08.11.2009
JOURNAL-Note 162
Dimanche 8 novembre:
Je trouve une émulation à continuer ce journal dans ma lecture de base du moment, le "Journal" d'Edmond et Jules de Goncourt. J'en ai trouvé une édition ancienne chez un libraire de la Galerie Borthier, non loin de la Grand Place de Bruxelles, où je me rends régulièrement pour fouiner et dégoter quelques trésors.

Mon livre de base est celui que je lis tous les jours.
Pourquoi "de base"? C'est que je lis toujours plusieurs livres de front. Par exemple, actuellement:
-"Le courage de la vérité" de Michel Foucault.
-"Toutes ces choses que l'on ne s'est pas dites" de Marc Levy.
-"Oeuvres poétiques" de Clément Marot.
-"Langue Morte" de Jean Michel Delacomptée (Il s'agit de la vie de Bossuet).
Je viens de terminer les "Conversations sur la langue française" de Pierre Encrevé et Michel Braudeau.
Quand je suis fatigué et que je n'ai pas envie de trop réfléchir, alors je m'oblige à me rafraîchir un peu dans mon livre de base, car il m'est inconcevable de passer une journée sans lire.
Le "Journal" des Goncourt est d'ailleurs facile à lire et très distrayant. C'est un fatras de notes éparses, de portraits biens crayonnés, de descriptions de la vie parisienne et de réflexions sur la vie littéraire et sur le métier d'écrivain, d'anecdotes en tous genres, salées parfois, pittoresques souvent, fades quelques fois. On y fréquente Balzac, Baudelaire (au café Riche), Théophile Gautier, Gavarni et une foultitude de personnages hauts en couleurs de la seconde moitié du XIXème siècle, dont les noms plus ou moins illustres sont gravés dans nos mémoires et, pour certains, recouverts de la poussière que le temps dépose en chacun de nous.
Selon Nietzsche, "sans musique la vie serait une erreur". Je suis pleinement d'accord, comme souvent, avec le philosophe. Tiens, entre parenthèse, repensant à cette phrase, cet après-midi, et écoutant des lieder composés par Nietzsche lui-même, je me suis dit que j'aurais aimé rencontrer Lou Andréas Salomé (simple parenthèse).
Les oeuvres que j'ai écoutées aujourd'hui ont toutes un rapport avec mon copain Friedrich:
-ses "lieder",
-le 4ème mouvement de la "troisième symphonie" de Gustav Mahler,
-des extraits de "Lohengrin" de Richard Wagner,
-"Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss.
A la fin de l'après-midi, j'ai regardé à la télévision la retransmission du concert commémoratif de la chute du Mur de Berlin, donné à Leipzig dans l'Église Saint Nicolas, un des hauts lieux de la révolution. Ce concert comprenait l'ouverture d'Egmond de Beethoven, la romance n°1 pour violon et orchestre, du même Beethoven, un motet de J.S. Bach et l'allegro de la deuxième symphonie de Brahms. L'orchestre du Gewandhaus était dirigé par Kurt Masur qui fut, il y a vingt ans, à sa manière, l'un des héros de cette révolution. Du nanan que ce concert, dans un lieu mythique!
Cette journée va se terminer avec "Le hussard sur le toit", et j'aurais le sentiment précieux de ne pas avoir perdu mon temps.
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06.11.2009
JOURNAL-Note 161
Vendredi 6 novembre 2009:
Gageure que de tenir un journal.
D'ailleurs cela n'intéresse personne et c'est bien normal; n'écrire que pour moi, pour éviter de perdre la mémoire.
Cette semaine a été riche en découvertes:
-"Concerto n°1" de Chostakovitch pour violoncelle et orchestre, époustouflant de facilité et d'inventions. Je suis toujours étonné par la faconde musicale de ce compositeur.
