16.12.2007

L'EFFET PAPILLON-Note 94

Voici, aujourd'hui, plus de six mois que la Belgique est sans gouvernement.

Le problème semble insoluble car les revendications des politiciens flamands demeurent inacceptables pour leurs homologues francophones.

Quelles sont ces revendications?

Lorsque je lis ou que j'écoute les médias de France, je me rends compte à quel point il est difficile, pour les journalistes de l'Hexagone, de s'y retrouver dans l'imbroglio de la politique belge. Rassurez-vous, les belges eux-mêmes ont du mal à y voir clair tant sont devenues complexes, au fil des ans, les institutions de leur nation. J'ai évoqué une des raisons de cette complexité dans ma note précédente (Note 93).

Comment comprendre les exigences flamandes et leur refus par les francophones si on ne connaît pas de quel bouillon de culture politique elles émergent?

C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de publier une série de notes qui décriront les institution belges, sommairement pour rester clair, à l'usage de tous ceux qui ne sont pas indifférents à ce qui se passe chez leur voisin, comme à l'usage de la plupart des belges eux-mêmes.

Certains penseront que cela n'est d'aucun intérêt.

A ceux qui pensent ainsi, je leur rappelle que, en vertu de "l'effet papillon", si l'on en croit la "Théorie du chaos", le moindre battement d'aile de ces politiciens légers et éphémères, qui s'agitent en Belgique, aura des répercussions dans les autres nations de l'Union Européenne. Les effets de l'agitation frénétique du papillon Sarkozy sur le restant de la planète en sont une preuve indiscutable...

La prochaine publication vous exposera les différentes langues officielles parlées par ce peuple hétéroclite que César, dans la Guerre des Gaules, désigna comme étant le plus brave de tous les gaulois...

 

 

11.12.2007

FAILLITE DU "CHEVRECHOUTISME"-Note 93

Les peuples ont les gouvernements qu'ils méritent.

Quant à la Belgique, il semble qu'elle ne mérite même pas de gouvernement, car, depuis plus de six mois que les élections législatives sont terminées, les politiciens de ce pays n'arrivent pas à se mettre d'accord pour en constituer un nouveau, malgré les efforts louables et désespérés de Sa Majesté le Roi.

Dans la note 91, je vous ai expliqué, français, mes compatriotes, que le problème belge n'est pas une lutte entre Flamands et Wallons, comme cela fût le cas dans les siècles passés, mais, depuis la régionalisation de l'état et la naissance de la Région Bruxelles-Capitale, en 1989, il s'agit plus exactement d'une lutte entre néerlandophones et francophones. En effet, on estime que les bruxellois qui ne sont ni flamands ni wallons et qui ne veulent pas être assimilés à ces deux entités, sont à environ 90% francophones.

Le problème belge, suite à cette lutte séculaire, s'est complexifié à un tel point , d'élections en élections, que la crise actuelle semble inextricable.

Comment ce pays en est-il arrivé là?

En pratiquant une politique basée sur le principe du compromis; cette méthode a été utilisée avec une telle virtuosité qu'est née cette expression: "le compromis à la belge" et que ce peuple se vante de sa "culture du compromis".

Mais voilà, de compromis en compromis, il arrive un moment où le compromis n'est plus possible. 

A force de mettre de l'eau dans son vin, il n'y a plus de vin.

A force de se partager les pétales de la marguerite, il n'y a plus de marguerite.

A force de ménager la chèvre et le chou-les belges ont inventé le qualificatif "chèvrechoutiste"- la chèvre meurt de vieillesse devant un chou pourri.

Comme soeur Anne, le bon peuple, du haut de la tour de son mépris pour la gent politicarde, a vu sortir de la brume, pédalant en danseuse sur son destrier favori, un sauveur, Guy Verhofstadt, le premier ministre sortant, joker tiré du jeu par ce pauvre roi Albert II.

Cet homme providentiel sauvera-t-il son pays de cette crise?

