de voir les choses. Juste après avoir fait sa célèbre déclaration, il s'explique en affirmant - je cite de mémoire- que "la croyance au dieu chrétien a perdu toute crédibilité". Il ajoute que cela "commence à répandre sa première ombre sur l'Europe"... Ce qu'il avait discerné au dix-neuvième siècle est devenu évident à notre époque; la décroissance de la pratique religieuse en occident, cette pratique qui se réduit, pour les rares fidèles qui y sont encore attachés, à un ensemble de traditions vidées de leur substance, plus folkloriques que spirituelles, en est la démonstration indiscutable... Ce dieu là, sans nom, tricéphale, distant, avec sa collection de mystères impénétrables, indifférent aux malheurs du monde, cruel même avec ses tourments éternels, ce dieu là auquel je ne crois pas et auquel Nietzsche se réfère, n'a plus aucune influence déterminante sur notre civilisation; il est à l'agonie, au point qu'il est potentiellement mort. C'est le dieu de ce christianisme apostat que Nietzsche vomissait, qui me répugne tout autant et que, d'ailleurs, je combats dans mes écrits comme dans mes conférences.

-Ouah! Comme tu est enragé...

-Je déteste l'imposture religieuse qui est cause de bien des problèmes de notre pauvre humanité. Tu comprends pourquoi je m'entends si bien avec  ce philosophe?... Oh!... je m'aperçois que le temps a passé très vite. Je vais régler l'addition et, si tu veux bien, nous continuerons la discussion sur le chemin de la gare, puisque ton hôtel est dans ce quartier... J'ai encore beaucoup de choses à te dire sur Nietzsche. Rassure toi, je ne veux pas devenir rasoir et je me bornerai à t'expliquer en quoi il m'a aidé à me connaître mieux.

(à suivre)

 

05.01.2008

UNE RENCONTRE A POTSDAM-Note 88 (Suite n° 7)

-Alors tu es un inconditionnel de Wagner?

-Loin s'en faut... Je suis plutôt un drogué qui, comme Nietzsche, s'est affranchi de l'emprise de sa drogue. Cependant, dès que je suis de nouveau en contact avec cette musique, le prélude de Lohengrin ou de Parsifal, par exemple, ou n'importe quel thème de la Tétralogie, je retombe sous le charme et dans la dépendance, comme si j'avais bu le philtre de Tristan. Comme Nietzsche le fit, je lutte contre Wagner; lui, il me semble avoir gagné la bataille... mais, en ce qui me concerne, l'Enchanteur finit toujours par avoir raison de moi.

-Pourquoi un tel combat? Si je peux comprendre Nietzsche qui fut un ami intime du couple Wagner et qui exposa clairement les raisons de son rejet, et je suppose qu'il en eut d'autres, moins avouables à ce qu'il me semble, en ce qui te concerne, Antoine, quel est ton problème avec ce compositeur?

-Je vais essayer de m'en expliquer avec concision et clarté. Je ne me place pas, comme Nietzsche, au niveau de l'esthétique et je n'adhère pas à sa conclusion que la musique de Wagner est l'apogée de la décadence de l'art. J'ai, avec Wagner, deux problèmes: le personnage et le despotisme de sa musique. Il y a d'abord sa personnalité qui me rebute. Je n'admets pas sa conduite avec son hôte suisse, Otto Wiesendonck, dont il séduisit l'épouse, la jeune et jolie Mathilde, ni sa conduite avec son ami et promoteur enthousiaste de ses oeuvres, le grand chef d'orchestre Hans von Bülow , dont il prit la femme, Cosima Liszt,  pour la faire sienne; je n'admets pas non plus la manière dont il profita des faiblesses de son admirateur passionné, Louis II de Bavière, pour lui soutirer un maximum d'argent; est-il tout à fait exempt de responsabilité dans la déchéance démentielle du jeune roi, ce qui le conduisit à son dramatique suicide? Cette conviction qu'il avait de son génie l'amena à piétiner bien des gens et à sacrifier bien des principes sur l'autel de son art; nous en sommes bénéficiaires, mais cela me gène.

-évidemment, vu sous cet angle, je ne peux pas te donner tort. Quant au despotisme de sa musique, que veux-tu dire par cette expression?

-Je n'en veut pas à Wagner d'avoir été un génie, et quel génie!... Mais sa musique exerce un tel charme sur moi, au sens magique du terme, qu'elle m'envahit et s'empare de mon esprit; elle finit par m'empêcher de jouir des autres compositeurs. N'as-tu pas remarqué qu'après avoir écouté du Wagner tu ne peux plus en écouter d'autres comme Mozart, Beethoven, Chopin, et même ses épigones, Bruckner, Mahler ou Richard Strauss? La musique de Wagner exalte mon esprit, celle de Beethoven parle à mon coeur. J'entre toujours en guerre lorsque l'esprit tend à étouffer le coeur.

-Je n'ai jamais remarqué cela, mais je vais tenter l'expérience, bien que je ne pense pas être aussi sensible que toi à la musique. Peut-être ai-je le syndrome du professionnel.

