06.10.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (suite et fin)
Depuis plusieurs semaines, vous l'aurez remarqué, je n'ai nulle envie de continuer ma relation de voyage au Nigeria.
Pourquoi?
J'ai l'impression, peut-être, que ce voyage ne m'a rien apporté de nouveau, c'est mon sentiment dominant.
Peut-être l'Afrique m'est-elle devenue banale, sans surprises nouvelles.
En suis-je revenu blasé? Peut-être.
Oh! il serait intéressant, peut-être, de raconter ma réception par le Gouverneur de l'Etat d'Ekiti, avec tout le folklore et l'apparat d'opérette que cela suppose, mon allocution en anglais devant ce personnage haut en couleur et sa cour, et sa réponse très hypocritement et politiquement correcte, lui et moi filmés par la télévision locale, jouant sans illusions, notre rôle, classique du genre, en noir et blanc... Peut-être!
Je pourrais vous décrire la longue route entre Ibadan et Ekiti, défoncée, bordée de carcasses de camions dépouillées et rouillées, abandonnées ça et là, dans la belle forêt équatoriale, comme des carcasses d'éléphants dans leurs cimetières; cette route, traversant de pauvres villages à la population bigarrée et grouillante, avec des échoppes aux parois de taules et de branchages, débordantes de fruits et légumes et de toutes sortes de marchandises improbables, cette route, vestige de la colonisation anglaise, sur laquelle le chauffeur de notre luxueux 4X4 fait du slalom à toute vitesse pour en éviter les fondrières, cette route ressemble à toutes les routes de ce continent que j'ai déjà parcourues.
Vous aurez remarqué le nombre de "peut-être" que j'ai utilisés dans les lignes qui précèdent. C'est le signe de mon manque d'enthousiasme à vous relater ce séjour qui ne m'a pas enthousiasmé moi-même. Comment pourrais-je vous intéresser à ce qui ne m'a nullement passionné?
Céline disait que "les voyages sont un petit vertige pour couillons"... Je lui laisse évidemment toute la responsabilité de ce diagnostique, mais, n'ayant pas eu le moindre petit vertige, lors de ce dernier périple, j'aime à penser que je suis de moins en moins couillon...
J'ai donc décidé d'abandonner le projet de vous narrer ce que j'ai vécu au Nigeria.
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15.09.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (suite n°3)
Mardi, 15 juillet 2008 (suite)
Nous sommes à 1000 km de Lagos.
A l'extérieur, un soleil aveuglant.
Mon voisin, allongé sur son relax, ronfle avec modération.
Quant à moi, je jouis de la fraîcheur agréable que me procure la pose d'une serviette chaude et parfumée sur le visage.
Du haut de mes douze kilomètres d'altitude, la première image que j'ai du Nigéria est celle d'un pays très vert.
A la lente descente de l'avion, je découvre des villes très étendues, formées d'une multitude de maisons et de bâtiments sommaires et bas; comme dans la plupart des pays africains, on ne vit pas en hauteur, mais à l'horizontal.
A la sortie de l'avion, l'habituelle chape de chaleur m'écrase de son poids humide, mais je ne retrouve pas l'odeur de putréfaction, propre aux autres pays du continent noir que j'ai déjà visités.
A l'aéroport, longue attente aux guichets de l'immigration.
Après les formalités et les contrôles d'usage, par des fonctionnaires imbus de leur petit pouvoir et de leurs uniformes au clinquant ostentatoire dont raffolent les africains , je récupère ma valise, avec soulagement.
A la sortie, j'aperçois mes amis,Henry et Gany, qui m'attendent et m'accueillent avec leur large sourire à la denture éclatante de blancheur...
Accolade à l'africaine.
Henry est en boubou, très élégant, mais Gany est habillé à l'européenne, également très élégant; j'apprends qu'il s'embarque, un peu plus tard, pour Bruxelles...