C'est à souhaiter, car, sinon, nous assisterons à la faillite historique du "chèvrechoutisme". 

 

02.12.2007

PROBLEME BELGE-Note 91


Ces dernières semaines, les médias français se sont intéressés à la Belgique pour diverses raisons dont la difficulté de ce pays à se doter d'un gouvernement fédéral n'est pas la moindre.

En tant que français résidant depuis des décennies au sein de cette nation (?) qui m'a adopté et que j'aime, je suis heureux que ma brillante patrie découvre enfin son existence autrement que par le sport ou les fameuses histoires belges...

Ce qui me désole, c'est le manque de rigueur intellectuelle des journalistes français qui, dans la presse écrite comme dans l'audiovisuel, relatent les problèmes de leurs voisins du nord sans éviter d'émailler leurs commentaires d'inexactitudes étonnantes. J'en veux pour preuve ces deux exemples:

-L'excellent numéro spécial de Libération du 28 novembre dernier écrit en première page: "Cent-soixante dix-jours après les élections qui ont marqué la coupure entre Wallons et Flamands, l'existence du pays est en question".

-Le non moins sérieux journal Le Monde, dans son édition électronique de ce 1er décembre, déclare ceci, citant Reuters: "Déjà difficile à gérer en temps normal en raison des tensions linguistiques entre Flamands et Wallons, la Belgique semble désormais ingouvernable depuis que le fameux "compromis à la belge" a volé en éclats".

Eh bien non! mes chers compatriotes, le problème belge ne se limite pas à une zizanie entre Flamands et Wallons; il s'agit d'une crise entre néerlandophones (Flamands) et francophones (Bruxellois et Wallons), tant il est vrai que la Belgique politique comprend, depuis 1989, trois régions: la Région Flamande, la Région Bruxelles-Capitale et la Région Wallonne. Les bruxellois ne sont pas des wallons et ne se sentent nullement wallons.

Ce n'est qu'un détail?

Je comprends que pour les habitants de l'Hexagone, mes frères, ce n'est qu'un détail, mais n'oublions pas que le Diable se cache dans les détails. Dans ce contexte, il s'agit du démon de l'ignorance...

30.04.2007

J'AI DEUX AMOURS-Note 85

Parisien de naissance, d'enfance et d'adolescence, je réside à Bruxelles depuis le début des années soixante. Si je considère Paris comme mon premier amour, auquel je suis viscéralement attaché, Bruxelles est celle que j'ai épousée, que j'aime tendrement et à laquelle je suis fidèle depuis tant d'années.

J'ai assisté, ce vendredi vingt sept avril, dans une salle magnifique du Parlement bruxellois, ancien Palais du Gouverneur du Brabant, rue du Lombard, à un colloque dont le thème était: "Où va Bruxelles?"

Des orateurs doctes et savants, professeurs d'université, nous ont présenté Bruxelles, son passé, ses problèmes actuels ainsi que les défis qu'elle doit relever pour son avenir. Ils ont esquissé des pistes de solutions pour que cette ville soit digne de garder son rang de capitale multiple, qui est sa spécificité, sa responsabilité et sa vocation. Je me garderai bien de refaire ces exposés passionnants.

Une des questions abordées fut celle de "l'identité bruxelloise". Force fut de constater l'impossibilité de la définir d’une manière satisfaisante, et nous en sommes restés sur notre faim ; la question reste donc pleinement à élucider.

Parisien expatrié, je ne me considère pas comme bruxellois à part entière, je n'ai pas cette prétention, car, ne pouvant me prévaloir du droit du sol, le seul droit que je puisse revendiquer est celui du coeur. Je me sens toujours parisien et mon "identité" est restée une « identité parisienne »…du passé.

Il y a une cinquantaine d'années, je pouvais définir "l'identité parisienne", mais quand je retourne dans ma ville, j'en suis bien incapable aujourd’hui.

