30.06.2009
Louise LABE-Sonner n° XVIII-Note 127
Baise m'encor, rebaise-moi et baise:
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux:
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las, te plains-tu? ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereux.
Ainsi mêlant nos baisers tant heureux
Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie:
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Louise Labé (v.1524-1566)
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29.06.2009
La Complainte RUTEBEUF (Extraits-Vers 107 à 126)-Note 126
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Li mal ne sevent seul venir;
Tout ce m'estoit a avenir
S'est avenu.
Que sont mi ami devenu
Que j'avoie si pres tenu
Et tant amé?
Je cuit qu'il sont trop cler semé;
Ils ne furent pas bien femé,
Si sont failli.
Itel ami m'ont mal bailli,
C'onques, tant com Diex m'assailli
En maint costé,
N'en vi un seul en mon osté.
Je cuit li vens les a osté.
L'amor est morte:
Ce sont ami que vens enporte,
Et il ventoit devans ma porte
Ses enporta,
C'onques nus ne m'en conforta
Ne du sien riens ne m'aporta.
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RUBETEUF (1225-1285)
GLOSSAIRE:
Je cuit: je crois
femé: semé
mal bailli: maltraité
C'onques: jamais
osté: hôtel
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28.06.2009
Paul-Jean TOULET-En Arles-Note 125
Dans Arle, où sont les Aliscams,
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd;
Et que se taisent les colombes:
Parle tout bas, si c'est d'amour,
Au bord des tombes.
Paul-Jean Toulet (1867-1920)-Romances sans musique.
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ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE-Note 124
Chers amis,
Dans cette rubrique, "Anthologie de la Poésie française", je vais publier des poèmes qui ont enchanté ma jeunesse et ma vie jusqu'à présent, poèmes dont je sens que certains sont oubliés ou tout simplement méconnus.
Je ne publierai sur ce blog que les poèmes, sans notices biographiques ou explicatives. Par exemple, le premier poème sera de Paul-Jean Toulet, un de ceux qui, selon moi, ont écrit des vers parmi les plus beaux de la poésie française A coté de son nom figurera uniquement ses dates de naissance et de décès. Rien d'autre.
A vous de rechercher sa biographie et les mots et allusions que vous trouverez dans ses poèmes et qui sont sibyllins pour le commun des mortels dont nous faisons partie. Par exemple, dans ce premier poème, vous trouverez le mot "Aliscams". A vous de découvrir, par votre recherche, qu'il s'agit d'un vieux cimetière du Moyen Âge, dans la cité d'Arles.
Je suis très heureux de partager avec vous les trésors savoureux de notre poésie.
Bonne dégustation!
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27.06.2009
JOURNAL-Note 123
Samedi 27 juin 2009
Reprise de ce journal, interrompu maintes et maintes fois tellement ma paresse est pesante et me paralyse l'esprit; j'allais dire "me paralyse l'imagination", à tort, car un journal étant le récit d'une vie, il ne faut pas d'imagination pour ne rapporter que des faits. Il faut de l'imagination pour les provoquer, peut-être, et ensuite pour les interpréter, mais pas pour un simple rapport circonstancié.
Je vous dois de préciser, par honnêteté, que l'essentiel de ma vie n'est pas dévoilé dans ce journal. J'ai trop de pudeur moi-même pour cela et trop de respect pour mes complices, de discrétion.
Il ne s'agit que de la première pelure d'un oignon dont peu de personnes ont pénétré le coeur... Et comme ce peu n'en connaissent que des portions, ils devront se réunir, un jour, pour mettre ensemble toutes les pièces du puzzle qu'ils détiennent afin d'arriver à reconstituer une image bien incomplète de ce qu'aura été mon existence, mais, je vous l'accorde, cela n'aurait aucun intérêt...
J'ai passé mon après-midi à ranger une soixantaine de livres qui se sont accumulés au fil des jours, après lecture ou consultation, n'importe où sur les rayonnages de mes bibliothèques. J'ai tout mis en vrac sur le sol de mon bureau, et, un par un, je les ai remis à leur juste place parmi leurs compagnons qui les attendaient bien sagement. Je me suis aperçu, en rangeant les livres de poésie, à quel point ma bibliothèque est riche dans ce domaine; je crois que je possède presque tout ce qui s'est écrit en France depuis le Moyen Âge jusqu'à présent et je ne suis pas certain que d'autres pays peuvent se targuer de posséder un si grand nombre de poètes de génie.
Je crains que mes compatriotes n'aient pas conscience, eux-mêmes, des trésors de leur patrimoine poétique. J'ai donc décidé de publier, sur ce blog, de temps à autre, tel et tel poème qui me ravit, sous forme d'anthologie.
J'ai découvert également, ce soir, une oeuvre dont je connaissais l'existence sans l'avoir jamais entendue. Comme vous le savez, Friedrich Nietzsche était pianiste et même compositeur. Il commença à composer quand il avait neuf ans. Et bien, j'ai écouté aujourd'hui, avec étonnement, une composition pour deux pianos, la "Manfred Méditation", qui m'a procuré beaucoup de plaisir. Je comprends mieux, maintenant, pourquoi le philosophe devint l'ami intime de la famille Wagner et son admiration pour le génial compositeur. Le fait qu'il en devint ensuite l'ennemi acharné est un phénomène fort intéressant à étudier. Moi-même, admirateur de Richard Wagner et sous le charme de sa musique, je me retrouve parfois en Nietzsche, par besoin de me libérer de l'emprise wagnérienne.
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11.06.2009
MEGARA-Note 122
Je foule enfin ton sol, Mégara la fertile,
Et je comprends pourquoi
Hamilcar a choisi cette plaine tranquille
Pour poser son carquois.
Les jardins que je vois ne sont pas différents,
Du moins je l'imagine,
De ceux de ce grand roi dont parle le roman
A la phrase sublime.
Je plonge tout à coup à l'époque romaine,
Entouré dans Mégare
Des bataillons glorieux animés par la haine
De l'empire barbare.
Au coté de leur chef, le petit Hannibal,
Du vainqueur digne fils,
S'impatiente déjà, comme un jeune cheval
De bondir dans la lice.
Mais voici que surgit le rêve le plus beau,
Dans ces jardins magiques,
Car je vois devant moi la belle Salammbô,
Cette beauté punique.
Et c'est à Mégara, au dessus de Carthage,
Que s'accomplit enfin
Ce rêve de jeunesse, aux confins de mon âge,
Au pays maghrébin.
(Hammamet, le 11 juin 2009)
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02.06.2009
GAASBEEK-LE-CHÂTEAU-Note 121
Monsieur, Madame et les enfants
S'évadent le dimanche
Vers Gaasbeek. Est-ce le Brabant?
Pâtés servis en tranches,
Arrosés de Gueuze ou de Kriek
"Van het vat", ça s'impose,
C'est à dire de la barrique,
La bière est blonde ou rose.
Sur la prairie à l'herbe riche,
Courent des chenapans,
Pendant que par sa roue s'affiche
La vanité du paon.
Les jambes nues des jeunes filles
Attirent le regard
Tandis que dans leurs yeux pétille
Leur jeunesse sans fard.
Une douce fraîcheur se pose
Sur le feu de ma peau.
Je goûte à la douceur des choses,
A Gaasbeek-le-Château.
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