11.06.2009

MEGARA-Note 122

Je foule enfin ton sol, Mégara la fertile,

Et je comprends pourquoi

Hamilcar a choisi cette plaine tranquille

Pour poser son carquois.

 

Les jardins que je vois ne sont pas différents,

Du moins je l'imagine,

De ceux de ce grand roi dont parle le roman

A la phrase sublime.

 

Je plonge tout à coup à l'époque romaine,

Entouré dans Mégare

Des bataillons glorieux animés par la haine

De l'empire barbare.

 

Au coté de leur chef, le petit Hannibal,

Du vainqueur digne fils,

S'impatiente déjà, comme un jeune cheval

De bondir dans la lice.

 

Mais voici que surgit le rêve le plus beau,

Dans ces jardins magiques,

Car je vois devant moi la belle Salammbô,

Cette beauté punique.

 

Et c'est  à Mégara, au dessus de Carthage,

Que s'accomplit enfin

Ce rêve de jeunesse, aux confins de mon âge,

Au pays maghrébin.

(Hammamet, le 11 juin 2009)

02.06.2009

GAASBEEK-LE-CHÂTEAU-Note 121

Monsieur, Madame et les enfants

S'évadent le dimanche

Vers Gaasbeek. Est-ce le Brabant?

Pâtés servis en tranches,

 

Arrosés de Gueuze ou de Kriek

"Van het vat", ça s'impose,

C'est à dire de la barrique,

La bière est blonde ou rose.

 

Sur la prairie à l'herbe riche,

Courent des chenapans,

Pendant que par sa roue s'affiche

La vanité du paon.

 

Les jambes nues des jeunes filles

Attirent le regard

Tandis que dans leurs yeux pétille

Leur jeunesse sans fard.

 

Une douce fraîcheur se pose

Sur le feu de ma peau.

Je goûte à la douceur des choses,

A Gaasbeek-le-Château.

 

 

 

 

 

31.05.2009

TUNIS-Note 120

Je viens à toi, Tunis,

Moi, le vieux baroudeur.

Seras-tu l'oasis,

Ma source de fraîcheur?

 

Boirai-je à Mégara,

Ce faubourg de Carthage,

Des verres de Boukha

Qui tournent tête au sage?

 

O toi, fille d'orient

Superbe et déhanchée

Tu brilles au firmament

De mes rêves cachés.

 

Ne déçois pas l'espoir

Qui anime mon coeur,

Moi qui accoste au soir

Où l'on compte les heures.

(Bruxelles, le 31 mai 2009)

08.05.2009

La Mayenne-Note 119

A Château Gontier serpente

La Mayenne lascive,

Fille superbe, insolente,

Qui m'invite à la suivre.

 

Rivière de mes ancêtres,

C'est le sang de mes veines

Et je sens dans tout mon être

L'appel de la Mayenne.

 

Son oeil d'émeraude verte

Sous le soleil scintille.

Y céder serait ta perte,

Évite sa pupille.

 

Ainsi firent les sirènes,

Au compagnon d'Achille.

Méfie toi de la Mayenne

Comme de toutes filles.

 

(Chateau Gontier,  3 mai 2009)

11.03.2009

ITHAQUE-Note 117

Quand tout autour de moi craque
Et que se disloque ma vie,
Je revis les heures ravies
Dans ma demeure d'Ithaque.

Une table de famille
Dans le jardin aux asphodèles,
Épouse, fils et demoiselles,
Et le chat dans la charmille...

J'ai perdu ce que j'aime, hélas!
Jusqu'à la douceur des choses,
Feu mon heur ici repose...

Je hais Hélène et Ménélas!

(Bruxelles, le 1er mars 2009)

02.03.2009

LOHENGRIN-Note 118

Quelque soit ce qui te chagrine,
Crie moi les peines de ton coeur
Et je viendrai avec douceur
Sur le cygne de Lohengrin.

A tes paupières d'opaline,
Où perle la rosée des pleurs,
De mes lèvres, avec ferveur,
J'épongerai cette cyprine...

(Bruxelles, le 1er mars 2009)

01.03.2009

CONTRERIMES-Note 116

Vision

Ce fut dans Albion, la perfide,
Que mes yeux avec délices
Virent la belle Chryséis.
Au bras du fier Péréide.