-Le syndrome du professionnel?

-Oui, je crois que lorsque l'on devient spécialiste en quoique que ce soit, on perd l'innocence de l'amateur, ce qui nous empêche d'en jouir par instinct et par goût; nous sommes freinés par toutes sortes de considérations techniques et par la saturation qui rompt le plaisir.

-c'est possible, mais je connais des cuisiniers de métier qui adorent déguster leur cuisine et des jardiniers professionnels qui aiment toujours s'arrêter pour admirer et humer les fleurs qu'ils cultivent...

-peut-être, mais je n'en reste pas moins convaincue qu'il leurs

 manque l'innocence primitive et le charme du mystère dont la connaissance nous prive...

-ce que tu me dit là me fait penser à la théorie de Nietzsche sur les aspect dionysiaque et apollinien de l'art et de la  vie. Je te l'accorde, il manque aux spécialistes l'instinct dionysiaque pour en jouir pleinement... Lorsque la raison s'en mêle, nous sommes piégés pour ce qui est du plaisir et de la jouissance... J'aime déguster une mandarine, non parce qu'elle contient des vitamines, mais tout simplement parce que j'aime ça... et je t'assure que lorsque je mords sa chair juteuse, il m'indiffère qu'elle contienne des vitamines...

-tu as certainement raison, Antoine, mais tu me parles toujours de Nietzsche... C'est bien la première fois qu'un homme qui se réclame de la croyance en Dieu fait référence au philosophe de "la mort de Dieu"...

-Cela te semble paradoxal? Je te comprends. Cependant, sache que j'admire Nietzsche et que je suis en plein accord avec lui sur bien des points tels que la théorie de la mort de Dieu, et crois bien que cela n'est pas du tout incompatible avec ma foi... Françoise, avant que je m'en explique, choisissons un dessert...

-Non, merci, je prendrais plutôt un café, j'en ai besoin pour t'écouter m'éclairer sur tes rapports avec Nietzsche.

-Fraulein, zwei kaffee, bitte!

(à suivre)  

 

02.01.2008

UNE RENCONTRE A POTSDAM-Note 88 (Suiten° 6)

-Il s'agit de trois exposés traitant de l'influence de Franz Liszt sur Richard Wagner, dans le domaine de l'harmonie, s'entend. Ce sont des considérations très techniques destinées à un publique averti. 

-Je suis convaincu que sans Liszt, la musique de Wagner n'aurait pas atteint les sommets que nous lui connaissons. Je ne sais plus qui a dit que Liszt était un javelot planté dans l'avenir; il est temps d'oublier le virtuose au profit du compositeur encore bien méconnu. Wagner, lui, ne s'y est pas trompé et il en a fait ses choux gras.

-C'est tout à fait exact, Antoine! Tu sembles familier avec cette question...

-oh que oui! Mon professeur de musique, un spécialiste reconnu de ces deux compositeurs, m'a beaucoup parlé de cette influence, pour ne pas dire du pillage auquel Wagner s'est livré dans les trouvailles et les richesses harmoniques de son ami Liszt. C'est d'ailleurs lui qui m'a initié à la musique de Wagner, ou pour être plus exact, qui m'a inoculé le virus de ce qui est devenu une véritable passion. Il a beaucoup écrit sur ces sujets et ses ouvrages font autorité dans le monde entier.

-Mon professeur de musicologie aussi; à vrai dire, je suis venue à Berlin pour le remplacer, car il commence à sentir la fatigue de ses quatre vingts ans. J'ai beaucoup d'admiration pour cet homme érudit et, à la Sorbonne, comme au Conservatoire, il est apprécié et respecté par tous.

-A la Sorbonne? Au Conservatoire? Quatre vingts ans?  Ne me dis pas que ton professeur est Serge Gutemberg?

-Si, c'est lui... tu le connais?

-Bien sûr! C'est de lui dont je t'ai parlé il y a un instant...Serge est plus qu'un professeur pour moi, il est devenu un de mes amis les plus chers. Quelle coïncidence! Parler ici, dans ce coin reculé de Prusse, avec une jeune femme qui, il y a quelques heures, m'était parfaitement inconnue, de Serge Gutemberg, mon ami, avec lequel elle collabore... La vie nous réserve de ces surprises...

(à suivre) 

01.01.2008

UNE RENCONTRE A POTSDAM-Note 88 (Suiten° 5)

Antoine fur surpris par le ton péremptoire de sa réponse.

Première dissonance, pensa-t-il. Qu'à cela ne tienne, en musique la dissonance fait partie de l'harmonie; d'ailleurs, la théorie musicale n'enseigne-t-elle pas que la dissonance crée une tension qui rend nécessaire la résolution d'un accord? Tiens, voila une idée intéressante qu'il me faudra creuser et développer. En attendant je dois lui répondre, en évitant cette tension, car dans ce genre de propos il est très difficile d'arriver rapidement à un accord.