Je logerai dans la maison d'Henry à Ibadan, leur lieu de résidence, ville de plus de huit millions d'habitants, située à quelques cent vingt kilomètres de Lagos, mais ce soir nous dormirons dans un petit hôtel local, sans luxe, mais très propre et bien tenu; Henry m'y a réservé une suite où je dispose de deux postes de télévision à écran plat, fixés aux murs du salon et de la chambre, d'une connexion sans fil à internet et de l'air conditionné...que demande le peuple?
(à suivre)
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07.09.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (suite n°2)
Mardi 15 juillet 2008 (suite)
Ce fut effectivement un voyage de rêve, dans un fauteuil de cuir relax ,très confortable,avec un dossier, "masseur" sur commande, à inclinaison variable, transformable en lit, par simple pression d'un bouton. En business, le voyageur a de l'espace vital et tout est à volonté; la nourriture est succulente et les boissons abondantes.
Tout cela sans avoir à en payer le prix... Petite satisfaction mesquine, je vous l'accorde...
En attendant le décollage, j'observe les passagers qui traversent les couloirs de cette classe de privilégiés pour se rendre à leur place, en "economy"; pittoresques ces hommes d'affaires en complet veston, noyés dans une marée de boubous aux couleurs chatoyantes ; pittoresques ces expatriés à la peau brûlée et au visage barbu comme dans les films, en défroque de baroudeurs; pittoresque cette foule de nigérians opulents retournant au pays, bardés de livres sterling; pittoresques ces deux religieuses noires, vêtues à l'ancienne, en robes et voiles de drap blanc, dont l'une porte avec respect et précaution une grande statue en plâtre de la vierge qu'elle serre contre son coeur de vierge... Spectacle passionnant, pendant que je déguste mon champagne à petites lampées.
Pendant le vol, lecture de différents journaux que l'hôtesse m'a procurés.
Dans le "Herald Tribune", je découvre l'existence d'un écrivain nigérian, de langue anglaise, Uwen Akpan, jésuite qui a étudié aux USA, diplômé de l'Université du Michigan; l'article du journal me donne envie de lire son premier livre, "Say, you're one of them", qui est un best seller dans les pays anglo-saxons. Je décide de le rechercher dans les librairies de Lagos. Il y est aussi fait mention du "palm wine"; je me jure bien d'en boire dès que possible...
Il y a des noms magiques qui ont toujours stimulé mon imaginaire et ma soif d'aventure; Tamanrasset, capitale du Hoggar, que je survole maintenant, est un de ces noms à la sonorité envoûtante.
L'avion traverse le Sahara de bout en bout.
Après avoir survolé un petit morceau du Mali, nous passons au dessus du Niger, à l'ouest de Niamey. Encore un nom enchanteur, Niamey, qui évoque des récits passionnants d'explorateurs et de conquêtes coloniales, lues dans ma jeunesse, à l'âge où l'on ne saisit pas toutes les horreurs et les turpitudes de la colonisation, tache honteuse sur l'Histoire de France, comme sur celle des autres nations cupides qui ont dépecé des continents comme l'Afrique dans le seul but de l'exploiter et d'asseoir leur puissance.
(à suivre)
17:20 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.08.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (Suite N°1)
Mardi 15 juillet 2008
Je me présente pour l'enregistrement, à l'aéroport de Bruxelles National.
L'employée d'Air-France-KLM:
-Vous allez à?
-Lagos.
-Votre passeport.
-Voici.
Désignant ma valise:
-C'est votre bagage?
-Oui!
La jeune femme me tend mes documents d'embarquement et mon billet électronique:
-Voici, monsieur Bruneau. Ceci est votre "boarding pass" pour Amsterdam. Pour l'enregistrement du vol Amsterdam-Lagos, l'ordinateur m'indique que ce n'est pas encore ouvert à Schiphol (aéroport d'Amsterdam). Vous vous présenterez, là-bas, au guichet des connections où l'on vous délivrera votre "boarding pass". Mais ne vous inquiétez pas, votre valise est enregistrée et vous suivra automatiquement jusqu'à Lagos.
