15.06.2008

CLAUDE ET MARIE DE FRANCE-Note 108

Nous connaissons, pour la plupart d'entre nous, le beau nom de "Claude de France", donné à Claude Debussy par Gabriele d'Annunzio, et duquel le génial compositeur se plut à signer ses dernières partitions.

Claude de France est certes un très beau nom dont la particule place ce musicien au rang des aristocrates de l'esprit.

Bien des créateurs du Royaume de la France intellectuelle mériteraient de se trouver au Gotha de ses dignitaires.

Pourquoi pas Michel de France (Montaigne), François de France (Rabelais), Joachim de France (Du Bellay) et bien d'autres, plus immortels que ces générations de  verts académiciens, gisants dans un mortel oubli.

A part Debussy, il n'y a, à ma connaissance, qu'une poétesse à porter ce titre de noblesse; il s'agit de Marie de France, ainsi nommée, au seizième siècle, par Claude Fauchet, président à la Cour des monnaies, sur base d'un écrit de cette femme remarquable que l'on trouve dans l'épilogue de ses Fables:

"Marie ai num, si sui de France", c'est à dire: "J'ai pour nom Marie et je suis de France", la France en question étant celle du XIIème siècle, époque où vivait Marie, c'est à dire l'Île de France.

Qui, à part quelques médiévistes distingués et quelques amateurs passionnés, lit encore aujourd'hui les Lais et les Fables de Marie de France ?

Évidemment, la langue qu'elle utilisait, l'anglo-normand, peut décourager certains de s'y intéresser, mais il existe d'excellentes traductions des oeuvres de cette écrivaine, ancêtre de cette illustre lignée de poètes qui font la gloire de notre littérature.

Lorsque l'on écoute la musique de Claude de France, on se sent irisé des couleurs pastel propres à cette belle région d'Ile de France.

Lisant les écrits de Marie de France, nous sommes comme rafraîchis et anoblis par la courtoisie de l'esprit qui s'en dégage, pur produit de notre beau pays.

Qui pourrait s'en passer aujourd'hui, en ce siècle où notre pauvre humanité, esclave de la matière, semble avoir oublié ces notions de délicatesse, de courtoise et de noblesse, apanage des esprits libres?

Ne nous privons donc pas de la fréquentation de ces nobles amis que sont Claude et Marie de France.  

01.01.2008

RESURRECTION-Note 95

L'homme moderne possède un certain pouvoir de résurrection. 

Par la baguette magique de la technique, nous pouvons ramener  virtuellement à la vie des personnages disparus depuis longtemps.

Des daguerréotypes ou des photos du XIXème siècle, par exemple, nous font découvrir le physique d'êtres que nous aimons au travers de leurs oeuvres, sans jamais les avoir vus, tels Victor Hugo, Balzac et bien d'autres.

Des enregistrements sonores nous font entendre la voix de personnages célèbres tels Guillaume Apollinaire récitant lui même, en 1913, son poème "Le Pont Mirabeau": http://www.ubu.com/sound/app.html

Des enregistrements audiovisuels nous permettent de retrouver des êtres chers de notre propre famille ou de voir évoluer des hommes ou des femmes qui ont marqué leur temps et que nous faisons revivre par le miracle du cinéma; en voici un exemple en la personne de Louis Ferdinand Céline: http://www.ubu.com/film/celine.html

Vous venez d'entendre Céline expliquer que l'objet seul est important et non l'homme qui est derrière, qui l'a créé. Je ne partage pas entièrement son point de vue, dans ce domaine comme dans bien d'autres d'ailleurs. Il me plaît, quant à moi, par simple curiosité, d'entendre ou, mieux,  de voir le génie qui a engendré l'oeuvre que j'aime et qui m'enrichit.

Les archives de tous les pays sont une mémoire prodigieuse d'où nous pouvons ressusciter virtuellement tous ces personnages du passé.

De là à imaginer une résurrection littérale, il y a un abîme que l'homme, avec toute sa science, ne peut malheureusement pas franchir.

Pour l'homme de foi, ce miracle est possible. Son Dieu, le Savant par excellence qui est à l'origine des lois de l'univers et de la Vie, n'aura aucun mal à faire revivre ceux qu'il aura conservés dans sa mémoire illimitée, par l'usage de cette divine technologie que le christianisme nomme: la Résurrection.

 

16.12.2005

PAUL MORAND-Note 27

La beauté magique, vénéneuse, trouble, des textes de Paul Morand...

Quel écrivain et quel poète!

Quelle richesse, enfouie sous les cendres de la médiocrité ambiante!

Qui lit encore ses récits, Hécate et ses chiens, Escolastiqua, La Folle amoureuse...?

Quels textes plongent leurs racines aux tréfonds de notre âme avec autant d'acuité?

Génie de l'éternelle humanité, explorateur inlassable de l'éternelle inhumanité.

Cette seule littérature m'est une nourriture qui suffit à rassasier mon désir de fuite vers la Beauté pure.

Merci ô génial armateur, merci de ces nefs qui conduisent, au delà des apparences, dans les mers de l'irréel si réel...

21.10.2005

CHODERLO DE LACLOS-Note 17

Choderlo de Laclos. Dire que je ne l'avais jamais lu!

Quelle leçon de français!

La langue est limpide, claire, élégante, rythmée.

Qu'y a-t-il de dangereux à lire ces "Liaisons dangereuses" au XXIème siècle? Si de Valmont ou de Merteuil sont d'infectes personnages, ils le sont avec un tel raffinement dans le style que leurs vices n'en sont que plus nauséeux.

Quel raffinement également dans l'intrigue! quels rebondissements dans la succession des évènements!

Il s'agit, sans conteste, de l'oeuvre d'un grand écrivain.

L'étude de ce texte s'impose comme l'une des meilleures leçons d'écriture à quiconque désire jouer de notre belle langue française.

12.10.2005

LITTERATURE-Note 12

Dans son journal, Gide déclare: "le meilleur, c'est d'écrire au hasard"...

Je n'aime pas le mot "littérature" qui réduit l'écrit à une matière que l'on étudie ou que l'on enseigne. Je me nourris non-pas de matière mais d'esprit, d'émotion, de coeur (j'ai voulu biffer le mot "coeur" et je m'y suis refusé; en effet, j'aurais ainsi commencé à faire de la littérature au lieu de tout simplement "écrire"). c'est la seule chose que je veux faire, écrire bien ou, mieux, écrire vrai, "au hasard".

06.10.2005

RABELAIS-Note 8

Visite à la Devinière, présumée ferme natale de Rabelais. Cinq cent ans après, on peut encore y voir sur un mur, dans l'ébrasement d'une fenêtre, un graffiti du célèbre docteur, daté de 1509.

Dans cet endroit on a l'impression que le temps n'a rien altéré; la Devinière est une paisible demeure au flanc d'un coteau, entourée de cultures et de vignes. Les noms des villages alentour nous sont familiers, Seuilly, Lerné, La Roche-Clermault... Rare privilège que de venir une fois de plus m'abreuver à la source vive de l'âme françoise et m'y plonger dans le berceau de l'esprit gaulois le plus authentique.

Au retour, passé Montsoreau, mémorable sandwich aux rillettes arrosé d'un verre de Champigny bien frais que le maître es ripailles n'eut pas désavoué.