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30.04.2008
JOURNAL-Note 102
Mercredi 30 avril 2008:
C'est l'exode de beaucoup des habitants de Bruxelles, car nous entrons dans le long week-end du 1er mai.
Ceux qui restent, qui ne partent jamais, qui vivent seuls, les précaires, les démunis, les laissés pour compte, tous ceux là commencent à éprouver, comme à chaque fois, un immense sentiment de solitude, de tristesse et de vide, comme si la société les mettait entre parenthèse.
Demain matin, je pars également, vers la Mayenne, dans un endroit où je n'aurais pas de connection internet. Je reprendrai donc la publication de ce journal à partir du 5 mai.
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28.04.2008
JOURNAL-Note 101
Lundi 28 avril 2008
Toute une semaine sans écrire...
Les occasions de me nourrir l'esprit ont été si abondantes que je n'ai pas eu de temps à consacrer à ce journal, encore moins à commencer une nouvelle.
J'ai besoin d'alimenter mon esprit, car je ne suis pas un maître à penser, mais plutôt un disciple à penser. C'est la raison pour laquelle j'ai besoin de fréquenter ceux que je considère comme des maîtres à penser, des maîtres à écrire qui m'influent les stimuli nécessaires à la création.
Comme l'abeille butine une multitude de fleurs avant de produire son miel, j'éprouve le besoin et la passion de m'abreuver à plusieurs sources; c'est ce que j'ai fait la semaine dernière, j'ai beaucoup lu, beaucoup écouté, et, ce soir, je peux de nouveau m'essayer au miel.
-Écouté Anne-Sophie Mutter étudier et interpréter le concerto pour violon que Sofia Goubaidoulina a composé pour elle; étonnante cette compositrice russo-tatare, personnage mystique à la musique fascinante.
-Écouté cette conférence à l'ULB (Université Libre de Bruxelles) sur le thème de "la Spiritualité Maçonnique". J'ai beaucoup appris de ces deux orateurs érudits et brillants, Jean Verdun et Bruno Etienne, tous deux franc-maçons de la région d'Aix en Provence, qui pendant deux heures nous ont donné une magnifique leçon de liberté d'esprit et de tolérance. Si je ne devais retenir que deux idées-clé de leurs explications, ce serait, du premier, cette méthode de pensée que l'on appelle "l'analyse systémique", et du deuxième, la différence entre la liberté de conscience et la liberté de l'esprit.
Quant aux livres, ce sont actuellement:
-Cette bible qu'est le "Beethoven" de Brigitte et Jean Massin.
-Deux livres de la romancière libanaise Vénus Khoury-Ghata, "La maison aux orties" et "Sept pierres pour la femme adultère".
-Un essai de Baudouin Decharneux et Luc Nefontaine, "L'initiation-Splendeurs et misères".
-L'excellent bimestriel français "La Revue", qui me convient parfaitement, par sa taille, sa qualité, la profondeur de ses analyses et le sérieux de ses reportages.
-La Bible, comme je le fais depuis bientôt cinquante ans, dont l'eau fraîche coule sans s'épuiser depuis des millénaires.
Vraiment, elle est passionnante la vie d'une abeille!
Et maintenant, à la ruche!
22:20 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.04.2008
JOURNAL-Note 100
Samedi 19 avril 2008
Tout ce que j'écris dans ce journal est pure réalité.
Dans les scènes de la vie d'Antoine, l'Imaginaire et la Réalité se rencontrent et c'est le coup de foudre; l'Imaginaire, très entreprenant, épouse la Réalité et ce couple, fécond, engendre les quelques nouvelles que je publie sur ce blog. Il est difficile de discerner, dans les enfants qu'ils procréent, les traits de l'un ou de l'autre.
Mais, dans ce journal, j'oblige la Réalité à rester célibataire.
Aujourd'hui, il pleut sur Bruxelles et je crains que cette pluie, drue parfois et que l'on nomme, ici, la "drache", déflore les cerisiers du Japon en plein épanouissement.
