29.08.2006

ADIEU, KERSINY! Note 68

L'heure approche où le ressac des adieux brisera l'harmonie du jour finissant.

La plage se fait encore plus belle, aux yeux du poète, en cette fin d'après-midi, et lui déploie ses charmes dans une houle de désespoir.

-Admire ma beauté, ô mon Poète, et vois comme mon sable scintille de tous ses quartz, sous les rayons ardents du soleil de Bretagne. Sens comme il se fait doux et chaud, à tes pieds qui le foulent, pour te mieux retenir.

Vois comme la mer d'Iroise, aux longues ondulations vertes et lascives, se pare pour toi de langueurs océanes et t'invite à sa danse troublante et sensuelle.

Écoute comme elle plaque les accords brisés de ses vagues d'albâtre en un final récurent de son infinie symphonie.

Pourquoi me quitter, ce soir, ô mon doux poète, et rejoindre la froide amertume des brumes flamandes?

Ne t'ai-je pas, de mes caresses, moi, Kersiny, ta plage bien aimée, rendu la peau brune comme les algues et salée comme l'océan?

Ô mon poète, je t'aime et je sais que tu m'aimes!

Cet amour ne te comble-t-il donc pas?

Trouveras-tu nature plus belle et plus aimante sous d'autres cieux?

Les femmes du Nord sont-elles plus attrayantes que moi, ta femme sauvage de Penn Ar Bed?

 

-Tu es belle, il est vrai et je t'aime, ô ma Kersiny d'une saison, mais je dois retrouver mon havre d'hiver, au pays des Borées.

Sache que les femmes sont belles sous toutes les latitudes, mais je me suis attaché aux blondes du Nord.

J'ai connu les noires antilopes d'Afrique, riantes et souples, aux dunes callipyges.

J'ai admiré les brunes shéhérazades du Golfe d'Arabie, dont la seule brume est le noir hijâb, laissant apparaître, dans une déchirure, des yeux assyriens profonds et mystérieux comme des criques de basalte.

J'ai encore beaucoup de chemins à parcourir et d'autres amours m'appellent, d'autres plages m'attendent sous les cieux immenses.

Il me déchire de te quitter, ce soir, ô ma chaude Kersiny!

Il ne faut jamais s'éprendre d'un poète, car le poète est un vagabond du rêve; il n'est pas comme la mer qui va et qui revient toujours. Le poète est un ouadi qui disparaît, un jour, dans la chaleur vibrante des sables du désert.

Je ne t'oublierai jamais, Kersiny bien aimée, et, pour l'avenir, que la volonté de Neptune s'accomplisse!

Adieu, ô mon tendre amour d'un été!

(Plouhinec, Finistère, 27 août 2006)