Il en est de même pour Bruxelles. Avant l'Exposition Universelle de 1958 et  le saccage sauvage de la ville qui s’en est suivi et que l’on nomme " bruxellisation ", il m'était facile de définir certaines caractéristiques d’une "identité bruxelloise". Comme pour Paris, mais encore plus pour Bruxelles, cela me semble, aujourd’hui, une gageure.

Pourtant ces deux villes ont une "identité", et la difficulté d'en cerner les traits dominants vient, entre autres raisons, de la multiplicité des ethnies qui y résident et, pour Bruxelles, des fonctions diverses qui lui sont attribuées, comme celle d'être la triple capitale, de la Flandre, de la Belgique et de l'Europe.

Il m’intéresse de relever ce défi et d’apporter une modeste contribution à la résolution de cette question qui m’interpelle : qu’est-ce que « l’identité bruxelloise » ?

Voilà pourquoi, au fil des mois, des ans, je publierai une série de notes sur l’histoire de Bruxelles, depuis ses origines jusqu’à nos jours, sa topographie, sa toponymie, ses mouvements sociaux, son économie, ses divers courants artistiques, politiques même, enfin tout ce qui a fécondé la Bruxelles du passé et engendré la Bruxelles d’aujourd’hui. Cette quête aura pour but d’en retrouver les racines et d’en suivre l’évolution, les transformations et les mutations. Cela permettra, peut-être, d’esquisser, avec d’autres, une définition de" l’identité bruxelloise" au cours des âges, et de déterminer quel est au siècle présent le dénominateur commun de tout ce qui donne à cette ville son « identité ».

Quelle est la raison profonde de cette démarche ?

Si mon amour de jeunesse, Paris, est devenu une femme élégante, bien entretenue grâce aux moyens que lui ont consacré ses nombreux amants qui en ont eu la charge, et à la gestion intelligente de son patrimoine, Bruxelles est une femme qui a mal vieilli suite à l’action d’une multiplicité de prétendants politiques ou économiques qui l’ont abusée, ou tout simplement négligée par manque de vision et par incurie.

Quand on aime une femme, on désire la mieux connaître pour la mieux comprendre, vivre en harmonie avec elle et assurer son avenir.

En fait, comme Joséphine Baker, j'ai deux amours, Paris et Bruxelles, mais c’est avec Bruxelles que je vis et c’est de Bruxelles que je veux être fier.

     

 

     

 

22.10.2006

MONTEE DU JAUNE, EN BELGIQUE-Note 71

En Belgique, comme dans beaucoup de pays, chaque parti politique est identifié par une couleur-emblème. En voici les principales, en ce qui concerne la partie francophone du pays, c'est à dire les deux régions de Bruxelles et de Wallonie:

Le Parti socialiste (PS) arbore le rouge, alors que le Mouvement Réformateur (MR) se reconnaît à sa couleur bleue.

Le vert, évidemment, s'imposait pour le parti des écologistes, connu sous l'appellation ECOLO.

Quant au parti bruxellois, le Front démocratique des francophones (FDF), il s'est choisi une couleur au nom très poétique d'amarante (rouge-pourpre) qui, dans la poésie classique, était le symbole de l'immortalité.

Quand plusieurs de ces partis, pour atteindre une majorité capable de gouverner, mélangent leurs couleurs au sein d'une coalition, alors cela donne des alliances "arc-en-ciel", "violette", ou "rouge-romaine".

Dans les rassemblements officiels, les membres de ces mouvements se parent de cravates, de chemises, de casquettes ou autres vêtures aux couleurs de leur chapelle.

Depuis quelques années, et de plus en plus fréquemment, certains de ces hommes politiques sont mêlés à des affaires louches, malhonnêtes, frauduleuses et criminelles. Ces personnages corrompus, peu scrupuleux, se retrouvent en prison, avant même, parfois, d'avoir été traduits devant les tribunaux.