Oh! la plus belle des filles,
Aux yeux noirs, d'angoisse livide,
J'aurais voulu être l'Atride
Et te crier:"voici Achille"...

(Londres, le 24 février 2009)

12.08.2007

Ballade du parigot-Note 87

C'est dans Paris occupé par les boches,

Entre l'Etoile et le Trocadéro,

Que j'ai usé mes premières galoches

Et déchiré culottes et sarraux.

J'avais plutôt l'allure d'un gavroche

Que d'un rupin de l'avenue Marceau.

Paris seizième, tu fus mon berceau,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche.

 

La vie bien vite pour moi devint moche

Et mes chants se mêlèrent de sanglots,

Mon pauvre dab avait quitté ma doche

Avec ses quatre mômes et sans boulot.

Pour le physique, jamais de bidoche

La communale pour le ciboulot,

Et pour jouer, l'eau de tes caniveaux.

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

La rébellion au fond de la caboche,

Refusant de la coiffer du calot,

Je décidais de boucler ma valoche

Et de fuir au pays de Waterloo

Avec une fille de la Bastoche,

La gonzesse que j'avais dans la peau.

Restant une brebis de ton troupeau,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

Je sens ma jeunesse qui s'effiloche,

Mes illusions s'abîment en lambeaux,

Mais j'ai toujours des projets plein les poches

Et le coeur gros d'amour, comme un ruisseau.

La conclusion de toutes choses approche,

Mais jusqu'au bout goualera mézigot,

De Bruxelles, comme le père Hugo,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

                  Envoi

Princes, bourgeois ou pauvres mendigots,

De vivre au loin, ne m'en faîtes reproche.

Je cris bien fort, demeurant parigot,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

 

 

12.02.2007

DECLARATION-Note 81

Quand je te vois entrer, élégante beauté,

Radieuse de jeunesse,

Pour me rejoindre enfin dans le salon de thé,

Tu es une princesse .

Et je plonge aussitôt dans l’océan charnel

De tes yeux de velours

Où j’éprouve déjà comme un plaisir sensuel

Comme faire l’amour.

Ces trop rares instants dérobés à la vie

Pour être en tête à tête

Constituent chaque fois pour mon âme ravie

De véritables fêtes.

Je grave en mon esprit ta silhouette féline

Pour en nourrir mes rêves,

Cette image de toi qui dans mon cœur s’imprime

Comme un pas sur la grève.

Je t’enferme à jamais, jusqu’à la fin des jours,

Au sein de ce poème,

C’est une œuvre du cœur, c’est un fruit de l’amour

Qui t’avoue que je t’aime.

(Paris, fin des années cinquante)

 

21.01.2007

AMOUR DE JEUNESSE-Note 79

T'en souvient-il, Clo, de ces heures merveilleuses?

Amoureux, sous la pluie, et la main dans la main,

Parmi la foule du boulevard Saint-Germain,

Je me sentais léger, je te sentais heureuse.

 

Du café, des croissants, au Bar des Deux Magots.

Je n'étais pas peu fier d'ainsi te faire voir

Cet endroit fréquenté par Sartre et de Beauvoir

Et à présent par moi, tout jeune parigot.

 

T'en souvient-il, Claudine, aussi, de la Bastille,

Nous étions attablés au fond d'un caboulot,

Tes paroles, sur moi, se déversaient en flots

Et moi, je me disais: "c'est une jolie fille".

 

Ensuite Bofinger, brasserie parisienne,

J'admirais tes lèvres toutes nacrées de rose.

Mon amour s'élevait vers une apothéose

Et mon coeur me disait: "c'est fou ce que je l'aime".

 

Nos baisers! Nos baisers, t'en souvient-il ,chérie,

Sensuels, profonds, somptueux? Ta bouche était la rive

Où la mienne accostait. Nous mêlions nos salives

Et j'oubliais la foule et j'oubliais Paris.

 

Je n'ai plus désormais qu'une idée, qu'une envie,

Même si, caché par un voile opaque et sombre,

Je n'ai de l'avenir que la vision d'une ombre,

C'est de faire avec toi, peut-être un jour ma vie.

 (Paris, années 60)

 

 

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