18.10.2009
LE CAPITALISME EST-IL MORAL?-Note 153
Suite à la crise financière qui vient d'ébranler la planète, les politiciens de tous horizons ne cessent d'afficher leurs bonnes intentions de réguler le Capitalisme, mieux, de le "moraliser".
Cela fait penser spontanément à un ouvrage au caractère prémonitoire du philosophe français André Comte-Sponville, "Le Capitalisme est-t-il moral?"; ce livre paru il y a quelques années vient d'être réédité tout récemment chez Albin Michel.
La réponse de l'auteur à la question du titre pourrait se résumer de cette manière:
Le Capitalisme n'est ni moral ni immoral, le Capitalisme est amoral.
Le philosophe démontre sa thèse avec brio, d'une manière percutante et lumineuse.
Selon Comte-Sponville, le Capitalisme ne fonctionne pas à la vertu, à la générosité ou au désintéressement, il fonctionne tout au contraire à l'intérêt, à l'égoïsme. C'est la raison pour laquelle il fonctionne si fort, car, par définition, l'égoïsme ne fait jamais défaut. C'est parce que tout un chacun ayant à coeur son intérêt, celui de ses enfants et de sa famille, ce qui n'a rien d'immoral, que le Capitalisme atteint à cette puissance économique qu'on lui connaît.
Ne fonctionnant pas à la vertu, il n'est pas moral.
Étant mû par les intérêts vitaux de l'être humain, ce qui est un droit fondamental, il n'est pas immoral.
Il est donc amoral, le préfixe "a" n'ayant qu'un sens privatif.
La morale est sans pertinence aucune pour décrire ou pour expliquer un processus économique quel qu'il soit. Le Capitalisme est soumis à des règles économiques foncièrement amorales.
Prenons, par exemple la loi de l'offre et de la demande. Si le blé se raréfie, son prix augmente et il est plus difficile de s'en procurer pour se nourrir et nourrir sa famille. La morale, elle, voudrait que ce prix diminue pour que les populations puissent continuer à subsister. Les règles économiques, qui ne vont ni dans le sens de la morale ni contre la morale, ne sont donc ni morales, ni immorales mais amorales.
Force est de constater que le Capitalisme est incapable de se réguler lui-même d'une façon qui soit socialement et moralement acceptable, et la crise actuelle vient de nous en fournir une démonstration indiscutable. Les régulations en vigueur aboutissent à des résultats qui d'un point de vue humain et moral sont inacceptables. Certains font des fortunes colossales en laissant leur entreprise au bord de la faillite alors que d'autres sont ruinés ou se retrouvent au chômage.
Il y a bien sûr des règles juridiques et politiques qui contrôlent le Capitalisme, il y a un droit du commerce où la morale va pouvoir intervenir, mais nous devons constater que la morale à elle seule est incapable de réguler le Capitalisme.
Si on avait compté sur la conscience morale des chefs d'entreprise pour améliorer le sort de la classe ouvrière, on serait toujours au XIXème siècle, dans une société à la Zola. Au contraire, on a voté un certain nombre de lois, on a imposé les libertés syndicales, on a institué l'impôt sur le revenu, les congés payés, la sécurité sociale et bien d'autres mesures qui ont permis d''améliorer considérablement le sort de la classe ouvrière; cela ne s'est pas fait en comptant sur la conscience morale des patrons, mais en passant par la politique.
Le Capitalisme étant incapable de se réguler lui-même et la morale étant tout aussi incapable de le réguler, il n'y a donc que la politique et le droit qui peuvent imposer au marché un certain nombre de limites externes, non marchandes et non marchandables.
Dès lors que l'on a compris que seuls les états peuvent imposer des règles au marché, on aboutit au problème majeur actuel sur lequel butent nos politiciens:
Le marché est mondial. La politique, elle, reste à l'échelle nationale, au mieux, continentale comme avec l'Europe en construction. Cela constitue donc un déphasage qui voue la politique à l'impuissance, ce qui est le vrai problème de la mondialisation. L'enjeu, selon Comte-Sponville est d'inventer une politique mondiale qui tende à moraliser le Capitalisme, non en passant par la morale basée sur le désintéressement et la vertu, ce que serait illusoire, mais par la politique.
Le diagnostique est posé et le remède est identifié par le philosophe.
A chacun de juger s'il peut croire que les hommes politiques s'uniront un jour pour réguler le Capitalisme dans un souci de justice sociale et de mieux être pour tous les peuples de la terre; à chacun de tenir compte des leçons de l'Histoire pour éviter de tomber dans la naïveté la plus béate.
22:46 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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