31.05.2009

TUNIS-Note 120

Je viens à toi, Tunis,

Moi, le vieux baroudeur.

Seras-tu l'oasis,

Ma source de fraîcheur?

 

Boirai-je à Mégara,

Ce faubourg de Carthage,

Des verres de Boukha

Qui tournent tête au sage?

 

O toi, fille d'orient

Superbe et déhanchée

Tu brilles au firmament

De mes rêves cachés.

 

Ne déçois pas l'espoir

Qui anime mon coeur,

Moi qui accoste au soir

Où l'on compte les heures.

(Bruxelles, le 31 mai 2009)

27.05.2009

CONCOURS REINE ELISABETH-Note 14

Concours musical "Reine Elisabeth de Belgique".

Un univers ignoré de l'Univers.

Un petit peuple à l'écoute de la musique, qui en vibre durant tout un mois alors que les grandes nations voisines, imbues de leur mélomanie, restent totalement ignorantes de ces palpitations.

En tête des fans de ce concours, la monarchie d'opérette des Saxe-Cobourg, une de ces monarchies qui font tant rêver les français qui n'ont jamais digéré d'avoir trucidé leur Louis  XVI.

Je suis contre le principe de ces concours; l'art n'a que faire des médailles et des assiettes de quelque métal que ce soit, mais il parait que l'on ne peut pas faire carrière sans passer sous ces fourches caudines. Le Concours Reine Elisabeth, comme on l'appelle, nous a quand même lancé Yéhudi Menuhin ou Léonid Cogan pour n'en citer que deux. Ce concours fut d'ailleurs créé par un grand artiste, Eugène Isaïe et par Elisabeth, cette princesse bavaroise, mélomane et violoniste elle-même, qui devint reine des Belges au bras du célèbre roi Albert 1er.

Alors quoi?

La finale dure une semaine, le temps qu'il faut pour départager douze lauréats de très haut niveau, virtuoses indiscutables, à raison de deux concurrents par soirée. Chacun doit présenter, devant un jury international composé d'artistes et professeurs confirmés, une sonate de son choix, un concerto imposé, oeuvre inédite composée pour la circonstance, et un concerto également de son choix.

Seront-ils, pour autant, au sortir de cette épreuve, des musiciens ayant assez de souffle et de génie pour faire une carrière internationale, des musiciens capables d'insuffler la vie aux grandes oeuvres, assurant ainsi leur pérennité?

Les grandes oeuvres...

Quel est leur avenir, à ces grandes oeuvre que nous vénérons aujourd'hui? Qui aime encore ce que les mélomanes du XVème siècle goûtaient comme de grandes oeuvres?

J'ai peur pour vous tous, mes amis si fragiles, Couperin, Lully, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert... Si notre siècle s'est laissé envahir de tam-tam et d'électronique, alors qu'en sera-t-il de vous et de vos compagnons de fortune dans trois cents ans?

Précarité de tout ce qui vit, de tout ce qui est beau, noble.

Permanence de tout ce qui est vil, médiocre, vulgaire, petit.

Je hais la roture de l'esprit et du coeur.

Alors, merci au Concours Reine Elisabeth-de-Belgique d'exister, pour la survie de mes amis.

(Écrit à Bruxelles, le 7 juin 2003, à la terrasse du Mini-Louise)

08.05.2009

La Mayenne-Note 119

A Château Gontier serpente

La Mayenne lascive,

Fille superbe, insolente,

Qui m'invite à la suivre.

 

Rivière de mes ancêtres,

C'est le sang de mes veines

Et je sens dans tout mon être

L'appel de la Mayenne.

 

Son oeil d'émeraude verte

Sous le soleil scintille.

Y céder serait ta perte,

Évite sa pupille.

 

Ainsi firent les sirènes,

Au compagnon d'Achille.

Méfie toi de la Mayenne

Comme de toutes filles.

 

(Chateau Gontier,  3 mai 2009)

BELGICISMES-Note 76

Paraphrasant Pascal, j’ose affirmer qu’un peu de savoir rend vaniteux alors que plus de connaissance entraîne plus de modestie.

J’ai souvent expérimenté cela, à mes dépens, par exemple, dans le domaine du langage.

Jeune parisien de seize ans, je débarquai, pour la première fois, du train Paris-Bruxelles, à la toute nouvelle Gare du Midi, avec l’arrogance de Rastignac et la curiosité condescendante d’un godelureau parti à la découverte d’une race primitive.

Ignorant que le flamand fut une langue à part entière et non un dialecte barbare, je m’intéressai surtout à la manière dont les Belges, ces bons sauvages, utilisaient ma langue maternelle.