-Non, Françoise, bien au contraire! Je suis croyant, foncièrement croyant, pour parler comme toi. Mais je ne désire pas, ce soir, t'embarquer dans ce genre de galère; ce sujet nous entraînerait trop loin et j'ai un train à prendre pour retourner à Berlin. Nous en reparlerons une autre fois, si tu veux. De toute façon, la question de la croyance s'invite, tôt ou tard, dans les rapports humains; qu'on le veuille ou non, elle finit par s'imposer telle une intruse... Je suppose que tu rentres aussi par le train?

-Non, j'ai retenu une chambre ici, car je ne voulais pas faire le trajet seule la nuit... Alors, tu es écrivain, selon ce que j'ai cru comprendre?

-Pas exactement, je suis un journaliste qui se mêle d'écrire des nouvelles et des romans.

Le regard interrogatif de la jeune femme l'incita à poursuivre.

-J'en suis à mon deuxième roman. Un éditeur de mes amis a insisté pour publier mon premier livre qui a eu un petit succès, et maintenant il m'en réclame un second que j'essaye de terminer tant bien que mal, car mon travail et mes voyages me pompent temps et énergie.

-Pourquoi ne choisis-tu par de te consacrer totalement à l'écriture? d'en faire ta carrière?

-Parce que j'aime mon métier de journaliste, que je m'y sens bien et que je désire le poursuivre. Si j'écris, ce que je fais depuis ma prime jeunesse, c'est uniquement pour me faire plaisir et non pour entrer dans la carrière littéraire. Écrire est un besoin inhérent à ma personne. Ce n'est pas une vocation et je n'ai aucune prétention. D'ailleurs le produit de la vente de mon premier livre, " Mon ciel est chargé de frimas", ne me laisse pas entrevoir de gains suffisants pour subsister.

-Alors, pourquoi te faire publier?

-Tu connais la phrase de Schiller "les dieux eux-mêmes résistent vainement contre la bêtise". Moi qui ne suis pas un dieu, je n'ai pas pu résister à l'appel de la vanité. Quand je reçus les premiers courriers de détracteurs se sentant obligés, à tort ou à raison, de censurer ma prose, je l'ai vite ravalée cette vanité. Ils m'ont au moins aidé à acquérir le détachement nécessaire à toute création indépendante. A la limite, même si je ne publiais pas et que je n'avais aucun lecteur, cela ne me dérangerais pas, car l'essentiel me resterait, le plaisir d'écrire.

-Tu dis cependant que ton livre a eu quelques succès. 

-Oui, de nombreux lecteurs mon envoyé de gentilles lettres auxquelles j'ai été très sensible. Devant leurs témoignages d'appréciation, je me suis dit que si je peux communiquer quelques idées dont certains se sentent enrichis, alors cela vaut la peine d'être publié, et sois sûre que je ne boude pas mon plaisir. Quant aux critiques littéraires, ceux qui se prennent pour Sainte Beuve ou Bernard Pivot, je n'ai cure de leur avis, car je ne ressens pas le besoin de prouver quoique ce soit...Mais assez parlé de moi. Tu m'as dit que tu es venue à Berlin pour faire une série de conférences...

-Oui, c'est exact.

-Mais encore?...

(à suivre) 

RESURRECTION-Note 95

L'homme moderne possède un certain pouvoir de résurrection. 

Par la baguette magique de la technique, nous pouvons ramener  virtuellement à la vie des personnages disparus depuis longtemps.

Des daguerréotypes ou des photos du XIXème siècle, par exemple, nous font découvrir le physique d'êtres que nous aimons au travers de leurs oeuvres, sans jamais les avoir vus, tels Victor Hugo, Balzac et bien d'autres.

Des enregistrements sonores nous font entendre la voix de personnages célèbres tels Guillaume Apollinaire récitant lui même, en 1913, son poème "Le Pont Mirabeau": http://www.ubu.com/sound/app.html

Des enregistrements audiovisuels nous permettent de retrouver des êtres chers de notre propre famille ou de voir évoluer des hommes ou des femmes qui ont marqué leur temps et que nous faisons revivre par le miracle du cinéma; en voici un exemple en la personne de Louis Ferdinand Céline: http://www.ubu.com/film/celine.html

Vous venez d'entendre Céline expliquer que l'objet seul est important et non l'homme qui est derrière, qui l'a créé. Je ne partage pas entièrement son point de vue, dans ce domaine comme dans bien d'autres d'ailleurs. Il me plaît, quant à moi, par simple curiosité, d'entendre ou, mieux,  de voir le génie qui a engendré l'oeuvre que j'aime et qui m'enrichit.

Les archives de tous les pays sont une mémoire prodigieuse d'où nous pouvons ressusciter virtuellement tous ces personnages du passé.

De là à imaginer une résurrection littérale, il y a un abîme que l'homme, avec toute sa science, ne peut malheureusement pas franchir.

Pour l'homme de foi, ce miracle est possible. Son Dieu, le Savant par excellence qui est à l'origine des lois de l'univers et de la Vie, n'aura aucun mal à faire revivre ceux qu'il aura conservés dans sa mémoire illimitée, par l'usage de cette divine technologie que le christianisme nomme: la Résurrection.

 

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