J'ai toujours eu peur que mes bagages n'arrivent pas à bon port, aussi je vérifie soigneusement la bandelette que l'employée a fixée à la poignée de ma valise. C'est bien ça, elle est enregistrée pour Lagos.
C'est la première fois que pareil "hiatus" m'arrive, et j'éprouve une petite appréhension. Je ne serai tout a fait rassuré que lorsque j'aurai reçu mon "boarding pass" pour l'avion de Lagos.
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Je n'avais pas eu tort de m'inquiéter, car au fameux guichet, à Schiphol, on m'apprend, en me remettant mes documents, que mon vol est "surbooké" (oh! le vilain mot de franglais...) et que je ne suis pas sûr de pouvoir embarquer dans l'avion prévu, mais que, de toute façon, on me donnera une place dans le prochain vol disponible; je dois donc m'adresser directement au guichet d'embarquement pour Lagos et, là, je serai fixé...
Je parcours, à grandes enjambées, les longs couloirs du terminal et finit par arriver à la porte d'embarquement en question. Là, je réalise que je suis déjà un pied en Afrique; je traverse des hordes de noirs élégants et de doudous ventrues, fessues et callipyges, auxquelles s'accrochent des grappes de bambins gesticulant et piaillant, parmi des amoncellements de sacs difformes à force d'être bourrés, et j'arrive, nerveux et au bord du scandale, devant l'employée qui trône calmement derrière son comptoir:
-Il parait que je n'aurai pas la place que j'ai réservée dans cet avion?
-Rassurez-vous, monsieur, on vous trouvera une place...
Après avoir consulté mes documents et son ordinateur, la blonde et jolie batave me regarde en souriant:
-Voici votre "boarding pass", Monsieur Bruneau, vous voyagerez en business class.
Et, passant devant tout le monde, je me retrouve, une flûte de champagne à la main, dans le luxe et le confort, pour un voyage de rêve...
(à suivre)
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14.07.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112
En route pour l’aventure.
Demain matin, je m’embarque, à l’aéroport d'Amsterdam, pour Lagos, au Nigéria.
Je vais enfin retrouver l’Afrique que j’aime, et retrouver l’aventure.
Chacun de mes séjours sur le continent noir m’a réservé sa part de surprises, d’imprévus, de découvertes inimaginables, de coups de théâtre, de risques aussi, affrontés toujours avec mesure, mais jamais sans frémissements.
Selon Claude Lévi-Strauss, " l’aventure n’a pas de place dans la profession d’ethnographe ".
Je ne fais pas profession d’ethnographes, mais cette science me passionne.
Je ne suis pas non-plus un aventurier, au sens péjoratif de ce terme qui désigne la tête brûlée qui se lance dans n’importe quel projet, n’importe où et avec n’importe qui, par appât du gain ou par dépit d’une vie ratée, faisant fi du danger, des principes, des individus, parcourant le monde dans tous les sens et dont on retrouve parfois le cadavre dans un coin perdu de la planète.
Je suis un aventurier au sens noble du terme; il me plaît de voyager, car je suis assoiffé de découvertes, découverte de l’inconnu, découverte de l'Homme, de sa culture, de son mode de vie, de ses traditions, croyances et coutumes, découverte aussi de son environnement.
Je crois que, sous cet aspect, l’aventure n’est pas incompatible avec l’ethnographie, comme, d’ailleurs, le montrent les récits passionnants de Lévi-Strauss.
C’est la première fois que je vais atterrir dans un pays d’Afrique anglophone, le Nigéria, ancienne colonie de l'impitoyable Empire britannique.
Chaque puissance coloniale a marqué de son empreinte les peuples colonisés.
J’ai retrouvé un peu de la France dans ses anciennes colonies ou protectorats, comme le Tchad, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Conakry ou les pays du Maghreb ; j’ai retrouvé un peu de la Belgique au Congo-Kinshasa.
Tous ces pays sont marqués du vernis de la civilisation des autres, imposée par la force, et dont il ne reste que des écailles à la surface des peuples.
Que vais-je retrouver de l’Angleterre au Nigéria ?
