12.08.2007

Ballade du parigot-Note 87

C'est dans Paris occupé par les boches,

Entre l'Etoile et le Trocadéro,

Que j'ai usé mes premières galoches

Et déchiré culottes et sarraux.

J'avais plutôt l'allure d'un gavroche

Que d'un rupin de l'avenue Marceau.

Paris seizième, tu fus mon berceau,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche.

 

La vie bien vite pour moi devint moche

Et mes chants se mêlèrent de sanglots,

Mon pauvre dab avait quitté ma doche

Avec ses quatre mômes et sans boulot.

Pour le physique, jamais de bidoche

La communale pour le ciboulot,

Et pour jouer, l'eau de tes caniveaux.

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

La rébellion au fond de la caboche,

Refusant de la coiffer du calot,

Je décidais de boucler ma valoche

Et de fuir au pays de Waterloo

Avec une fille de la Bastoche,

La gonzesse que j'avais dans la peau.

Restant une brebis de ton troupeau,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

Je sens ma jeunesse qui s'effiloche,

Mes illusions s'abîment en lambeaux,

Mais j'ai toujours des projets plein les poches

Et le coeur gros d'amour, comme un ruisseau.

La conclusion de toutes choses approche,

Mais jusqu'au bout goualera mézigot,

De Bruxelles, comme le père Hugo,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

                  Envoi

Princes, bourgeois ou pauvres mendigots,

De vivre au loin, ne m'en faîtes reproche.

Je cris bien fort, demeurant parigot,

Paris je t'aime, car je suis ton mioche!

 

 

 

12.02.2007

DECLARATION-Note 81

Quand je te vois entrer, élégante beauté,

Radieuse de jeunesse,

Pour me rejoindre enfin dans le salon de thé,

Tu es une princesse .

Et je plonge aussitôt dans l’océan charnel

De tes yeux de velours

Où j’éprouve déjà comme un plaisir sensuel

Comme faire l’amour.

Ces trop rares instants dérobés à la vie

Pour être en tête à tête

Constituent chaque fois pour mon âme ravie

De véritables fêtes.

Je grave en mon esprit ta silhouette féline

Pour en nourrir mes rêves,

Cette image de toi qui dans mon cœur s’imprime

Comme un pas sur la grève.

Je t’enferme à jamais, jusqu’à la fin des jours,

Au sein de ce poème,

C’est une œuvre du cœur, c’est un fruit de l’amour

Qui t’avoue que je t’aime.

(Paris, fin des années cinquante)

 

21.01.2007

AMOUR DE JEUNESSE-Note 79

T'en souvient-il, Clo, de ces heures merveilleuses?

Amoureux, sous la pluie, et la main dans la main,

Parmi la foule du boulevard Saint-Germain,

Je me sentais léger, je te sentais heureuse.

 

Du café, des croissants, au Bar des Deux Magots.

Je n'étais pas peu fier d'ainsi te faire voir

Cet endroit fréquenté par Sartre et de Beauvoir

Et à présent par moi, tout jeune parigot.

 

T'en souvient-il, Claudine, aussi, de la Bastille,

Nous étions attablés au fond d'un caboulot,

Tes paroles, sur moi, se déversaient en flots

Et moi, je me disais: "c'est une jolie fille".

 

Ensuite Bofinger, brasserie parisienne,

J'admirais tes lèvres toutes nacrées de rose.

Mon amour s'élevait vers une apothéose

Et mon coeur me disait: "c'est fou ce que je l'aime".

 

Nos baisers! Nos baisers, t'en souvient-il ,chérie,

Sensuels, profonds, somptueux? Ta bouche était la rive

Où la mienne accostait. Nous mêlions nos salives

Et j'oubliais la foule et j'oubliais Paris.

 

Je n'ai plus désormais qu'une idée, qu'une envie,

Même si, caché par un voile opaque et sombre,

Je n'ai de l'avenir que la vision d'une ombre,

C'est de faire avec toi, peut-être un jour ma vie.

 (Paris, années 60)

 

 

26.10.2006

THALYS-Note 72

Qu'il est joli ce corps de femme qui sommeille,

Dans le Thalys, allongée sur une banquette,

Qu'il est joli ce corps de femme qui éveille,

En l'homme qui l'observe, un doux plaisir d'esthète.

 

A quelques mètres, son adorable fillette,

Poupée blonde, coiffée des rayons du soleil,

Également somnole, au fond de sa poussette,

Et chaque voyageur en passant s'émerveille.

 

Mais quand, hélas, la Belle au train dormant s'éveille,

Se dressant langoureusement de sa couchette,

Le beau rêve s'envole comme une alouette

 

Quitte son miroir. Et c'est là que le poète

Écoute le conseil du bon génie qui veille:

"Il ne t'appartient pas, le vin de cette treille".

 

(Août 2001-Thalys Genève-Bruxelles)

17.07.2006

PROFESSION D'AMOUR-Note 66

Je veux chanter la Vie

Qui plus que fiel est moelle,

Car tout le reste est brume,

Évanescente écume...

 

Je veux franchir ces toiles

Et me désengluer

De l'inhumaine hargne

Et n'être que l'aragne

Solitaire,

Arachnéen fétu

Que l'ombilical ténu

Aspire vers les nues,

Libère...

 

Je veux chanter la Vie

Qui plus que fiel est moelle

Je veux chanter l'Amour

Qui plus que moelle est sang,

Le vivre incandescent...

 

Je veux aimer la Vie,

Ce crépuscule quittant

Vers les rives de l'aube

immortelle,

Et rejoindre le choeur inconnu

Des noirs soleils

Aux fulgurances éternelles,

Étreignant avidement son corps

Enfin libre... et nu...

