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24.06.2008

BOISSONS ALCOOLIQUES OU ALCOOLISEES?-Note 110

Comme je m'y attendais, suite à ma note précédente, plusieurs lecteurs m'ont demandé si l'expression "boissons alcoolisées" n'aurait pas été plus correcte que "boissons alcooliques" que j'ai utilisée.

Et bien non, mes chers lecteurs! Pas dans le sens que j'avais à l'esprit. Je m'explique:

Une boisson alcoolique est un liquide à base d'alcool, qui contient naturellement de l'alcool en lui-même, suite à sa fermentation, comme le vin, la bière ou l'eau-de-vie.

Une boisson alcoolisée est un liquide dans lequel on a ajouté de l'alcool; c'est le cas de toutes les "mistelles", comme le vermouth, le madère, le malaga, obtenues par adjonction d'alcool au moût de raisin pour en empêcher la fermentation. Dans ce cas, on dit que l'on a muté ce moût.

Mesdames, aimez-vous prendre volontiers du Pineau des Charentes comme apéritif? Moi aussi. Savez-vous que, dans ce cas, vous buvez une boisson alcoolisée, une mistelle, obtenue en mélangeant du moût de raisin de cette belle région Poitou-Charentes à de l'eau-de-vie de cognac?

Permettez-moi, cependant, de vous mettre en garde. Si vous en abusez régulièrement, étant pompettes plus qu'il ne convient, vous deviendrez rapidement alcooliques vous-mêmes. Quant à votre sang il sera, lui,...alcoolisé... 

23.06.2008

POMPETTE-Note 109

Aucun de mes lecteurs n'est alcoolique, j'en suis sûr. Peut-être que certains le sont devenus après m'avoir lu, pour oublier mes élucubrations, j'en suis désolé, mais je peux les comprendre...

Cependant, il est arrivé à chacun d'entre nous, au moins une fois dans sa vie, d'être ce que l'on appelle familièrement "pompette"; c'est le lot de ceux qui, n'ayant pas l'habitude de boire beaucoup de vin, où autres boissons alcooliques, se sentent soudain guilleret, léger, aérien, les jambes en coton et la tête comme une toupie, après en avoir bu seulement un verre ou deux. C'est cela être "pompette", c'est a dire légèrement ivre, éméché, émoustillé, gris, et très surpris de l'être.

Ce n'est pas l'état du buveur invétéré, de l'ivrogne dont on dit qu'il est beurré, bourré, pété, rond comme une queue de pelle, et qui, ayant pris une bitture ou une bonne cuite, zigzague, vacille et finit par s'écrouler dans le caniveau, oubliant que l'on n'y trouve que de l'eau.

Mais, revenons à "pompette"; je me suis demandé quelle est l'origine de ce mot gentillet qui a tendance à tomber en désuétude, à une époque ou être ivre mort est, pour certains, un signe de virilité et un titre de noblesse bachique.

Le plus loin où il m'a été possible de remonter est le XVème siècle; à cette époque, il existait un nom commun féminin, "pompette", qui désignait "une touffe, un noeud de rubans". Cette définition nous aide à comprendre la description de Rabelais qui, en 1532, dans Pantagruel, au livre premier, emploie la locution "nez à pompettes" pour désigner le nez violacé des descendants de Noé, le premier vigneron de l'histoire humaine. En effet, le rouge ou le violet qui illumine le nez ou la trogne de l'ivrogne le pare, selon cette définition, comme une "pompette" à rubans de semblables couleurs. Je ne puis me priver de vous citer notre malicieux médecin décrivant les conséquences de l'abus de boissons pour les hommes de cette époque patriarcale:

"Es aultres tant croissoient le nez , qu'il sembloit la fleute d'un alambique, tout diapré, tout estincelé de bubelettes, pullulant, purpuré, à pompettes, tout esmaillé tout boutonné et brodé de gueules..." 

Quelle langue truculente!

Littré, quant à lui, donne une autre explication qui me semble trop évidente pour être exacte. Il définit une pompette comme étant une petite pompe; le buveur n'est-il pas une pompe à vin? et le petit buveur, une pompette? Trop facile, n'est ce pas?

Je me rappelle avoir lu, je ne sais où, que pompette serait une déformation de pommettes, lesquelles rosissent sous l'influence de l'alcool. Pourquoi pas?

Ne quittez pas cette page pour vous précipiter dans votre cave... à moins de vouloir vous consoler d'avoir lu ces quelques considérations, tout à fait inutiles, j'en conviens.

Alors, dans ce cas, attendez moi, j'ai besoin, moi aussi, de me consoler... d'avoir écrit ce texte. 

Allons suivre ensemble le conseil plein de bon sens de ce philosophe angevin:

"Il n'y a pas assez de vin pour faire tourner les moulins; il y en a trop pour dire la messe; alors... buvons le!" 