Ce qui me frappe, à chaque fois que ces gens sont interrogés par les journalistes, sur le chemin du bureau du juge d'instruction, ils se déclarent, tous, innocents, victimes de machinations diaboliques et résument leur état d'esprit en affirmant, tous, invariablement, avec le sourire de l'ange de Reims:

-Je suis serein, j'ai confiance en la justice de mon pays.

Ça y est, le mot est lâché, ils sont tous "sereins".

L'homophonie de ce mot avec le nom de cet oiseau, le serin, dont la couleur caractéristique est le jaune, me fait penser, à chaque fois, que ces politicards changent vite la couleur de leur veste.

D'ailleurs, quand ils sortent de la cage du cabinet du juge, tous ces hommes, fidèles à leur image, rient...jaune.

Ces dernières semaines, beaucoup de "rouges" sont devenus "jaunes-serin".

De là à se rappeler que le mot serin désigne également une personne niaise, il n'y a qu'un pas, vite franchi. En effet, il faut être bien niais pour penser que l'auditeur et le téléspectateur, se laisseront duper, une fois de plus, par une attitude aussi angéliquement sereine.

Oui, tous ces rouges sont en train de virer au jaune.

De qui peut-on encore être certain, dans ce pays?

Heureusement, j'ai découvert, récemment, un homme politique du rouge PS, Michel Daerden, qui m'a donné, sans équivoque, toutes les garanties qu'il restera, quant à lui, fidèle à sa couleur préférée... "le gros rouge".

Merci, Monsieur Daerden, de rassurer le citoyen que je suis. Il est, grâce à vous, réconfortant de savoir que, si une partie de la classe politique belge vire au jaune serein-serin, il existe encore des hommes, comme vous, intègres, qui ne trahiront jamais leur couleur emblématique...   

 

15.03.2006

LE TEMPS D'UN REPAS-Note 53

Je suis seul à ma table, et j'observe mon entourage, ce qui m'est toujours instructif; cela me distrait agréablement, le temps d'un repas.

Le décor est celui d'un petit restaurant de style parisien, aménagé dans une ancienne bâtisse bruxelloise, tout en longueur; les tables et les chaises sont en bois, des banquettes en Skaï courent le long des murs et, à mi chemin, trône le comptoir et son inévitable étalage de flacons d'apéritifs et de liqueurs aux couleurs séduisantes. Une grande façade vitrée, ouverte dès les premières chaleurs, nous sépare de la rue Jourdan.

Cette étroite rue piétonne du Haut de la Ville, comme on appelle cette partie de Bruxelles dédiée au luxe et aux affaires, ne comporte que des restaurants. Dès les premiers beaux jours, chaque établissement installe sa terrasse et la rue s'anime; on y côtoie des employés, des avocats et des magistrats qui travaillent au Palais de Justice tout proche, de jeunes cadres dynamiques, de moins jeunes qui essayent de rester dynamiques; on y voit aussi des vendeuses des magasins du Goulet Louise, des bourgeoises qui font leurs emplettes, des touristes, tout un petit monde qui vient y prendre son repas et s'y détendre, sans oublier les musiciens ambulants. Tout cela donne à cette rue un air de vacances et de fête, presque méditerranéen, à cause peut-être des nombreux restaurants italiens qui y sont installés.

 

Aujourd'hui, pas de terrasse vu les giboulées de Mars.

 

J'écoute un vieux monsieur dont la tête me fait penser à celle de Yéhudi Menuhin; il converse, à la table voisine, avec son fils et son petit-fils. Trois générations confrontent leurs idées, ou plutôt deux, le fils semblant très absorbé par ses tomates aux crevettes; ne serait-il qu'un pont entre l'aïeul et son petit-fils, enjambant le fossé des générations, comme cela se remarque dans beaucoup de familles?

Le grand-père, riche de son passé, est très loquace; le petit-fils, riche de son avenir, l'écoute affectueusement. Le fils marmonne de temps à autre, entre deux bouchées,  une réflexion à la mayonnaise.