Hier, j'ai appris que les millions d'américains qui ont vécu le drame de la saisie de leur maison, suite à la crise des "subprimes", vont être suivis par des millions d'autres encore, et je me dis que, sur la planète, plus personne n'est à l'abri de ce cancer qu'est l'aveugle cupidité des spéculateurs de tout poil du système capitaliste.
Si, un jour, on en vient à saisir tous mes biens, je n'aurai de tristesse que de perdre mes livres. Démuni de tout, je me battrais pour conserver la seule richesse à laquelle j'attache une réelle importance, mes livres.
Lire, étudier, écrire, personne ne pourra me ravir ce bonheur. Si la rhétorique est, en France, une valeur sociale, accessible à tous, elle sera toujours à ma portée et je remercie mon pays de m'avoir fait un tel don que l'on peut mener partout avec soi, dont partout on peut jouir.
C'est pour la même raison que je regrette d'avoir étudié le piano et non le violon. On peut toujours emporter son violon avec soi, et quelque soit l'endroit où l'on aboutit, on le peut travailler et le faire chanter, lui qui est le prolongement naturel du coeur et de l'âme... et... adieu les fatigues de l'esprit, enfin.
Quelle plus belle salle d'étude ou de concert que cette clairière au coeur de la forêt? Que peut-on rêver de mieux que ce concerto pour violon et orchestre symphonique d'oiseaux, dans la montagne? Je suis d'accord avec Claude Debussy qui pensait que la musique doit être jouée en plein air, dans la nature et non dans cette sorte de "boîte de concert" qu'est une salle comme Pleyel ou Gaveau, à Paris, ou la Salle Henry Le Boeuf, au Palais des Beaux Arts, à Bruxelles, ou toutes les salles du monde.
Bien pensé, Claude de France, ou, plutôt, bien senti!
23:05 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.04.2008
JOURNAL-Note 99
Jeudi 17 avril 2008
La notion de progrès est un moteur qui stimule l'humanité à se dépasser, à pousser toujours plus loin les limites de la connaissance et de l'expérimentation; tout un chacun pense que le progrès permettra à l'homme d'atteindre un jour l'âge d'or du bonheur universel.
Et si ce credo était un leurre.
Vu la croissance planétaire de la violence, de la misère, de la famine, de l'injustice et de la pollution-je restreins volontairement cette liste-certains commencent à se dégriser et à mettre en doute le bien fondé de cette recherche incessante du progrès.
Je crois aux bienfaits du progrès dans au moins deux domaines: d'une part la médecine avec sa grande soeur la chirurgie et, d'autre part, l'accès sans précédent à la connaissance et à l'information grâce à internet.
Le progrès technologique est incontestable, mais qu'en est-il des valeurs morales, des droits de l'homme et, surtout, des devoirs de l'homme vis à vis de ses semblables?
Il semble que l'âge d'or tant espéré s'éloigne à l'horizon de nos espoirs.
Cette notion de progrès amène chaque génération à penser qu'elle émerge du brouillard où les autres tâtonnaient, un peu comme les enfants devenus adultes ont du mal à concevoir que leurs parents furent un jour jeunes, beaux, intelligents et débordants d'activité.
Et pourtant un roi sage de l'antiquité, Salomon, écrivit au chapitre premier de l'Ecclésiaste:
"Ce qui a été, c'est ce qui sera; et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera; et ainsi il n'y a rien de nouveau sous le soleil."
Ces quelques idées qui mériteraient d'être développées et structurées me sont venues suite à la lecture d'un passage des Mémoires d'Outre-Tombe; l'écrivain nous y parle d'un phénomène que nous croyons propre à notre époque, le terrorisme. Et pourtant Chateaubriand avait observé cette plaie de son temps déjà, au dix neuvième siècle:
"Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d'admiration et un argument de liberté; je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu'un terroriste" (Mémoires d'Outre-Tombe-Livre IVème-chapitre 13)
Oui, vraiment, il n'y a rien de nouveaux sous le soleil.