21.05.2006

LE DEUIL- Note 62

Ces derniers temps, suite à des catastrophes naturelles, des accidents, des crimes ou autres drames que vit notre société, on entend de plus en plus de gens exprimer leur besoin de "faire leur deuil". Cette expression m'était jusqu'à présent inconnue, bien que, comme tout un chacun, j'ai aussi perdu des êtres chers, mais jamais dans des circonstances aussi effroyables.

Je comprends mieux maintenant tous les rites funéraires imaginés par les religions ou par certaines organisations laïques pour accompagner leurs défunts jusqu'au silence de la terre ou de la cendre.

Je découvre que "faire son deuil" correspond à un besoin inhérent à la nature humaine.

Le poème de jeunesse qui va suivre ne correspond donc plus à mon état d'esprit actuel; j'en partage toujours le fond, mais la forme, due à l'excessivité et à l'ignorance de la jeunesse, ne cadre plus avec l'esprit de tolérance et de compassion que j'ai cultivé au fil des ans.

Je vous le livre donc, tel que je l'écrivis il y a plus de quarante cinq ans:

 

L'ENTERREMENT

 

Dans les rues grises, le cortège

Se traîne lentement. La neige

Efface les traces des roues

Qui grincent et crissent dans la boue

Tandis que le son des grelots

Des chevaux se mêlent aux sanglots.

 

Quelques amis vêtus de noir,

Dont la douleur est un devoir,

Suivent la veuve et les enfants.

Un vieux curé marche devant

Avecque tout son attirail.

Ce sont de belles funérailles.

Les enfants de choeur, en soutane

Noire, chantent ou font les ânes.

Sur les trottoirs, les gens s'arrêtent,

Les hommes découvrent leur tête.

Dans les rues grises, lentement,

Parade l'enterrement.

 

Quelle immense absurdité

Règne sur la société!

Pourquoi cette comédie?

Pour un corps privé de vie,

Quelques os dans une caisse,

La chair flasque d'une fesse,

Des muqueuses, des cheveux...

On peut dire ce que l'on veut,

Qu'y a-t-il dans cette bière

Si ce n'est de la matière

Qui fermente et sent mauvais?

 

Non, je ne pourrai jamais

Croire que leur dieu réclame

Pour le salut de leur âme

Tant de stupides grimaces.

 

Quand mon corps sera de glace,

Et que, gisant sous la terre,

Je serai grouillant de vers,

De la tête jusqu'aux pieds,

Laissez moi pourrir en paix!

Paris, 1960

30.04.2006

LA POESIE-Note 59

Une pensée lumineuse,

une gerbe de couleurs,

Une plainte langoureuse,

Sanglot long issu du coeur,

Les volutes d'une plume,

La sonate d'un esthète,

Une corne dans la brume,

Tous les chants de la planète...

Qu'elle soit bouton de rose

Ou lotus venu d'Asie,

Dans la nuit du monde explose

La Poésie.

Seiches sur le Loir, septembre 1981

01.02.2006

LA BALLADE-Note 44

N'attendons pas jusqu'à demain,

Ô toi, belle Schéhérazade,

Pour jouer ensemble une ballade

Que j'imagine à quatre mains.

 

Ce ne sera pas du Ravel

Ni du Chopin ou  bien du Lizt,

Ils n'ont écrit que pour soliste,

Ne jouant pas avec leur belle.

 

Je vais composer un chef-d'oeuvre

Pour le clavier de notre chair,

Un opus extraordinaire

Allant crescendo, comme un fleuve.

 

Nos quatre mains seront à l'aise

Pour libérer des harmonies,

Des mélodies à l'infini,

En majeur et en amour dièse.

 

Nous en oublierons la technique,

Qui dans cet art est inutile,

Au profit d'un toucher subtil,

D'une jouissance chromatique.

 

Jouons ensemble à quatre mains,

Ô toi, belle Schéhérazade,

Improvisons une ballade,

N'attendons pas jusqu'à demain.

(Paris, juin 1960)

 

12.01.2006

MON REFUGE-Note 38

Étoile dans l'éther,

Nouvelle terre dont je suis roi,

Où je suis moi...

 

Tour d'ivoire

Telle un ciboire empli de feu

Où je suis Dieu...

 

Aux centres de l'infini,

Citadelle de flamme

Aux cambrures de femme,

La Poésie...

 

Aux centres de l'Amour,

Mère du jour et fille de la nuit,

La Poésie...

 

Et qu'à ses portes crèvent les vautours

Sous le glaive ailé de sa beauté!

Et que les médiocres, en ses fossés,

Vomissent leur médiocrité!

Et que leur venin retourne à la terre,

Pauvre fille en douleur

Dont le ventre en  colère

Enfante la frayeur!

 

Aux centres de l'infini,

Pour un petit nombre d'appelés,

Refuge immaculé,

La Poésie...

 

31.12.2005

ANTI-POEME D'AMOUR-Note 33

Les mots de mon amour sont comme des oiseaux

Ivres de liberté.

Leurs couleurs sont chaudes,

Leurs mélodies sont profondes.

Ce ne sont pas des canaris serviles,

Des perruches futiles.

Ce sont des rouges-gorges,

Des rouges-coeurs.

 

Les mots de mon amour n'ont pas de cage.

Le poème est une cage,

Les pieds sont des barreaux,

Les rimes sont des barreaux.

Les oiseaux de mon amour sont libres.

 

Les mots de mon amour sont la musique de mon âme.

 

Les mots de mon amour s'envolent,

Ivres, ivres,

Vers leur nid,

Mon Amour,

Le nid de ton coeur.

 

Quand ils se posent,

Après un long voyage,

Au creux de ton sein,

Au sein de ton coeur,

Ils te disent,

Dans un langoureux soupir d'apaisement:

"Je t'aime"...

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