Très vite, je notai des particularismes, des incongruités, des mésusages, des mots apatrides, sans passeport, tout ce que les ignorants, dont l’uniforme est le mépris, appellent des belgicismes, le tout mêlé d’expressions fort amusantes que je m’efforçai de retenir, pour connaître, à mon retour dans mes pénates, un petit succès dans les salons prétentieux du seizième arrondissement.

Quelques années plus tard, je vins m’établir définitivement à Bruxelles où, chaque jour, je fus confronté au langage autochtone. Mes amis belges, avec une humilité issue, pour certains, d’un complexe inconscient vis-à-vis du grand vieux voisin hexagonal, me renforcèrent dans ma vanité en sollicitant mes conseils pour la rédaction d’écrits ou la présentation de conférences. Je devins de ce fait très attaché à l’orthodoxie de cette langue dont je me sentis soudain un ambassadeur, investi d’une mission sacrée en terre étrangère. Fort de cette onction, j’entrai donc en lutte ouverte contre cette horde de sauvages dont les noms sont, pour n’en citer que quelques-uns,  « entièreté », « en rue », « je ne saurais pas savoir », « entre l’heure de midi », « savoir de rien », « par après », etc…

A moins d’être éthylique, on finit, tôt ou tard, par sortir de son ivresse. Je me dégrisai progressivement en prenant conscience du génie littéraire de la Belgique, dont les dignes représentants sont des écrivains comme, par exemple, Verhaeren, Rodenbach ou Maerterlinck. Je fus également subjugué par ses grammairiens dont le plus célèbre, Maurice Grevisse-avec lequel j'ai eu l'honneur de m'entretenir- a rédigé tout au long de sa vie, « Le Bon usage ». Je n’ai pas honte d’appeler cet ouvrage étonnant, que tout un chacun nomme « le Grevisse »,  la Bible de la langue française; à mon avis, quiconque se mêle d’écrire doit en posséder un exemplaire, à portée de la main.

Ma vanité fut également battue en brèche par autant  de douches froides qui déferlèrent sur mon petit cerveau de parigot, telles que celle que je vais vous narrer maintenant.

Elle fut en rapport avec  la locution adverbiale « par après », d’usage courant en Belgique. Je la pourfendais sans relâche, défendant la pureté incontestable de l’adverbe « après ». Pourquoi y ajouter ce parasite de « par », dans des phrases comme « je le ferai par après » ?

Je me montrai intransigeant jusqu’au jour où, lisant le Discours de la méthode du célèbre René Descartes, écrivain maniant le français avec, à mes yeux, une rigueur classique incontestable, je tombai sur cette phrase, dans la deuxième partie, où il évoque ses opinions :

« pour toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que d’entreprendre une bonne fois de les en ôter, afin de les y en remettre par après, ou d’autres meilleures, ou bien les mêmes, lorsque je les aurais ajustées au niveau de la raison. »

Quoi ! le grand Descartes utilise ce barbare de « par après » ? Douche glacée !

Grévisse, que je m’empressai de consulter, m’acheva en m’expliquant que ce « par après » fut en usage jusque dans le XVIIème siècle et qu’on le trouve chez Rabelais, Montaigne ou Molière, autant d’auteurs que je revendique comme mes maîtres es langue française ; c’est de leur temps que l’on commença à considérer ce pauvre « par après » comme vieilli et que le seul « après » fut d’usage courant.

Je fus bien obligé de faire comme Descartes, de modifier mon opinion en l’ajustant au niveau de la raison.

Les Belges utilisent donc une expression ancienne, en d’autres lieux désuète. N’admettant pas les sociétés ou l’on écarte les vieux de la vie de la cité, j’ai donc réhabilité ce bon vieillard de « par après », sans pour cela en faire mon ami intime et mon compagnon de tous les jours, s’entend.

Avec le temps, la sagesse venant avec l'âge, je finis par considérer qu’une langue vivante ne doit pas rester statique, figée dans l’académisme, et que chaque écrivain, comme chaque peuple, qui l’utilisent, l’enrichissent de leurs trouvailles, de leurs glissements de sens ou de l’influence de leurs dialectes. C’est d’ailleurs grâce à cette richesse que les autres peuples apportent à la langue française qu’est apparu ce pays de cocagne que l’on nomme la Francophonie.

Cela ne veut pas dire que l’on doit tout accepter,  et je persiste à lutter contre certains intrus qui, à mes yeux se conduisent très mal, en contradiction avec les lois indiscutables du bon royaume de Syntaxe. Cependant, il y a belle lurette que j’ai quitté le costume du duc d’Albe, me souvenant de ce principe évangélique, « la lettre tue mais l’esprit vivifie ». 

J’y reviendrai d’ailleurs, sur ces questions de langage, dans d'autres notes, mais, ne voulant pas vous fatiguer avec ces considérations quelque peu sérieuses, ce ne sera que…par après.

   

 

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