-"Gloria" de Francis Poulenc, pour choeur et orchestre, pièce brillante, pleine de relief, chatoyante de couleurs et d'humour, qui provoqua quelques remous lors de sa parution , et à propos de laquelle le compositeur lui-même déclara : « J’ai pensé, simplement, en l’écrivant à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue, et aussi à ces graves bénédictins que j’ai vus un jour jouer au football ».
-"Le Courage de la Vérité" (Gallimard, Éditions du Seuil, 2009), ouvrage reproduisant le dernier cours de Michel Foucault au Collège de France. Dans ce cours foisonnant, le grand philosophe aborde et développe, entre autre, la notion grecque de "parrêsia", mot que l'on pourrait traduire par "franc-parler", et que l'on trouve une quarantaine de fois dans la Bible, et quelques siècles auparavant chez les philosophes grecques tels que Platon. Le "parrêsiaste" est celui qui n'a pas peur d'exprimer ses convictions, par amour de la vérité, quelques soient les conséquences de sa franchise audacieuses. Et je pense à ces "parrêsiastes" modernes que sont les journalistes iraniens dont l'audace, le franc-parler, l'attachement à la liberté d'expression ont eu pour conséquence de les faire jeter en prison par un régime qui ne supporte pas que l'on dévoile la vérité le concernant.
Michel Foucault donna ce dernier cours de février à mars 1984. Il mourut en juin de la même année, d'une grave maladie, à l'hôpital de la Salpêtrière. Il avait terminé son cours en déclarant: " J'avais des choses à vous dire sur le cadre général de ces analyses, mais enfin, il est trop tard. Alors, merci!".
Je crois que je pourrais dire également de semblables paroles; ce sera ma dernière tirade, juste avant que le rideau se ferme définitivement: "j'avais encore beaucoup de livres à lire, beaucoup de musique à écouter, beaucoup de paysages, de cultures et d'ethnies à découvrir et beaucoup de choses à vous dire encore. Il est maintenant trop tard, alors, merci!".
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03.10.2009
JOURNAL-Note 150
Vendredi 2 octobre 2009
Cet après-midi, visite à Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement Européen, avec le comité de soutien à Fariba et à ses amis journalistes, emprisonnés en Iran pour leur liberté d'expression. Entretien cordial, au cours duquel différentes pistes d'actions ont été envisagées que madame Durant va exposer à ses collaborateurs.
Le bureau d'Isabelle Durant se trouve dans le mega-complex du Parlement, que le bon peuple appelle familièrement le "Caprice des Dieux", où l'on ne pénètre qu'accompagné d'un fonctionnaire européen, après avoir décliné son identité et s'être fait tirer le portrait, photo que l'on retrouve sur le badge d'accès indispensable.
Déambuler dans les couloirs et les salles luxueuses de cette forteresse de béton, de marbres et de moquettes m'a rappelé l'époque où j'ai participé à cet immense chantier, gouffre à millions, qui a duré plusieurs années et dont on ne pensait jamais en voir arriver la fin. Quant à moi je ne m'en plaignais pas vu le nombre de techniciens que j'y avais consacrés. Et je me suis dit que le jeu en valait la chandelle comme l'on dit couramment sans bien comprendre l'origine de l'expression.
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06.08.2009
JOURNAL-Note 139
Jeudi 6 août 2009
Je viens de relire ma nouvelle "Une rencontre à Potsdam" et réalise subitement que j'ai depuis longtemps abandonné la rédaction de la nouvelle suivante " Antoine et Esther", qui se veut la suite de la précédente.
Je crois que le sujet est maintenant mûr.
Je vais donc en reprendre la rédaction.
Conclusion: je suis un paresseux impénitent.
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27.06.2009
JOURNAL-Note 123
Samedi 27 juin 2009
Reprise de ce journal, interrompu maintes et maintes fois tellement ma paresse est pesante et me paralyse l'esprit; j'allais dire "me paralyse l'imagination", à tort, car un journal étant le récit d'une vie, il ne faut pas d'imagination pour ne rapporter que des faits. Il faut de l'imagination pour les provoquer, peut-être, et ensuite pour les interpréter, mais pas pour un simple rapport circonstancié.