Ce qui m’intéresse, surtout, c’est ce qu’il y a d’authentique sous le vernis, sous les écailles, entre les écailles, mais existe-t-il encore un peu de cet authentique dont les racines plongent dans la nuit des temps ? J’en doute, car je suis pleinement d’accord avec ces remarques de Lévi-Strauss, pour les avoir, à chaque fois, vérifiées moi-même :
" Voyages, coffrets magiques aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante trouble à jamais le silence des mers. "
Le grand ethnologue, ayant constaté la pollution de toutes les cultures et de tous les lieux de culture, jusque dans les coins les plus reculés de la terre, par ce qu’il appelle « cette grande civilisation occidentale », conclut sa démonstration tristement brillante, dans son livre "Tristes tropiques", par cette phrase lapidaire, mais indiscutable hélas :
" Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité."
Avec simplicité, je noterai ce que je verrai de ce pays.
Évitant les " poncifs ", je ne relaterai que le "vécu ".
C’est ce qui fera l’objet de mon journal de voyage.
Je souhaite donc que ce court séjour, au Nigéria, me permette de mêler, avec la plus grande modestie, un peu d'ethnographie à l’aventure, et aussi aux affaires, prosaïquement commerciales, qui en sont le but premier. D’ailleurs, en Afrique, le business, n’est-ce pas déjà de... l’aventure ?
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31.05.2008
JOURNAL-Note 106
Samedi 31 mai 2008
Comme cela passe vite, une semaine!
Comme cela passe vite, la vie!!!
Ces trois points d'exclamation ne sont pas une erreur; dans la Bible, le chiffe trois est un symbole d'intensité, et je pense intensément que la vie passe bien trop vite pour faire tout ce que j'ai envie de faire.
Au sujet de ces points d'exclamation, je trouve que beaucoup de gens ont tendance à négliger la ponctuation; il est même question de supprimer le point-virgule... et dire, selon Jacques Drillon, dans son célèbre traité de la ponctuation française, qu'il y a cent quarante cas d'emploi de la virgule... La ponctuation est indispensable à la compréhension, à la respiration et au rythme du texte. D'autre part, un signe bien placée permet d'éviter la confusion et l'ambiguïté. En voici un exemple:
Les évangiles ont été écrit dans un grec qui, à l'époque, était dépourvu de ponctuation. On pouvait donc lire, dans l'évangile de Luc, cette parole du Christ à l'un de ses deux voisins de supplice:
"Vraiment je te le dis aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis"
Les traductions modernes utilisent la ponctuation et en choisissent l'emplacement. La plupart de ces traduction rendent ce texte de cette manière:
"Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis" (traduction Segond).
D'autres versions mettent la ponctuation à un autre endroit:
"Vraiment, je te le dis aujourd'hui: Tu seras avec moi dans le paradis" (traduction Watch Tower Society).
Si on lit ce texte à haute voix, on comprend que le sens est différent d'une version à l'autre. Pour le connaisseur de la Bible, il est évident que la deuxième solution est la bonne, car le Christ n'est pas monté au ciel le jour même de sa mort; le malfaiteur auquel il s'adressait ne pouvait donc pas y être avec lui "aujourd'hui".
Le signe de ponctuation sert aussi à souligner des nuances, à faire passer des sentiments, comme ces points d'exclamation dont j'ai usé au début de cet écrit.
Je trouve, quant à moi, que notre langue est pauvre dans le domaine de la ponctuation; j'aimerais que l'on invente de nouveaux signes pour souligner la force de certains états d'âme. Pourquoi ne pas imaginer un point d'intensité, un point de doute, un point de désespoir, de douleur, de tristesse, de dérision, d'optimisme, d'humour et, surtout, un point d'amour...?
Donc, je disais que cette semaine est passée comme une fusée.
Les personnes qui trouvent le temps long sont celles qui n'ont rien à faire, dont la vie est dépourvue d'objectifs, d'intérêt, ou qui doivent accomplir des choses pesantes, désagréables, écrasantes même; c'est, aussi et surtout, le cas pour celles qui traversent des périodes de souffrance.