22:25 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.04.2008
JOURNAL-Note 98
Mercredi 16 avril 2008
Trop occupé actuellement, je n'ai pas le temps d'écrire une nouvelle et de continuer de narrer des scènes de la vie d'Antoine.
Ce journal, tout sauf intime, me permet de garder le contact avec l'écriture et avec mes amis.
J'ai lu, il y a peu, un texte de Robespierre que je me suis juré d'utiliser ici afin d'illustrer la triste histoire de notre siècle.
Voici un extrait de ce que pensait cet homme paradoxal qui, en opposition avec les idées qu'il avançait ou, plutôt, en les appliquant jusqu'à l'excès, fit couler tant de sang:
"On peut aider la liberté; jamais la fonder par l'emploi d'une force étrangère...Ceux qui veulent donner des lois, les armes à la main, ne paraissent jamais que des étrangers et des conquérants, surtout à des hommes qu'il faut désabuser et apprivoiser avec la république et avec la philosophie".
Il suffit de remplacer les mots "république" et "philosophie" par "démocratie" pour penser aussitôt à ce président à l'esprit rétréci qui a cru convertir le peuple irakien à sa notion de la démocratie par la puissance de ses armées.
Cette marionnette criminelle et ses manipulateurs machiavéliques auraient dû tirer leçon de la sagesse des penseurs de la "vieille Europe", cela leur aurait évité de s'embourber dans la situation scandaleuse qu'ils ont créée dans cette région.
C'était aux irakiens eux-mêmes de prendre en main leur histoire et, au moment voulu, de se débarrasser de leur despote et de son régime.
Les français n'ont pas eu besoin de faire appel aux américains pour éliminer la monarchie qui les opprimait. Quand la situation fut mûre, ils le firent tous seuls, dans le sang peut-être, mais eux-mêmes.
Mais pour que Georges William Bush comprenne cela, il lui aurait fallu une aune de culture historique, en lui accordant naïvement que son seul mobile fût le triomphe de la démocratie.
23:05 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.04.2008
JOURNAL-Note 97
Mardi 15 avril 2008
Lorsque l'on me demande quel parti politique je soutiens, je réponds toujours:
-Je ne suis ni de Droite, ni de Gauche, ni du Centre. Je suis du Dessus.
Cela veut dire que je ne suis qu'un observateur de la politique contemporaine, car je me passionne pour l'évolution de l'histoire humaine, mais que je ne m'en mêle pas. Observant les partis politiques en action, mais ne m'engageant pas en leur sein, je conserve mon indépendance de jugement et un maximum d'objectivité, pour autant que cela se puisse.
Hier soir j'ai suivi, à la RAI, le débat couronnant la publication des résultat des élections législatives italiennes, confirmant la nette victoire de Silvio Berlusconi.
J'ai cru revivre les débats auxquels les chaînes de mon pays nous ont habitués depuis des décennies, notamment ceux qui ont suivi la désignation de Nicolas Sarkozy comme Président de la République Française .
Une Droite victorieusement condescendante.
Une Gauche contrite et décidée à tirer leçon de l'échec, consciente de son besoin de "risorgimento", de renaissance à la modernité et d'un retour à ses valeurs fondamentales.
Je croyais entendre ce pauvre parti socialiste français en déliquescence, avec sa vestale déboulonnée, Ségolène des Sept Douleurs et son malheureux Joseph d'ancien mari.
Je dois reconnaître que les politiciens italiens de gauche, arborant la même hypocrisie, firent montre cependant, malgré leur sang latin, de plus de retenue et de dignité dans leurs propos que leurs homologues français.