Je vous dois de préciser, par honnêteté, que l'essentiel de ma vie n'est pas dévoilé dans ce journal. J'ai trop de pudeur moi-même pour cela et trop de respect pour mes complices, de discrétion.
Il ne s'agit que de la première pelure d'un oignon dont peu de personnes ont pénétré le coeur... Et comme ce peu n'en connaissent que des portions, ils devront se réunir, un jour, pour mettre ensemble toutes les pièces du puzzle qu'ils détiennent afin d'arriver à reconstituer une image bien incomplète de ce qu'aura été mon existence, mais, je vous l'accorde, cela n'aurait aucun intérêt...
J'ai passé mon après-midi à ranger une soixantaine de livres qui se sont accumulés au fil des jours, après lecture ou consultation, n'importe où sur les rayonnages de mes bibliothèques. J'ai tout mis en vrac sur le sol de mon bureau, et, un par un, je les ai remis à leur juste place parmi leurs compagnons qui les attendaient bien sagement. Je me suis aperçu, en rangeant les livres de poésie, à quel point ma bibliothèque est riche dans ce domaine; je crois que je possède presque tout ce qui s'est écrit en France depuis le Moyen Âge jusqu'à présent et je ne suis pas certain que d'autres pays peuvent se targuer de posséder un si grand nombre de poètes de génie.
Je crains que mes compatriotes n'aient pas conscience, eux-mêmes, des trésors de leur patrimoine poétique. J'ai donc décidé de publier, sur ce blog, de temps à autre, tel et tel poème qui me ravit, sous forme d'anthologie.
J'ai découvert également, ce soir, une oeuvre dont je connaissais l'existence sans l'avoir jamais entendue. Comme vous le savez, Friedrich Nietzsche était pianiste et même compositeur. Il commença à composer quand il avait neuf ans. Et bien, j'ai écouté aujourd'hui, avec étonnement, une composition pour deux pianos, la "Manfred Méditation", qui m'a procuré beaucoup de plaisir. Je comprends mieux, maintenant, pourquoi le philosophe devint l'ami intime de la famille Wagner et son admiration pour le génial compositeur. Le fait qu'il en devint ensuite l'ennemi acharné est un phénomène fort intéressant à étudier. Moi-même, admirateur de Richard Wagner et sous le charme de sa musique, je me retrouve parfois en Nietzsche, par besoin de me libérer de l'emprise wagnérienne.
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06.10.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (suite et fin)
Depuis plusieurs semaines, vous l'aurez remarqué, je n'ai nulle envie de continuer ma relation de voyage au Nigeria.
Pourquoi?
J'ai l'impression, peut-être, que ce voyage ne m'a rien apporté de nouveau, c'est mon sentiment dominant.
Peut-être l'Afrique m'est-elle devenue banale, sans surprises nouvelles.
En suis-je revenu blasé? Peut-être.
Oh! il serait intéressant, peut-être, de raconter ma réception par le Gouverneur de l'Etat d'Ekiti, avec tout le folklore et l'apparat d'opérette que cela suppose, mon allocution en anglais devant ce personnage haut en couleur et sa cour, et sa réponse très hypocritement et politiquement correcte, lui et moi filmés par la télévision locale, jouant sans illusions, notre rôle, classique du genre, en noir et blanc... Peut-être!
Je pourrais vous décrire la longue route entre Ibadan et Ekiti, défoncée, bordée de carcasses de camions dépouillées et rouillées, abandonnées ça et là, dans la belle forêt équatoriale, comme des carcasses d'éléphants dans leurs cimetières; cette route, traversant de pauvres villages à la population bigarrée et grouillante, avec des échoppes aux parois de taules et de branchages, débordantes de fruits et légumes et de toutes sortes de marchandises improbables, cette route, vestige de la colonisation anglaise, sur laquelle le chauffeur de notre luxueux 4X4 fait du slalom à toute vitesse pour en éviter les fondrières, cette route ressemble à toutes les routes de ce continent que j'ai déjà parcourues.