Mais, s'il vous plaît, aidez-moi à remonter l'escalier, si je suis...pompette.

    

15.06.2008

CLAUDE ET MARIE DE FRANCE-Note 108

Nous connaissons, pour la plupart d'entre nous, le beau nom de "Claude de France", donné à Claude Debussy par Gabriele d'Annunzio, et duquel le génial compositeur se plut à signer ses dernières partitions.

Claude de France est certes un très beau nom dont la particule place ce musicien au rang des aristocrates de l'esprit.

Bien des créateurs du Royaume de la France intellectuelle mériteraient de se trouver au Gotha de ses dignitaires.

Pourquoi pas Michel de France (Montaigne), François de France (Rabelais), Joachim de France (Du Bellay) et bien d'autres, plus immortels que ces générations de  verts académiciens, gisants dans un mortel oubli.

A part Debussy, il n'y a, à ma connaissance, qu'une poétesse à porter ce titre de noblesse; il s'agit de Marie de France, ainsi nommée, au seizième siècle, par Claude Fauchet, président à la Cour des monnaies, sur base d'un écrit de cette femme remarquable que l'on trouve dans l'épilogue de ses Fables:

"Marie ai num, si sui de France", c'est à dire: "J'ai pour nom Marie et je suis de France", la France en question étant celle du XIIème siècle, époque où vivait Marie, c'est à dire l'Île de France.

Qui, à part quelques médiévistes distingués et quelques amateurs passionnés, lit encore aujourd'hui les Lais et les Fables de Marie de France ?

Évidemment, la langue qu'elle utilisait, l'anglo-normand, peut décourager certains de s'y intéresser, mais il existe d'excellentes traductions des oeuvres de cette écrivaine, ancêtre de cette illustre lignée de poètes qui font la gloire de notre littérature.

Lorsque l'on écoute la musique de Claude de France, on se sent irisé des couleurs pastel propres à cette belle région d'Ile de France.

Lisant les écrits de Marie de France, nous sommes comme rafraîchis et anoblis par la courtoisie de l'esprit qui s'en dégage, pur produit de notre beau pays.

Qui pourrait s'en passer aujourd'hui, en ce siècle où notre pauvre humanité, esclave de la matière, semble avoir oublié ces notions de délicatesse, de courtoise et de noblesse, apanage des esprits libres?

Ne nous privons donc pas de la fréquentation de ces nobles amis que sont Claude et Marie de France.  

01.06.2008

MEME LES PRESIDENTS DE LA REPUBLIQUE FONT DES FAUTES DE FRANCAIS-Note 107

Il me revient avoir entendu, cette semaine, une déclaration de Nicolas Sarkozy, faite lors de son voyage en Pologne:

"L'amitié, ce ne sont pas des mots, l'amitié, ce sont des décisions."

Pour représenter correctement la France il faut commencer par utiliser correctement la langue française.

Dans l'usage qu'en fit le Président, "amitié" est un nom commun singulier, individuel et non collectif. Il fallait donc, pour parler correctement, dire:

"L'amitié, ce n'est pas..., l'amitié, c'est..."

Cela me rappelle une anecdote vécue en 1974.

Je venais d'être amnistié par le président Giscard d'Estaing, nouvellement élu, d'une condamnation pour insoumission à la loi sur le recrutement de l'armée. Après quatorze ans d'exil, je retournai, en France, voir ma famille; ma première visite, à Paris, fut pour ma tante Suzy et mon oncle Pierre que j'aimais beaucoup.

Mon oncle était instituteur, dans une école communale, à Suresnes. Respecté de ses élèves, il avait un visage sévère, une longue blouse grise, le style très "troisième république", comme le père de Marcel Pagnol. Nous parlâmes évidemment du président qui venait de m'amnistier et, dans le cours de nos propos, mon oncle me dit qu'il avait entendu Giscard faire une faute de français. Recevant des journalistes, il leur aurait dit:

"J'aurais espéré que vous veniez plus nombreux".

Mon oncle fit une pause et me regarda, de l'oeil de l'examinateur qui interroge un potache à l'oral, s'attendant à ce que je relève la faute. Devant mon air bête et ma bouche coite, il enchaîna:

"Il aurait dû dire: j'aurais aimé que vous vinssiez".

Admiratif, je me dis que dans tout ce qui, en France, "fout le camp", il y a aussi la concordance des temps et l'usage du subjonctif qui l'accompagne.

Notre langue est aussi belle que complexe. Belle parce que complexe ou complexe parce que belle?

Comme pour les femmes, ayant du mal à la maîtriser et à en comprendre toutes les subtilités, nous la heurtons et la blessons bien des fois.

Paraphrasant la déclaration de Schiller, "les dieux eux-mêmes, luttent vainement contre la bêtise", je suis tenté de dire que les présidents de la République, eux-même, luttent vainement contre les fautes de français. 

 

 

 

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