En ce qui me concerne, le désoeuvrement ne fut pas mon lot, cette semaine.
Voyons, par où commencer?
Oh! Le jour se meurt et il est temps de se reposer. Ce sera donc pour demain.
Comme cela passe vite, une journée!
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25.05.2008
JOURNAL-Note 105
Semaine riche en événements.
Mardi, par une belle journée ensoleillée, mariage de Laura avec Ouissam, à la Maison Communale d'Ixelles. La cérémonie fut agréablement célébrée par l'échevine, Dominique de Fourny, toute en sourires, gentillesse et simplicité, dans cette belle salle des mariages qui, en 1830, était le salon de musique de la Malibran. Après une séance de prise de photos au Parc Royal, déjeuner au soleil dans la rue des Bouchers, dont la qualité fort médiocre des restaurants à touristes est compensée par le caractère pittoresque de cette petite rue bruxelloise haute en couleurs; le jeune marié, libanais, voulait absolument goûter les fameuses moules belges, bien que cela n'en fût pas la saison.
Mercredi matin, j'ai vu, devant moi, une jeune fille d'environ quinze ans se faire percuter par une moto. Gamine imprudente qui traversait la Chaussée de Waterloo, courant entre les voitures à l'arrêt, et qui s'est littéralement jetée devant le pauvre motocycliste qui ne put rien éviter et se retrouva lui-même au sol. Spectacle dramatique! Je ne peux plus passer par cet endroit sans y penser. Combien de milliers de vies sont ainsi fauchées, chaque jour, par les ferrailles du modernisme...
Accompagné, vendredi, Laura et son mari à l'aéroport, heureux de retourner vers leur cher Liban, après un mois d'absence.
A propos du Liban, cette semaine, à Doha, les belligérants de cette malheureuse nation se sont assis, à la même table, pour conclure un accord sur l'avenir du pays et désigner, demain dimanche, le général Sleimane comme leur président. Le peuple se réjouit de la paix qu'il croit retrouvée.
On apprend également que juifs et syriens sont assis, à la même table, pour trouver une solution à leurs différents décennaires, et l'on se prend à imaginer la paix enfin rétablie dans cette région en feu.
Hier, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est assis à la même table que le généralissime Than Shwe qui a fini par autoriser les organisations humanitaires à entrer en Birmanie pour porter assistance aux millions de sinistrés du cyclone qui a dévasté ce pays.
N'est-il pas encourageant de voir cette bonne volonté affichée par ces personnages que tout opposait jusqu'à présent?
Non!
Quand on est conscient des enjeux, des intérêts et des idéologies, fondamentalement opposés, de toutes les parties en présence, on ne peut que douter de la sincérité de leur attitude. Il me revient à l'esprit une ancienne prophétie qui parlait des négociations de paix des politiciens d'une époque que le prophète biblique, Daniel,appela "le temps de la fin"; il annonça, mettant en scène les deux puissances mondiales de ces temps futurs:
" Et en ce qui concerne ces deux rois, leur cœur sera porté à faire ce qui est mauvais, et à une même table ils continueront à proférer le mensonge. Mais rien ne réussira..."
Ce qui est sous-tendu par le mensonge et l'hypocrisie finit toujours par échouer, j'en veux pour preuve les milliers de traités de paix qui ont été violés depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Il faut être bien naïf pour croire encore en la sincérité et en l'intégrité des politiciens ou des dirigeants de ce monde qui s'asseyent à la même table pour parler de paix.
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18.05.2008
JOURNAL-Note 104
Dimanche 18 mai 2008
Reprise de ce journal, après plusieurs jours d'une extinction de voix, une extinction d'esprit, une atonie intellectuelle qui ne manque pas de me préoccuper, sans plus. L'essentiel n'est-il pas de retrouver la voix, la voie?
Que n'ai-je l'inspiration débordante d'un Bach ou d'un Heidegger?
