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23.06.2008
POMPETTE-Note 109
Aucun de mes lecteurs n'est alcoolique, j'en suis sûr. Peut-être que certains le sont devenus après m'avoir lu, pour oublier mes élucubrations, j'en suis désolé, mais je peux les comprendre...
Cependant, il est arrivé à chacun d'entre nous, au moins une fois dans sa vie, d'être ce que l'on appelle familièrement "pompette"; c'est le lot de ceux qui, n'ayant pas l'habitude de boire beaucoup de vin, où autres boissons alcooliques, se sentent soudain guilleret, léger, aérien, les jambes en coton et la tête comme une toupie, après en avoir bu seulement un verre ou deux. C'est cela être "pompette", c'est a dire légèrement ivre, éméché, émoustillé, gris, et très surpris de l'être.
Ce n'est pas l'état du buveur invétéré, de l'ivrogne dont on dit qu'il est beurré, bourré, pété, rond comme une queue de pelle, et qui, ayant pris une bitture ou une bonne cuite, zigzague, vacille et finit par s'écrouler dans le caniveau, oubliant que l'on n'y trouve que de l'eau.
Mais, revenons à "pompette"; je me suis demandé quelle est l'origine de ce mot gentillet qui a tendance à tomber en désuétude, à une époque ou être ivre mort est, pour certains, un signe de virilité et un titre de noblesse bachique.
Le plus loin où il m'a été possible de remonter est le XVème siècle; à cette époque, il existait un nom commun féminin, "pompette", qui désignait "une touffe, un noeud de rubans". Cette définition nous aide à comprendre la description de Rabelais qui, en 1532, dans Pantagruel, au livre premier, emploie la locution "nez à pompettes" pour désigner le nez violacé des descendants de Noé, le premier vigneron de l'histoire humaine. En effet, le rouge ou le violet qui illumine le nez ou la trogne de l'ivrogne le pare, selon cette définition, comme une "pompette" à rubans de semblables couleurs. Je ne puis me priver de vous citer notre malicieux médecin décrivant les conséquences de l'abus de boissons pour les hommes de cette époque patriarcale:
"Es aultres tant croissoient le nez , qu'il sembloit la fleute d'un alambique, tout diapré, tout estincelé de bubelettes, pullulant, purpuré, à pompettes, tout esmaillé tout boutonné et brodé de gueules..."
Quelle langue truculente!
Littré, quant à lui, donne une autre explication qui me semble trop évidente pour être exacte. Il définit une pompette comme étant une petite pompe; le buveur n'est-il pas une pompe à vin? et le petit buveur, une pompette? Trop facile, n'est ce pas?
Je me rappelle avoir lu, je ne sais où, que pompette serait une déformation de pommettes, lesquelles rosissent sous l'influence de l'alcool. Pourquoi pas?
Ne quittez pas cette page pour vous précipiter dans votre cave... à moins de vouloir vous consoler d'avoir lu ces quelques considérations, tout à fait inutiles, j'en conviens.
Alors, dans ce cas, attendez moi, j'ai besoin, moi aussi, de me consoler... d'avoir écrit ce texte.
Allons suivre ensemble le conseil plein de bon sens de ce philosophe angevin:
"Il n'y a pas assez de vin pour faire tourner les moulins; il y en a trop pour dire la messe; alors... buvons le!"
Mais, s'il vous plaît, aidez-moi à remonter l'escalier, si je suis...pompette.
10:30 Publié dans Chronique du langage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Salut Pierre !
Cela faisait bien longtemps que je m'étais rendu sur ton blog, et c'est toujours avec beaucoup de plaisir que je lis ta prose...Merci de ces instants magiques un peu hors du temps.
Bisous et @ bientôt
Ecrit par : Achel | 24.06.2008
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