Tout y passe, l'actualité, la guerre, les arts, le sport. Je réalise que cet homme a touché à beaucoup de domaines et il me plaît de l'entendre dire, résumant sa vie:

"J'ai eu la malchance de me passionner pour ce qui ne me convenait pas."

 

Moi-même, je me suis passionné pour beaucoup de choses; je n'étais pas fait pour la plupart d'entre elles, mais elles m'ont enrichi; les quelques autres, restées dans l'étamine du temps, sont ma raison de vivre.

Je plains les spécialistes dont la vie est fondée sur une seule passion, une excroissance; ce n'est pas beau une excroissance.

Einstein était passionné par la physique, mais aussi par le violon; le docteur Schweitzer était passionné par son hôpital de Lambaréné, mais aussi par la théologie, la philosophie et la musique de Bach . Heureux hommes!

 

Respectueux de la bienséance, je ne me suis pas immiscé dans leur conversation, mais j'aurais aimé dire à ce petit-fils:

"Imitez votre grand-père, passionnez vous pour beaucoup de choses. Même si vous n'êtes pas fait pour la plupart d'entre elles, il vous en restera toujours assez pour remplir agréablement votre coupe  et vous délecter, jusqu'à la dernière goutte, de ce délicieux nectar que sera votre vie."

 

Je me suis donc tu, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à observer cette famille, le temps d'un repas. 

26.01.2006

BAUDELAIRE ET LA BELGIQUE-Note 42

Si, dans ses Aménités,

D'une plume venimeuse,

Baudelaire dépité

A vilipendé la Gueuse,

 

Si la Senne, cet égout

Par la suite recouvert,

Lui inspira le dégoût

Qu'il exprima dans ses vers,

 

S'il décocha l'anathème

Au vieux roi Léopold même,

Il n'osa prendre pour cible

 

La Grand-Place de Bruxelles,

Ce poème de dentelles

D'une splendeur indicible.

 

(Bruxelles, septembre 79)

21.01.2006

DOUCEUR ANGEVINE-Note 40

Souvent, au pied de l'Albertine,

J'aime à venir me reposer

Et, dans le calme, composer

Quelques rimes anodines.

 

Oui, j'aime, au pied de l'Albertine,

Cueillant un poème au hasard

Me promener avec Ronsard

Et sa muse libertine.

 

Alors, très loin de l'Albertine,

Retrouvant mon Loir bien aimé,

Je m'allonge sous les ramées

De la forêt de Gâtine.

 

Et c'est au pied de l'Albertine,

Quand je replonge dans la vie,

Que m'envahit la nostalgie

De la douceur angevine.

 

(Bruxelles, octobre 77)

17.01.2006

EXCEPTION FRANCAISE-Note 39

Les Français, mes compatriotes, se sont toujours considérés comme un peuple exceptionnel ;  moi-même j’en étais convaincu, depuis ma plus tendre enfance, éduqué dans cette conviction par " l'École de la République ". Depuis, j’ai vécu à l’étranger, pendant plus de quatre décennies, j’ai parcouru d’autres continents que la  vieille Europe;  je suis toujours convaincu de la réalité de " l’Exception Française ", mais pour d’autres raisons qu’auparavant.

 

J’ai appris, au fil des années, à ne plus avoir les yeux fixés sur le nombril de l’Hexagone, mais à regarder mon pays, de l’extérieur, avec les yeux des autres peuples qui, eux aussi, nous considèrent comme un peuple exceptionnel, à condition, bien entendu, qu’ils soient au courant de notre existence , car des centaines de millions d’individus sur cette terre vivent très bien leur vie sans nullement  connaître la France, comme je l'ai souvent constaté.

 

 Quant à ceux qui nous connaissent, comment nous considèrent-ils ?