Vous aurez remarqué le nombre de "peut-être" que j'ai utilisés dans les lignes qui précèdent. C'est le signe de mon manque d'enthousiasme à vous relater ce séjour qui ne m'a pas enthousiasmé moi-même. Comment pourrais-je vous intéresser à ce qui ne m'a nullement passionné?
Céline disait que "les voyages sont un petit vertige pour couillons"... Je lui laisse évidemment toute la responsabilité de ce diagnostique, mais, n'ayant pas eu le moindre petit vertige, lors de ce dernier périple, j'aime à penser que je suis de moins en moins couillon...
J'ai donc décidé d'abandonner le projet de vous narrer ce que j'ai vécu au Nigeria.
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15.09.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (suite n°3)
Mardi, 15 juillet 2008 (suite)
Nous sommes à 1000 km de Lagos.
A l'extérieur, un soleil aveuglant.
Mon voisin, allongé sur son relax, ronfle avec modération.
Quant à moi, je jouis de la fraîcheur agréable que me procure la pose d'une serviette chaude et parfumée sur le visage.
Du haut de mes douze kilomètres d'altitude, la première image que j'ai du Nigéria est celle d'un pays très vert.
A la lente descente de l'avion, je découvre des villes très étendues, formées d'une multitude de maisons et de bâtiments sommaires et bas; comme dans la plupart des pays africains, on ne vit pas en hauteur, mais à l'horizontal.
A la sortie de l'avion, l'habituelle chape de chaleur m'écrase de son poids humide, mais je ne retrouve pas l'odeur de putréfaction, propre aux autres pays du continent noir que j'ai déjà visités.
A l'aéroport, longue attente aux guichets de l'immigration.
Après les formalités et les contrôles d'usage, par des fonctionnaires imbus de leur petit pouvoir et de leurs uniformes au clinquant ostentatoire dont raffolent les africains , je récupère ma valise, avec soulagement.
A la sortie, j'aperçois mes amis,Henry et Gany, qui m'attendent et m'accueillent avec leur large sourire à la denture éclatante de blancheur...
Accolade à l'africaine.
Henry est en boubou, très élégant, mais Gany est habillé à l'européenne, également très élégant; j'apprends qu'il s'embarque, un peu plus tard, pour Bruxelles...
Je logerai dans la maison d'Henry à Ibadan, leur lieu de résidence, ville de plus de huit millions d'habitants, située à quelques cent vingt kilomètres de Lagos, mais ce soir nous dormirons dans un petit hôtel local, sans luxe, mais très propre et bien tenu; Henry m'y a réservé une suite où je dispose de deux postes de télévision à écran plat, fixés aux murs du salon et de la chambre, d'une connexion sans fil à internet et de l'air conditionné...que demande le peuple?
(à suivre)
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07.09.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (suite n°2)
Mardi 15 juillet 2008 (suite)
Ce fut effectivement un voyage de rêve, dans un fauteuil de cuir relax ,très confortable,avec un dossier, "masseur" sur commande, à inclinaison variable, transformable en lit, par simple pression d'un bouton. En business, le voyageur a de l'espace vital et tout est à volonté; la nourriture est succulente et les boissons abondantes.
Tout cela sans avoir à en payer le prix... Petite satisfaction mesquine, je vous l'accorde...
En attendant le décollage, j'observe les passagers qui traversent les couloirs de cette classe de privilégiés pour se rendre à leur place, en "economy"; pittoresques ces hommes d'affaires en complet veston, noyés dans une marée de boubous aux couleurs chatoyantes ; pittoresques ces expatriés à la peau brûlée et au visage barbu comme dans les films, en défroque de baroudeurs; pittoresque cette foule de nigérians opulents retournant au pays, bardés de livres sterling; pittoresques ces deux religieuses noires, vêtues à l'ancienne, en robes et voiles de drap blanc, dont l'une porte avec respect et précaution une grande statue en plâtre de la vierge qu'elle serre contre son coeur de vierge... Spectacle passionnant, pendant que je déguste mon champagne à petites lampées.
