04.07.2009

LETTRE A CELINE-3 juillet 2009-Note 133

Bonjour ma nièce!
 
J'ai bien reçu ton recueil de poèmes et je l'ai imprimé.
Avant de les commenter, je préfère m'imprégner de la globalité, car il me semble (je peux me tromper), qu'ils ne sont pas indissociables d'une pensée dominante.
J'y ai découvert Maman avec beaucoup d'émotion.
 
Simplement, dans l'ordre croissant de leur importance, voici trois premières réflexions:
-1) Soigne bien la ponctuation. Je ne comprends pas toujours le choix que tu en fais (à discuter ensemble, éventuellement). La ponctuation est aussi importante que les silences en musique. Elle permet la respiration et une meilleure compréhension du texte et son emploi est délicat ( ce n'est pas bon pour une personne de respirer trop fort ou pas assez...). Il y a des poètes qui ont banni la ponctuation et qui laissent au lecteur la liberté d'en décider lui-même. Pourquoi pas?
-2) Attention à l'abondance des mots abstrus. Elle ne doit pas donner l'impression d'une recherche intellectuelle du mot pour le mot. Pour moi, l'usage d'un mot ne doit être dicté que par l'absolue nécessité de son emploi pour traduire ce que l'on veut exprimer, par sa musicalité, aussi, ou pour les besoins de la rime. Regarde le poème de Verlaine que je viens de publier sur mon blog; quelle musique et quelle évocation, avec des mots tout simples et connus de tout le monde. Donc, pour moi, pas d'abus dans ce domaine. Je sais que Mallarmé, Paul Valéry ou Saint-John Perse écrivaient des poèmes abscons pour le commun des mortels; ils l'ont fait avec génie et je les adore, mais pour qui écrivaient-ils?
-3) Tu as un réel talent et j'ai le grand plaisir de découvrir une nièce très douée!!!
 

A bientôt!
Bisous pour vous tous,
Pierre

LETTRE A CELINE-1er juillet 2009-Note 132

Et bien oui, c'est tonton Pierre, tu vois, tout arrive dans la vie...
Merci de ton long message qui m'a intéressé et auquel je prendrai le temps de répondre par vagues.
 
Simplement quelques réflexions:
 
-Ne te préoccupe pas outre mesure des règles. Le guide essentiel est le coeur, ses sentiments et ses fantasmes. Bien des poètes ont bousculé les règles, les ont violées; ils nous ont laissé des oeuvres d'art éternelles.
Franz Liszt faisait des fausses notes en concert, pas Talberg, son rival (dont j'ai connu le fils, à plus de nonante ans).
Les puristes aiment à souligner les fautes d'harmonies d'Hector Berlioz.
Qui connaît encore le nom de ces puristes? Quant à Talberg, en parlerait-on encore, sans ses déboires devant la gloire de Liszt?
Ce que je recherche, dans toute forme d'art, est l'émotion et l'élévation; le fond ne doit pas être l'esclave de la forme.
 
-Tu parles des critiques littéraires, c'est une race que je déteste. Même Sainte-Beuve, qui fut de l'Académie française, n'arrive pas à la cheville de Victor Hugo dont il a tout envié, même la femme, Adèle. Cet homme, qui écrivait merveilleusement bien, n'a existé que dans l'ombre des génies qu'il dépeçait.
La critique est le refuge des ratés de l'art (sauf exceptions, comme Baudelaire ou Robert Schuman).
Donc, Céline, oublie les charognards et laisse toi aller à ton inspiration; le reste, la forme parfaite, éclora avec l'expérience, donc avec le temps.
 
-Quand aux sites de poésie, ces clubs de gens qui écrivent et se passent mutuellement de la pommade, je les ai consultés et ils me débectent.
Évidemment ton oncle est plutôt un solitaire, pour ne pas dire un sauvage.
Il m'intéresse seulement d'écrire dans mon blog, moyen pratique et facile de ne pas égarer ce que j'écris, pour mon plaisir et celui de quelques amis.
 
Bon, trêve de bavardages, je vais aller lire quelques uns de tes poèmes.
A bientôt,
Je t'embrasse,
Pierre

LETTRE A CELINE-30 juin 2009-Note 131

Bonsoir Céline,
 
J'ai lu avec intérêt le compte rendu de ton interview.
Je découvre avec plaisir une nièce qui s'adonne à la poésie.
Comment peut-on se procurer ton recueil?
 