En tout cas, ce qui m'a bien fait rire, ce matin, ce fut le dessin de Kroll, dans le journal Le Soir. On y voit le Duce... oh! pardon! je voulais dire Il Condottiere, souriant de toutes ses dents et criant, les bras écartés vers les nues:
-Carla bella... Reviens dans ton pays, tu es à moi...
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13.04.2008
JOURNAL-NOTE 96
Dimanche 13 avril 2008
Le monde dit "démocratique" est, selon moi, en train de perdre la guerre contre le terrorisme international quelque soit le vêtement dont ce dernier se pare. Une des raisons en est la division des nations et la force utilisée à la place de l'intelligence; je reviendrai la dessus lorsque j'aurai mis de l'ordre dans mes idées à ce sujet.
Suis-je pessimiste? réaliste? Le deuxième engendre le premier.
Heureusement que j'ai mon antidote personnel: les nourritures qui m'ont fait croître jusqu'à ce jour, ce que l'on appelle de ce mot que j'hésite à utiliser étant donné sa charge de prétention, la "culture", nourritures qui ne m'ont jamais manqué; cette réserve d'idées et d'harmonies que l'on nomme "littérature" et "musique" est tellement vaste que je ne cesse d'y puiser des richesses nouvelles tout en revenant régulièrement à celles dont je me suis déjà nourri.
Je me rappelle avoir rencontré à Paris, dans ma jeunesse, un musicien français qui fut associé à Wilhelm Frurtwängler, lors du concert de réouverture du Festival de Bayreuth, après la deuxième guerre mondiale, en 1951. Le grand maître allemand y dirigea la neuvième symphonie de Beethoven et le monsieur avec qui je conversai et dont j'ai malheureusement oublié le nom, fut le chef des choeurs à cette occasion. Il me raconta quelques anecdotes passionnantes au sujet de l'interprétation magistrale du grand maître, notamment l'excitation fébrile des musiciens; certains violonistes avaient les doigts qui saignaient, électrisés qu'ils étaient dans le passage endiablé où les cordes se déchaînent après la première intervention des choeurs et des solistes. Je possède encore cet enregistrement en direct où l'on ressent effectivement cette fébrilité. Mais ce qui m'a surtout frappé fut la réponse que Furtwängler fit à une question que lui avait posée mon interlocuteur:
-Maître, pourquoi n'avez-vous pas encore dirigé la Missa Solemnis de Beethoven?
-C'est une partition que je ne connais pas encore assez bien et qu'il me faudrait étudier avant de la pouvoir maîtriser.
Quelle modestie de la part d'un homme à la carrière que l'on connaît, contestée, peut-être, à cause de son ambiguïté devant le régime d'Hitler, mais à l'autorité musicale incontestable, reconnue des spécialistes et des mélomanes du monde entier.
Cette réponse souligne aussi les ressources immenses de notre patrimoine culturel. Ces ressources, je ne les aurai pas épuisées avant de disparaître dans le silence de la terre, et cela me rassure.
Pourquoi repensé-je à cela aujourd'hui? Parce que c'est seulement aujourd'hui que je découvre cette fameuse "Missa Solemnis" et que je suis ébloui par la sublimité de cette musique. J'écoute et réécoute, avec l'émotion que procure le Beau, le Praeludium et le Benedictus qu'il introduit; je me demande d'ailleurs pourquoi le compositeur a jugé bon d'insérer au milieu de sa partition ce prélude orchestral alors que tout le reste est chanté; il me faudra faire des recherches à ce sujet.
Ce Beethoven dont je n'ai pas, à ce jour, épuisé les richesses, contrairement à ce que je croyais, a encore beaucoup à me donner, et c'est dans cette nourriture là que je puise de l'énergie et une certaine confiance en l'homme. Pourquoi? Il y a beaucoup à dire la dessus et cela fera peut-être le sujet d'un prochain essai.
Je n'oublie évidemment pas la nourriture spirituelle par excellence, emmagasinées dans les greniers de la Bible, mais c'est une autre histoire.
23:30 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