Pendant le vol, lecture de différents journaux que l'hôtesse m'a procurés.
Dans le "Herald Tribune", je découvre l'existence d'un écrivain nigérian, de langue anglaise, Uwen Akpan, jésuite qui a étudié aux USA, diplômé de l'Université du Michigan; l'article du journal me donne envie de lire son premier livre, "Say, you're one of them", qui est un best seller dans les pays anglo-saxons. Je décide de le rechercher dans les librairies de Lagos. Il y est aussi fait mention du "palm wine"; je me jure bien d'en boire dès que possible...
Il y a des noms magiques qui ont toujours stimulé mon imaginaire et ma soif d'aventure; Tamanrasset, capitale du Hoggar, que je survole maintenant, est un de ces noms à la sonorité envoûtante.
L'avion traverse le Sahara de bout en bout.
Après avoir survolé un petit morceau du Mali, nous passons au dessus du Niger, à l'ouest de Niamey. Encore un nom enchanteur, Niamey, qui évoque des récits passionnants d'explorateurs et de conquêtes coloniales, lues dans ma jeunesse, à l'âge où l'on ne saisit pas toutes les horreurs et les turpitudes de la colonisation, tache honteuse sur l'Histoire de France, comme sur celle des autres nations cupides qui ont dépecé des continents comme l'Afrique dans le seul but de l'exploiter et d'asseoir leur puissance.
(à suivre)
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24.08.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112 (Suite N°1)
Mardi 15 juillet 2008
Je me présente pour l'enregistrement, à l'aéroport de Bruxelles National.
L'employée d'Air-France-KLM:
-Vous allez à?
-Lagos.
-Votre passeport.
-Voici.
Désignant ma valise:
-C'est votre bagage?
-Oui!
La jeune femme me tend mes documents d'embarquement et mon billet électronique:
-Voici, monsieur Bruneau. Ceci est votre "boarding pass" pour Amsterdam. Pour l'enregistrement du vol Amsterdam-Lagos, l'ordinateur m'indique que ce n'est pas encore ouvert à Schiphol (aéroport d'Amsterdam). Vous vous présenterez, là-bas, au guichet des connections où l'on vous délivrera votre "boarding pass". Mais ne vous inquiétez pas, votre valise est enregistrée et vous suivra automatiquement jusqu'à Lagos.
J'ai toujours eu peur que mes bagages n'arrivent pas à bon port, aussi je vérifie soigneusement la bandelette que l'employée a fixée à la poignée de ma valise. C'est bien ça, elle est enregistrée pour Lagos.
C'est la première fois que pareil "hiatus" m'arrive, et j'éprouve une petite appréhension. Je ne serai tout a fait rassuré que lorsque j'aurai reçu mon "boarding pass" pour l'avion de Lagos.
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Je n'avais pas eu tort de m'inquiéter, car au fameux guichet, à Schiphol, on m'apprend, en me remettant mes documents, que mon vol est "surbooké" (oh! le vilain mot de franglais...) et que je ne suis pas sûr de pouvoir embarquer dans l'avion prévu, mais que, de toute façon, on me donnera une place dans le prochain vol disponible; je dois donc m'adresser directement au guichet d'embarquement pour Lagos et, là, je serai fixé...
Je parcours, à grandes enjambées, les longs couloirs du terminal et finit par arriver à la porte d'embarquement en question. Là, je réalise que je suis déjà un pied en Afrique; je traverse des hordes de noirs élégants et de doudous ventrues, fessues et callipyges, auxquelles s'accrochent des grappes de bambins gesticulant et piaillant, parmi des amoncellements de sacs difformes à force d'être bourrés, et j'arrive, nerveux et au bord du scandale, devant l'employée qui trône calmement derrière son comptoir:
-Il parait que je n'aurai pas la place que j'ai réservée dans cet avion?