Si tu en as envie, tu pourras lire, dans mon blog, les deux catégories:
Poésie
Anthologie de la poésie française (que je viens de commencer): http://propos.blogspirit.com
 
Cela me ferait plaisir de correspondre avec toi.
 
Bisous à vous quatre,
ton oncle,
Pierre

21.12.2005

Lettre à Serge GUT-Note 29

Bruxelles, le 21 décembre 2005

 

Mon cher Ami Serge,

Il m'est impossible d'écouter du Wagner sans penser à toi qui m'a ouvert la porte de ce musicien fascinant, me donnant la clé qui m'a permis de pénétrer dans cet univers musical envoûtant; je dois dire que depuis lors je ne me suis pas privé de l'utiliser, cette clé.

Je ne puis oublier ce traquenard que tu m'avais tendu, il y aura bientôt cinquante ans, lorsque  tu me présenta Roger Comaux(?), ce personnage hors du commun. Je me souviens que cet ingénieur SNCF, retraité, avait deux passions, Richard Wagner et les modèles réduits de locomotives, qu'il recevait automatiquement du monde entier, au fur et à mesure de leur apparition sur le marché.

Je revois son petit appartement du XVIIIème arrondissement, avec une pièce réservée aux archives wagnériennes; cette collection de documents, cartes postales, photos, lettres, partitions, journaux, revues ou livres était si riche que le célèbre chef  d'orchestre George Sébastian et les Wagner eux même venaient de Bayreuth pour les consulter.

J'ai été médusé par cette autre pièce destinée à sa deuxième passion, aux murs bordés de petits meubles à tiroirs, spécialement conçus pour y classer ses centaines de locomotives avec en son centre un immense circuit électrique.

La visite des lieux achevée, nous sommes passés au salon pour les choses sérieuses, la stratégie de la conversion de celui que vous considériez déjà comme un catéchumène .

A doses chromatiques, du pianissimo au fortissimo, vous m'avez fait écouter des extraits de ses opéras, me les commentant avec une telle passion que j'en suis ressorti complètement ivre, touché par l'esprit, comme Paul sur le chemin de Damas.

Depuis cette époque, le grand magicien me tient sous le charme.

Oh! Bien sûr, comme Nietzsche, je me suis souvent révolté, j'ai essayé de me dégager, mais dès les premières mesures de Tristan ou de Parsifal, je retombe irrémédiablement sous le pouvoir de cette musique, envoûté...  

Hier soir encore, je me suis immergé dans les flots tumultueux du Hollandais Volant, à bord de ce Vaisseau Fantôme, dont j'avais oublié que c'était déjà une oeuvre de génie, du petit Wagner peut-être, mais du très grand petit Wagner.

On y entend déjà sourdre l'usage du leitmotiv; on est déjà en contact avec le grand principe wagnérien de la Rédemption par l'Amour, c'est à dire par la Femme, développé dans toute sa plénitude.

Cette réalisation du Théâtre Royal de la Monnaie fut à la hauteur du défi:

Un chef japonais, Kazushi Ono, des voix splendides, la jeune et jolie Anja Kampe dans le rôle de Senta, Alfred Reiter, le Capitaine, et Engils Silins, le Hollandais. Les choeurs étaient magnifiques, les décors du belge Guy Cassiers, modernes mais en harmonie avec l'argument, mélange original de travail scénique dépouillé et de vidéo.

Tout était parfait. Un Vaisseau  Fantôme dépoussiéré. Une soirée de rêve.

Et bien sûr, j'ai pensé à toi avec gratitude.

Voila, il fallait que je te le dise.

Et toi, Serge, ta retraite t'apporte-t-elle tout ce que tu en attends, avec ta famille et malgrè les sollicitations du Conservatoire?

Dès que j'irai à Paris je te ferai signe.

A bientôt j'espère,

Avec le gage de mon amitié fidèle,

Pierre.

 

P.S. J'ai acquis le livre "Musicologie au fil des siècles", ce choix de tes articles, que l'Université t'a offert en hommage, à la fin de ta carrière. Il faudra que tu me le dédicaces. Très belle cette photo de toi en toge de sorbonnard avec Rostropovitch, lorsque tu as prononcé son Eloge dans les grands salons de la Sorbonne.