Ils reconnaissent volontiers nos qualités, le caractère brillant de certaines de nos élites, le génie de nos philosophes, de nos écrivains, de nos poètes, de nos musiciens ou de nos généraux ; ils admirent la richesse  de notre culture qu’ils aiment à savourer, la créativité et le goût de nos grands couturiers, l’aristocratie de nos vins, les œuvres d’art de notre gastronomie et la beauté de nos paysages, mais ils se désolent de nous voir polluer tout cela par notre chauvinisme chronique.

Ils pensent que nous sommes un peuple frustré de ne plus être le phare du monde dit civilisé, comme nous le fûmes il y a quelques siècles, une peuple en voie de momification.

Ils nous reprochent d'être exceptionnellement prétentieux, arrogants, fanfarons, repliés sur nous-mêmes, tellement attachés à notre gloire passée que cela nous rend aveugles quant à nos carences présentes.

Ils aimeraient nous voir oublier, un peu, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napoléon ou De Gaulle. Ils aimeraient nous voir reconnaître  leurs propres mérites et admettre qu'ils réussissent souvent mieux que nous à résoudre les problèmes du temps présent.

Et je partage leur point de vue, honteux souvent de l’attitude déplorable de beaucoup de mes compatriotes qui déambulent à l’étranger, roulant des mécaniques, s’imaginant impressionner les pauvres indigènes qu’ils honorent de leur visite.

 Tout cela explique leur regard amusé, réprobateur, condescendant et parfois irrité quand on leurs parle des Français.


Français, mes frères, dégrisons-nous, ne nous accrochons plus à cette malheureuse "exception française", admettons enfin, avec modestie, que tous les hommes, sur la surface de cette terre,  sont pétris de la même glèbe, que nous ramons tous dans la même galère, sur l’océan tourmenté de l’histoire humaine, et que personne d’entre nous n’a encore inventé la boussole qui nous guiderait vers ce havre de paix auquel le monde aspire depuis la nuit des temps.

Et s’il vous semble que je suis sévère, sachez que  je nous ai toujours défendus énergiquement, devant nos détracteurs, car, comme Cyrano, ces vérités,

"Je me les sers moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permet pas qu’un autre me les serve ! »

 

   

 

02.11.2005

OLYMPIO ET JULIETTE-Note 19

A Christine, Hugues, Tiphaine et Loriaen à qui j'ai eu le plaisir de faire découvrir la Grand-Place de Bruxelles:

 

Olympio et Juliette

 

Le spectre d'Olympio règne sur la Grand-Place,

Aujourdhui comme hier.

Je le vois admirant, du haut de sa terrasse,

les dentelles de pierre,

Les façades flamandes conservant l'empreinte

De son profond regard

Ainsi que les statues qu'il a si bien dépeintes

Parmi les étendards.

Je le vois rédiger ce beau texte vengeur

Violemment écrit

Sur le pâle neveu de l'auguste Empereur.

Le célèbre proscrit

Avait, non loin de là, pour consoler sa peine

Et calmer ses tourments,

Juliette Drouet, Galerie de la Reine,

Dont il était l'amant.

Cette admirable femme suivit en Belgique

L'intraitable poète.

Elle vécut, dans l'ombre, un amour nostalgique,

Lui écrivant des lettres,

Jour après jour, brûlant d'une tendresse intense,

Un fleuve issu de l'âme.

A cette crue d'amour se mêlait la souffrance

De cette jolie femme,

Car, en effet, cet homme révolutionnaire,

Cet insoumis chronique,

Luttant contre le nain qui avait mis à terre

La jeune République,

Ce vigoureux apôtre de la liberté,

Amoureux de la France

Se montrait malgré tout, étrange lâcheté,

Vassal des convenances.

Une plaque de bronze indique la maison

où vécut le poète,

Mais aucune mention ni la moindre allusion

A la pauvre Juliette.

Si l'ombre d'Olympio hante le Vieux Bruxelles,

Cette belle cité

Sera toujours baignée de l'amour éternel

De Juliette Drouet.

(Bruxelles, le 27 décembre 2000)

 

 

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