-Rassurez-vous, monsieur, on vous trouvera une place...
Après avoir consulté mes documents et son ordinateur, la blonde et jolie batave me regarde en souriant:
-Voici votre "boarding pass", Monsieur Bruneau, vous voyagerez en business class.
Et, passant devant tout le monde, je me retrouve, une flûte de champagne à la main, dans le luxe et le confort, pour un voyage de rêve...
(à suivre)
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14.07.2008
VOYAGE AU NIGERIA-Note 112
En route pour l’aventure.
Demain matin, je m’embarque, à l’aéroport d'Amsterdam, pour Lagos, au Nigéria.
Je vais enfin retrouver l’Afrique que j’aime, et retrouver l’aventure.
Chacun de mes séjours sur le continent noir m’a réservé sa part de surprises, d’imprévus, de découvertes inimaginables, de coups de théâtre, de risques aussi, affrontés toujours avec mesure, mais jamais sans frémissements.
Selon Claude Lévi-Strauss, " l’aventure n’a pas de place dans la profession d’ethnographe ".
Je ne fais pas profession d’ethnographes, mais cette science me passionne.
Je ne suis pas non-plus un aventurier, au sens péjoratif de ce terme qui désigne la tête brûlée qui se lance dans n’importe quel projet, n’importe où et avec n’importe qui, par appât du gain ou par dépit d’une vie ratée, faisant fi du danger, des principes, des individus, parcourant le monde dans tous les sens et dont on retrouve parfois le cadavre dans un coin perdu de la planète.
Je suis un aventurier au sens noble du terme; il me plaît de voyager, car je suis assoiffé de découvertes, découverte de l’inconnu, découverte de l'Homme, de sa culture, de son mode de vie, de ses traditions, croyances et coutumes, découverte aussi de son environnement.
Je crois que, sous cet aspect, l’aventure n’est pas incompatible avec l’ethnographie, comme, d’ailleurs, le montrent les récits passionnants de Lévi-Strauss.
C’est la première fois que je vais atterrir dans un pays d’Afrique anglophone, le Nigéria, ancienne colonie de l'impitoyable Empire britannique.
Chaque puissance coloniale a marqué de son empreinte les peuples colonisés.
J’ai retrouvé un peu de la France dans ses anciennes colonies ou protectorats, comme le Tchad, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Conakry ou les pays du Maghreb ; j’ai retrouvé un peu de la Belgique au Congo-Kinshasa.
Tous ces pays sont marqués du vernis de la civilisation des autres, imposée par la force, et dont il ne reste que des écailles à la surface des peuples.
Que vais-je retrouver de l’Angleterre au Nigéria ?
Ce qui m’intéresse, surtout, c’est ce qu’il y a d’authentique sous le vernis, sous les écailles, entre les écailles, mais existe-t-il encore un peu de cet authentique dont les racines plongent dans la nuit des temps ? J’en doute, car je suis pleinement d’accord avec ces remarques de Lévi-Strauss, pour les avoir, à chaque fois, vérifiées moi-même :
" Voyages, coffrets magiques aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante trouble à jamais le silence des mers. "
Le grand ethnologue, ayant constaté la pollution de toutes les cultures et de tous les lieux de culture, jusque dans les coins les plus reculés de la terre, par ce qu’il appelle « cette grande civilisation occidentale », conclut sa démonstration tristement brillante, dans son livre "Tristes tropiques", par cette phrase lapidaire, mais indiscutable hélas :
" Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité."
Avec simplicité, je noterai ce que je verrai de ce pays.
Évitant les " poncifs ", je ne relaterai que le "vécu ".
C’est ce qui fera l’objet de mon journal de voyage.
Je souhaite donc que ce court séjour, au Nigéria, me permette de mêler, avec la plus grande modestie, un peu d'ethnographie à l’aventure, et aussi aux affaires, prosaïquement commerciales, qui en sont le but premier. D’ailleurs, en Afrique, le business, n’est-ce pas déjà de... l’aventure ?
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