Pourquoi cité-je ces deux créateurs, plutôt que bien d'autres tout aussi prolixes? C'est que je viens d'écouter, à l'instant même, le concerto en ré mineur pour deux violons de J.S. Bach, après avoir, auparavant, écouté un "podcast" de la Sorbonne sur le thème "Heidegger était-il nazi?".
Fort intéressant cet exposé d'Emmanuel Faye, auteur du livre "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie". J'y ai appris que l'oeuvre de ce non-philosophe, dont seulement soixante pour cent est traduite en français, couvre plus d'une centaine de tomes. Pourquoi "non-philosophe"? Ses idées ne sont-elles pas la négation de la philosophie? N'a-t-il pas écrit lui même que la philosophie était morte avec Nietzsche? Peut-on, comme on le fait en France, étudier Martin Heidegger en ignorant volontairement sont engagement, de corps et d'esprit, dans le parti national socialiste d'Adolphe Hitler? Peut-on appeler philosophe celui qui enseigna comme idéal la domination de la race allemande et qui prôna la destruction de ce qu'il appelait "l'ennemi intérieur", c'est à dire le juif? Ne doit-on pas dénoncer comme coupable de "crime d'idées", (l'expression est de Roger-Pol Droit), celui qui dans son cours de l'hiver 1933-1934, a enseigné le principe de domination raciale et "l'extermination totale de l'ennemi greffé sur la racine du peuple"?
A propos de juif, je suis plongé dans la lecture du livre de Charles Enderlin, "Par le feu et par le sang" qui retrace le combat clandestin pour l'indépendance d'Israël dont on célèbre actuellement le soixantième anniversaire. Elle est riche d'enseignement, cette histoire qui m'est contemporaine et dont les images, vues aux actualités cinématographiques, comme on les appelait à l'époque, me sont restées gravées dans la mémoire. Ces soixante ans de feu et de sang n'incitent guère à l'optimisme.
Pour revenir au caractère intermittent de ce journal, il ne suffit pas de retrouver sa voix, il faut aussi avoir le temps de chanter. Oui, je sais, quand on n'a pas le temps il faut le prendre...
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10.05.2008
JOURNAL-Note 103
Samedi 10 mai 2008
Enfin, un court moment de répit pour reprendre ce journal. D'ailleurs n'est ce pas le propre des journaux, intimes ou non, d'être laissés en plan de temps à autre; cette respiration que l'on s'accorde nous évite de choir dans la banalité du quotidien. Oh! la belle excuse que je viens là de trouver à ma paresse...
Aprés bien des recherches, j'ai mis le doigt sur un texte d'André Breton que Jean Verdun a cité dans la conférence dont j'ai parlé précédemment ( journal du 28 avril). J'avais trouvé cette idée remarquable que Breton a énoncée au début du "Second manifeste du surréalisme":
"Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement."
Quel est donc ce point dont Breton à parlé en d'autres occasions comme du "point sublime"?
Je crois que chacun doit le déterminer pour lui-même et surtout y tendre, tenant compte de ce que Breton précisera plus tard:
"J'ai parlé d'un certain « point sublime » dans la montagne. Il ne fut jamais question de m'établir à demeure en ce point. Il eût d'ailleurs, à partir de là, cessé d'être sublime et j'eusse, moi, cessé d'être un homme. " (« L'Amour fou », p.171).
A creuser...
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30.04.2008
JOURNAL-Note 102
Mercredi 30 avril 2008:
C'est l'exode de beaucoup des habitants de Bruxelles, car nous entrons dans le long week-end du 1er mai.
Ceux qui restent, qui ne partent jamais, qui vivent seuls, les précaires, les démunis, les laissés pour compte, tous ceux là commencent à éprouver, comme à chaque fois, un immense sentiment de solitude, de tristesse et de vide, comme si la société les mettait entre parenthèse.
Demain matin, je pars également, vers la Mayenne, dans un endroit où je n'aurais pas de connection internet. Je reprendrai donc la publication de ce journal à partir du 5 mai.
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